TROISIÈME PARTIE
du trône dont ces familles sont le soutien. Il ne s'agit pas de savoir s'il cpnvient ou non à cette noblesse de conserver ses terres; le monarque y voit son intérêt, et cela suffit. Il en est autrement dans une aristocratie où les maîtres du sol sont riches et puissants pour leur propre compte.
Ce serait donc se tromper étrangement que de croire que le principe des substitutions qui, en Angleterre et en friande, domine la propriété foncière a perdu de. sa puissance, parce qu'on le voit fléchir sous le caprice des maîtres du sol ; il ne plie qu'à leur profit.
Ce principe protecteur des fortunes aristocratiques en serait devenu, en Irlande, le plus grand ennemi, si, dans ce pays, on n'avait pas possédé le secret de le faire ainsi céder à la volonté des propriétaires.
On conçoit le secours que pourrait trouver même dans un système de substitutions absolues et inflexibles une aristocratie éclairée et sage. Habituellement rangée, elle serait protégée dans ses désordres passagers par la loi qui déclare ses domaineâ inaliénables. Elle serait toujours assez riche pour garder son crédit; et lorsqu'il lui arriverait de faire des dettes, elle aurait l'avantage de ne pouvoir disposer de sa fortune pour les payer.
Mais à la place de cette aristocratie éclairée et puissante, supposez une aristocratie dépourvue de lumières et d'esprit de conduite, abaissée dans l'opinion, appauvrie autant par ses vices que par ses fautes, en un mot, à la place de Taristocratie anglaise, mettez celle d'Irlande. Alors la loi conçue dans le but de perpétuer sa richesse ne fera que précipiter sa ruine.
Succombant sous le poids de ses dettes et manquant de tout crédit (1), l'aristocratie d'Irlande ne peut plus trouver d'argttMà emprunter qu'en engageant ses terres. Mais comment donner en hypothèque des terres grevées de substitution? Son embarras est grand; et il lui est arrivé souvent de maudire la loi funeste qui fut établie en sa faveur.
Quel serait donc en Irlande Tobstacle à Tabolition des substitutions?
Les propriétaires de ce pays perdraient, il est vrai, l'avantage de pouvoir au besoin rendre leurs tei'res inaliénables. Mais, dans Tétat de détresse où ils sont, cet avantage ne serait-il pas plus que compensé par le crédit dont le droit de disposer serait pour eux la source?
Une mesure qui détruirait raristocratie irlandaise comme corps sans nuire aux membres dont elle se compose ne serait-elle pas la meilleure de toutes? Or les substitutions étant abolies, tout propriétaire irlandais serait plus complètement maître de sa terre, plus riche parce qu'il aurait plus de crédit; et la terre, affranchie des liens qui l'enchainent et des embarras qui l'entravent, deviendrait tout à fait libre. Ce serait le premier pas vers la division du sol.