‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 2)Chapitre 66 sur 219 · TROISIÈME PARTIE j6i · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE j6i

considérable que de retourner T échelle du droit ; et, au lieu d'établir que l'ainé des fils aura tout Théritage, à moins de dispositions contraires du père, de statuer qu'en cas de si* lence de celui-ci, le partage sera égal, et que, pour dépouiller les plus jeunes au profit de Taîné, il faudra une déclaration expresse.

Sans doute, pendant longtemps, une pareille loi serait peu efficace, parce que les mœurs des riches lutteraient contre elle; mais ne serait-elle pas le moyen le plus sûr et le plus équitable de préparer les mœurs ? D*abord elle serait puissante chaque fois qu'un père de famille aurait omis volontairement ou involontairement de faire un testament; et combien sont surpris par leur dernière heure ! ce serait aussi enlever à l'égoïsme de l'orgueil l'aîsile dans lequel il a coutume de se réfugier. Sur cinq enfants, quatre sont dans une condition misérable, un seul est riche : que voulezvous? c'est la loi qui l'a réglé ainsi. Désormais on pourrait dire au père : Cette choquante inégalité dans l'état de ceux qui avaient un égal droit à votre tendresse est votre ouvrage; elle résulte, non d'une omission de votre part, mais d'un fait positif dont vous êtes l'auteur.

Je ne puis croire qu'à la longue une pareille loi ne devînt féconde, et sans doute elle amènerait la division d'un grand nombre de domaines. Il faut n'avoir point vu la France pour ne pas reconnaître avec quelle rapidité cette division s'opère, dès que le principe du partage égal commence à exercer son action dissolvante. Le droit d'aînesse étant aboli, le fractionnement des héritages qui en résulterait oiTrirait d'abord à la classe moyenne qui naît en Irlande des terres d'une étendue accommodée à ses moyens, et sans doute la division, se perpétuant, finirait par rendre la propriété accessible aux classes inférieures elles-mêmes.

En résumé, pour atteindre le but qu'on se propose, il faudrait briser les liens féodaux qui enchaînent encore le sol, abolir les substitutions, au droit de primogéniture substituer

m L'IRLANDE.

le droit commun de partage égal ; délivrer la propriété de toutes ses entraves; ne point la laisser incertaine entre un maître qui n*est plus possesseur, et un possesseur qui n'est pas propriétaire; déclarer rachetable, à prix d'argent, toute rente perpétuelle; exposer au grand jour le mouvement de la terre, en faciliter la vente, ouvrir gratuitement au public le registre où sont consignés les engagements relatifs au sol, offrir à ces engagements des garanties de sécurité, et en simplifiant la forme des contrats dont le sol est l'objet, rendre possible Tachât des petits comme des grands domaines.

Je ne prétends pas, du reste, indiquer les procédés législatifs par lesquels le mal signalé pourrait être guéri, et je me borne à dire aux hommes de qui dépend le sort de l'Irlande : « Hâtez*vous de faire des lois qui rendent la terre au commerce : divisez, fractionnez la propriété autant que vous le pourrez ; c'est le seul moyen de mettre le sol à la portée du peuple ; et il faut de toute nécessité, que le peuple dlrlande devienne propriétaire*. »

SECTION III ^ Ce qu'il faut faire pour abolir les privilèges religieux de raristocratie.

g I" Nécessité de détruire la suprématie du culte anglican.

Enfin ce ne serait point assez d'avoir enlevé à raristocra<^ tie irlandaise ses privilèges sociaux et politiques, si on lui laissait ses privilèges religieux.

* La loi qui a établi le Jjinded Estâtes Coust, dont le système a été exposé dans la Notice placée en tète de cette nouvelle édition, brisera le lien qui enchaînait le sol et le rendra au commerce ; mais l'exécution donnée à cette loi n'a point pour objet de rendre le peuple propriétaire, elle crée seulement la moyenne propriété.

(Note de la septième édition, 1862.)

Page 1