‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 2)Chapitre 24 sur 219 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

le cnlle des presbytériens alliés à eux, pour ne voir en eux que d'utiles et généreux, auxiliaires.

Geâ auxiliaires prêtent au mouvement déftiôcratique d'Irlande une assistance considérable. Us ne sont, il ei^t vrai, qu^une faible IVàction de la grande association nationale (i), mais ils en sont la partie U plus éclairée et la plus active!.

Les circonstances les ont d'ailleurs repdus' singulière* ment propres à la gqerre constitutionnelle que Tassûciation nationale livre, à raristocratie sous la protection des lois. La tendance naturelle de leur doctrine serait sans doute ré*publicaine. Qu*étaient en effet les indépendants d'Angleterre, les niveleurs, les apôtres de la cinquième monarchie, sinon des puritains qui lavaient appliqué à la politique leur méthode religieuse? Mais les presbytërieps d'Irlande, dans l'âme desquels les premiers accents de la république fran* çaise avaient éveilté tant d'espérance et de sympathies, perdirent bien des illusions, quand ikr virent la république, en France, se souiller d'excès pour se conserver, et, en Irlande, recourir à la violence pour s'établir. Depuis 1798, l'idée d'une république pour Flrlaride est tout, à fait abandonnée des presbytériens les pli|s déiiiocrates, qui, par ce changement, sont'devenus les meilleurs athlètes que puisse avoir rirlando moderne dons la lutte toute légale qu'elle a engagée. Ils apportent dans cette lutte leur esprit de liberté, de progrès; et il est à remarquer qu'en même temps qu'ils renpncent à pousser leur doctrine jusqu'à sa dernière conséquence en politique, ils sont plus ardents que jamais à en appliquer les principes moins extrêmes, et manifestent plus incessamment l'esprit de Uberté, de progrès et de démo* cratie, qui leur est propre.

On peut regarder comme certain que cette portion des presbytériens irlandais, qui font cause commune avec les catholiques, est en voie de s'accroître tandis que la partie hostile diminue. Outre la division poUtique existante parmi les presbytériens d'Irlande, il y a dans leur Église une cause

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plus aneienne de scission, et qui est purement religieuse. I.<es uns, qu*on appelle orthodoxes, son^ceux qui, quoique matériellement Séparés de l'Église d'Ecosse, conservent toujours avec elle un lien moral, suivent ses principes, et se gouvernent selon sa régie : or l'Église d'Ecosse, quoique d'origine puritaine, a retenu quelque chose du principe d'autorité, puisque, pour en être membre, il faut souscrire une certaine profession de foi. Les autres, qui se nomment dissidents (dissenters)^ sont ceux qui, ramenant le principe protestant et puritain à sa première origine, ne reconnaissent d autre autorité que celle des livres saints, que chacun entend comme il lui plait, à la condition toutefois qu'il croie à leur source divine. Ces dissidents, presbytériens d'Irlande, qu'on appelle aussi ariens, ont la plus grande analogie avec les unitaires ^s États-Unis, dont Boston est le berceau. Ce sont ces dissidents qu'on voit tous partisans du mouvement démocratique, et qui chaque jour gagnent du terrain.

Je n'examine point ici ce qu'il peut y avoir de salutaire ou de funestç en général dans ce développement du principe démocratique de l'Église presbytérienne. Là se trouve tout entière la grande question de la liberté humaine et de l'autorité ; de ces deux puissances qui se disputent le monde.» qu'il semble aussi impossible d'unir que de séparer, qui se livrent une guerre perpétuellci, comme si la première ne pouvait exister que par la destruction de la seconde, et qui sont cependant si nécessaires l'une à l'autre, que, dés que celle-ci domine, celle-là est en danger de périr, et que chacune ne trouve son salut que dans la mutuelle opposition des deux. Je me borne donc à constater que dans la lutte engagée au sein de l'Église presbyférienne d'Irlande, c'est le principe de liberté qui a l'avantage sur le principe d'autorité, et que le succès des dissidents sur les orthodoxes ajoute auf nombre des presbytériens qui sont unis aux catholiques d'Irlande.

