‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 3)Chapitre 11 sur 101 · DEUXIÈME PARTIE, CIIAP. II · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE, CIIAP. II

individu, quels que soient son génie et sa puissance, d'être tout pour son pays. Les grands hommes, qui paraissent conduire leur siècle, ne font souvent que l'exprimer; on croit qu'ils mènent le monde, ils le comprennent seulement ; ils ont aperçu des besoins dont ils se constituent les défenseurs, et deviné des passions dont ils s'établissent les organes; on s'étonne, quand ils parlent, de ce que leur voix retentit si haut, et l'on ne réfléchit pas que leur voix n'est pas celle d'un homme, et qu'elle est celle d'un peuple. Si l'on étudiait bien O'Connell et le secret de sa puissance, on verrait que son principal mérite est d'avoir adopté la défense de sept millions d'hommes qui souffrent, et dont la misère est une injustice. Il est doux de penser que la résistance à l'iniquité soit une si belle source de gloire. Mais si O'Connell n'a pas créé l'Irlande catholique émancipée , quel autre pouvait aussi bien que lui la représenter? S'il n'a pas seul imprimé à l'Irlande le grand mouvement qui l'a si profondément remuée et qui l'agite encore, comment nier qu'il l'ait prodigieusement hâté et développé? Il n'a pas, il est vrai, fabriqué les instruments de liberté que possède l'Irlande ; mais quel autre aurait su les manier comme lui ? Quel est celui qui , en face des besoins de l'Irlande, en eût fait une aussi savante étude, les eût saisis avec une aussi profonde intelligence, et eût mis à leur service d'aussi grandes facultés ?

J'ai dit que l'intérêt de l'Irlande demandait une guerre constitutionnelle, une paix sans cesse agitée, un état intermédiaire entre le régime des lois et l'insurrection.

3/| Rl'SISTANCE A l'oppression.

Considérez avec quel art O'Coniiell organise le plan (le cette association (jui va devenir maîtresse de l'Irlande, et qu'il s'agit de créer en dépit des lois (^estinées à l'empêcher de naître ! Il est aujourd'hui bien reconnu de tous que l'association irlandaise n'a dû sa vie et ne doit chaque jour son salut qu'à rinfiiiie sagacité d'O'Connel qui, après l'avoir préservée dès son berceau de l'atteinte des lois alors en vigueur, sait ensuite la garantir des coups dont la menacent sans cesse de nouvelles lois; si le parlelement la dissout, la fait revivre aussitôt; imagine toujours pour elle une forme que le législateur a omis d'interdire; s'expose personnellement pour la sauver à tous les périls auxquels on est sujet en éludant les lois , et arrache enfin à ses adversaires cet aveu , qu'il est bien aisé de dire qu'il faut arrêter M. O'Connell et le livrer à la justice, mais que la difficulté est de le surprendre en défaut, et de trouver une loi qu'on puisse l'accuser d'avoir formellement violée (i). Enfin l'association triomphe de toutes les attaques, elle est dominante, O'Connell en est le chef; et quel chef! quel zèle! quelle prudence! quelle sagesse impétueuse ! quelle fécondité d'expédients! quelle variété de moyens !

Voyez O'Connell paraissant en 1825 devant le comité de la chambre des communes qui se livrait à une enquête sur l'état de l'Irlande : admirez avec quelle simplicité lucide , avec quelle ingénieuse candeur O'Connell expose les rigueurs qui alors encore pesaient sur l'Irlande catholique , ne mêlant pas à son récit un seul mot d'amertume, ne parlant que de paix , d'union et d'harmonie ; assurant ses

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