TROISIÈME PARTIE
l'Église est intéressée, cette mesure demande à être conduite avec beaucoup de prudence et de tact, et comme mesure populaire, elle exige de la résolution. Bien d'autres difficultés se présentent sans doute : ainsi il est clair que, si le gouver^ nement anglais payait les évéques catholiques, il voudrait avoir au moins un contrôle indirect sur leur nomination; mais l'idée seule du veto mis par un roi protestant à l'élection d'un prélat catholique parait au clergé d'Irlande une énorme impiété, quoique la cour de Rome, plus sage et plus politique, admette ces sortes de transactions.
Du reste ce n'est point ici le lieu d'examiner ces objec^ tiens de détail; je m'efforce de montrer le but à poursuivre. ^Si je savais l'indiquer, d'autres pourraient l'atteindre. Ce qui me parait certain, c'est que le clergé catholique d'Irlande n'est pas dans son état normal. Sa condition présente peut servir momentanément les intérêts d'un pays qui est en révolution ; mais elle ne conviendrait pas de même à d'au* très temps. L'Irlande, il ne faut pas l'oublier, est anglaise et destinée à demeurer telle. 11 faut que l'Irlande catholique tâche de prospérer sous la souveraineté de l'Angleterre protestante. La première condition de cette prospérité, c*est qu'au dedans et au dehors elle se conduise avec sagesse et habileté. Jusqu'à présent, les plus éclairés dans ses conseils nationaux sont ses prêtres ; mais ceux-ci sont maintenant dans la dépendance absolue du peuple et de ses aveugles passions. Gomment pourraient-ils échapper à cette espèce de servitude? Je ne vois qu'un moyen : en cessant d'être payés par le peuple. Or, si le peuple ne leur donne pas leur salaire, il faut bien que ce soit l'État.
m ï/ IRLANDE.
L'égalité des cultes u'eiisterait pas en Irlande, si on y laissait à l'Église anglicane ses dîmes et ses terres. — Ce qu'il faut faire de ces deux choses.
L'égalité qu'il faut de toute nécessité établir en Irlande entre tous les cultes n'existerait pas si, même après avoir donné un salaire au clergé catholique, l'Etat laissait à l'Eglise anglicane ses dîmes et ses terres. .
il suffirait que l'Église 'anglicane gardât ces deux choses pour que le peuple crût qu'elle a retenu aussi sa prédomi- .nance religieuse. Alors même que le [Mroduit de ses terres et de ses dîmes ne lui donnerait que l'équivalent du salaire payé par l'Etat aux ministres du culte catholique, on verrait encore un privilège là où il n y aurait qu'égalité, parce que ces deux sources de revenu ont été, depuis des siècles, attachées à l'Eglise dominante, et qu'elles sont par ellesmêmes considérées comme des privilèges.
Il ne faut pas oublier qu'en Irlande, plus peut-être qu'en aucun autre pays, toute injustice qui s'est imprimée sur le sol a bien de la peine à s'en effacer. La terre est tout pour le peuple en Irlande ; c'est le livre unique où il sait lire; il ne connaît pas d'autres annales. Tant qu'il verra l'Église anglicane en possession des grandes propriétés qu'elle obtint au temps de sa suprématie, il la croira toujours le culte supérieur.
Mais ici se présente la question de savoir jusqu'à quel point la loi pourrait, sans porter atteinte aux principes de la propriété, priver l'Église de ses domaines.
C'est maintenant un principe admis par tous les publicistes, que la propriété d'Église, de corporation ou de mainmorte, n'est point de même nature que la propriété parti-