‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 2)Chapitre 67 sur 219 · TROISIÈME PARTIE. i · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. i

Ces privilèges sont : la prédominance de son culte, qui, quoique professé par une petite minorité, est la religion légale de tous, et les grandes richesses données par l'État à son Église.

Comment Taristocratie, perdant sa puissance politique et civile, conserverait-elle une suprématie religieuse qui n'était que Taccessoire de ses autres privilèges? C'est à grand' peine que l'Église anglicane se maintient, appuyée sur les pouvoirs temporels de l'aristocratie. Ceux-^i venant à lui manquer, sur quoi s'appuicrait-elle?

Sans doute, aii milieu de toutes les ruines du vieil édifice, on ne conservera pas cette Église, qui est pour l'Irlande un si grand fléau qu'il faudrait la détruire, alors môme que tous les autres privilèges de l'aristocratie seraient épargnés.

L'obstination qu'on met à maintenir dans l'Irlande catholique le principe légal et l'existence officielle de l'Église pro testante, prouve qu'il y a dans les institutions humaines un degré d'égoïsme et de folie, dont il est impossible de mar^ quer la limite.

On ne peut comprendre l'Église anglicane d'Irlande qu'à sa naissance. Le zèle religieux des temps nous l'explique. Chaque secte, au xvi* siècle, croyait tenir la vérité absolue, et regardait comme un saint devoir d'imposer sa croyance, môme par la force, à quiconque était assez malheureux pour avoir une autre foi. Alors l'esprit de prosélytisme animait tous les cultes, et les anglicai>s, qui possédaient la puissance temporelle, eussent montré à cette époque une grande modération, s'ils se fussent bornés, comme aujourd'hui, à placer sous les yeux des catholiques d'Irlande ce qu'ils considéraient comme VÉglise modèle, le type de la vraie foi y et qu'en leur offrant cette ^orme unique du vrai cidte, ils leur eussent défendu tout autre mode d'adorer Dieu.

On concevrait encore que si, de notre temps, la même

passion religieuse régnaitsuries âmes, il fût permis de s'obstiner dans une entreprise dont trois siècles ((^inutiles essais ont démontré le vice.

Mais la tolérance n'a-t-elle pas, de qos jours, remplacé, même en Angleterre, Tesprit de prosélytisme? En dépit de sa nature anglicane, le gouvernement anglais reconnait tous les cultes; et les sectes les plus diverses, qui jadis se déchiraient entre elles, vivent maintenant paisibles sous la protection des lois.

Quel est donc le sens d'une Église créée dans un pays par le fanatisme religieux, et qui, après trois cents ans de persécutions stériles, continue d'exister, quand le fanatisme est éteint?

On trouve encore, il est vrai, parmi quelques congrégations protestantes d'Angleterre, d'Irlande et d'Ecosse, un zèle enthousiaste et une ardeur religieuse qui rappellent les premiers temps de la réformation; mais on doit rendre à l'Église anglicane établie en Irlande cette justice, qu'elle est bien complètement exempte de pareilles passions, et que, condamnée à vivre au milieu d'une population catholique, elle parait tout à fait résignée à son malheur ^ Les ministres anglicans ne semblent point préoccupés du besoin de faire des adeptes ; et la meilleure preuve que peuvent donner beaucoup d'entre eux de leur parfaite tolérance, c'est le fait mémequ'ilsne résident point parmi ceux dont ils pouiTaient tenter la conversion. C'est d'ailleurs une coutume familière aux ministres anglica^is d'Irlande de reprocher aux catholiques leur esprit de prosélytisme ; d'où il faut inférer que les ministres anglicans sont animés d'un autre esprit. Assurément cette modération est louable;. on ne peut que l'approuver. Hais si les ministres anglicans ne sont pas en

^ Oo a \u plus haut, dans la Notice qui précède cette nouvelle édition, que l'esprit de prosélytisme s'est réveillé en Irlande, où en ce moment il sévit avec violence.

[Note de la sepiiême éditwh 1862.)

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