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Miis celte alliance des presbytériens et des catholiques n'est-elle pas factice et passagère? Je suis tenté de la croire telle. Otez les causes accidentelles d'union, et je doute que rharmonie subsistât longtemps entre des éléments si dissemblables.

Il est probable que, le jour où les presbytériens et les catholiques dlrlande ne seront plus tenus dans l'union par la présence de leur ennemi commun, ils se diviseront, et se feront de nouveau la guerre.

Ces vues sur Tavenir qui les attend ne sont que conjecturales ; ce qui est certain aujourd'hui, c'est la puissance que l'Irlande démocratique tire de leyr présente union.

Les classes moyennes.

11 existe encore, en Irlande, un principe de démocratie, et dans lequel il semble que se résument tous ceux qui viennent d'être exposés; c'est la naissance des' classes moyennes. C'est à la classe moyenne qu'appartiennent tous les membres notables de la grande association nationale qui s'est formée contre l'aristocratie et le gouvernement du pays. O'Connell est un avocat qui a tiré du barreau sa première puissance; le clergé catholique recrute ses membres parmi les fermiers et les marchands; et cette partie des presbytériens d^Dlster qu'on voit dans leur secte à la tête du mouvement intellectuel et libéral, se compose pour la plupart de petits propriétaires et de petits rentiers que le commerce a nouvellement enrichis.

L'absence de classes moyennes, en Irlande, a été et est encore un des plus grands maux de ce pays. Lorsqu'un peuple a le malheur d'être soumis à l'empire d'une aristocratie antinationale, quelle chance peut-il avoir d'échapper

à Toppression ou du moins de la voir se tçpopérer, s'il demeure itnmoSile dans son ignorance et dans sa misère, et si de ^on propre seinn^ s'élèvenf; pa^ des hommes qiii, supérieurs par leur instruction, parieurs talents ou parleur fortune, soient capables de prendre en main sa P9U§^, et de le guider dans ses efforts de flélivrance?

P où vie^it (|ue, pendaijt presque tout le xviir siècle, rirlande, suçcoynb^nt spus Jiaplu? pes^ptg tyjrannie, ne présente qu'une longue suite de rebellioif^ jndivjdpeUes et de p^ptielles insurrectipi^s, (}^pouryues de plan, a ensemble ej; de mpral|té| c'esji ai|e le peuple, au milieu ^e sesspuffjrahçes, 'j^fait abandonné à Jp||-mèj|îe, et que, if^'jj^i aiidessus de lui aucune classe amie pour Téclairer et le conduire, il se livrait dans ses colères à des violences qui ne pouvaient qu'appeler sur sa tète de nouvelles rigueurs.

L'impossibilité oii est le peuple le plus opprimé de se soulever quand il n'a ppij^ l!app]||..d!j^e classe supérieure, ne se montra jamais plus clairement que lors du mouvement populaire de 1798, où il y eut autant d'insurrections ique de villages, et où l'on ne vit que des soldats et point de çjjefs. Tout ce (}u il y ayait alors (l'aristocratie en Irlande étant hostile à ce mouvement national, je peuple n'aurait pu trouver quelque assistance que dans |^ classe moyenne ; or celle-ci n'existait pas ^lors* pn Jrlandp . H s'y trouvait bien quelque^ individus propres à fairç partie de cette classe, mais en tpp petit nombre ppur la constituer. On peut dire qu!i| n'y e\x^ poipj; en Irlapcje de classç ipoyenne, aussi longtemps que fijrept en yigueur les lois pénales qui, frappant les catholiques irlandais jusque clans leur vie civile, leur interdisaient la pfoprîèfé foncière, les gênaipp^ d^ns le négoce, et leur fermaient Taccès du barreau.

Il y ^yait, à |a vérité, (}aï?s çç môme fepip^, pp Jrl^nde, des avocats, des négociants, des banquiers et des industriels. Mais on se froinpe étrfingement si Ton croit que |es meml]i|*e^ de ces diyerses professions formei)f nécessaire-

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