‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 3)Chapitre 12 sur 101 · DEUXIÈME PARTIE, CHAP. Il, § il · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE, CHAP. Il, § il

auditeurs qu'une fois rémancipation parlementaire accordée, les protestants et les catholiques, divisés entre eux , mais non ennemis, s'aimeront connne des frères ; répondant à toutes les objections, disant tous les griefs, indiquant le remède à tous les maux, ne laissant pas obscure une seule des misères de l'Irlande, pas incertaine une seule de ses persécutions, et prononçant, au milieu de mille pièges tendus et de mille interruptions inévitables dans tout interrogatoire de cette espèce, le plaidoyer, sinon le plus beau, du moins le plus utile, qui jamais ait été fait dans l'intérêt d'un peuple opprimé (i) !

Mais cet homme timide et modeste qui , devant une commission du parlement anglais, tient ce langage conciliant, est-ce le même dont la voix formidable retentit dans le comté de Clare (2) et qui dit au peuple : La loi vous défend d'envoyer un catholique au parlement ! eh bien ! je suis catholique , nommez-moi. Est-ce le même homme, tout à Theure si modéré, si calme, qui maintenant fait un appel à toutes les passions du peuple , éveille toutes ses sympathies, excite ses plus ardents enthousiasmes, brise d'un seul coup les liens par lesquels l'aristocratie tenait ses inférieurs dans sa dépendance , sépare le catholique du protestant, le fermier du propriétaire , le vassal du seigneur, attire à lui tous les suffrages, et laisse dans un isolement profond et imprévu cette aristocratie toute stupéfaite de l'audace et du succès de son ennemi!

Les principales armes dont se sert O'Connell, dans cette guerre constitutionnelle dont il est le général , sont ses discours dans le parlement , dans

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Tassociation , dans les meetings ; ses harangues électorales et ses publications par le moyen de la presse. Les travaux du parlement qui le retient la moitié de l'année, et où il se fait entendre à l'occasion de toute question de quelque importance, ceux de l'association qui ouvre ses séances quand le parlement a clos les siennes, et dont O'Connell fait à peu près tous les frais , n'offrent point un aliment suffisant à son inconcevable activité. Les meetings ou assemblées populaires qui, en Irlande comme en Angleterre, se réunissent à tout propos, et dans lesquelles O'Connell domine comme il y excelle (i), sont encore trop peu pour satisfaire le besoin d'action qui le dévore. Il ne laisse échapper aucune occasion de dire sa pensée au peuple et d'exercer sa puissance. Une élection générale se préparet-elle? O'Connell la dirige presque souverainement; il dit à tel collège électoral : Nommez celui-ci ; à tel autre : Ne nommez pas celui-là ; et toujours il est obéi. Informé qu'une élection importante est douteuse dans le nord , il s'y rend en toute hâte , fait entendre sa voix toute puissante sur une multitude irlandaise , et le candidat qu'il a soutenu triomphe ; de là, sans prendre un instant de repos, il vole vers le sud où il a appris qu'une autre élection périclite, il fascine et entraîne ses auditeurs, fait élire son fils, ou son gendre, ou quelqu'un des siens; et, reprenant sa course en descendant des hustings , il arrive à Dublin précisément à l'heure des séances de l'association, dans le sein de laquelle sa parole retentit plus fraîche et plus sonore que jamais. O'Connell est doué d'une infatigable ardeur; quand

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il n'a point l'occasion d'agir, il parle ; s'il ne parle pas, il écrit; du reste, actes, paroles, écrits, tout est dirigé vers un but unique, le peuple, et parvient à ce but par la même voie , la publicité. Il se passe à peine, dans toute l'année, un seul jour sans que la presse publie, soit une résolution, soit un discours, soit une épître d'O'Connell.

Ce qui distingue O'Connell, ce n'est pas l'éclat de telle qualité particulière , c'est plutôt l'assemblage de plusieurs qualités communes, mais dont la réunion est singulièrement rare. On citera sans peine tel ou tel orateur plus remarquable que lui, tel homme d'action plus habile , tel écrivain plus distingué; mais cet orateur plus brillant serait incapable d'agir; cet homme d'action ne sait pas écrire; cet écrivain supérieur ne sait ni agir ni parler. O'Connell, qui probablement ne fût devenu célèbre ni par des livres , ni par des harangues , ni par des actes politiques , se trouve aujourd'hui le plus illustre de ses contemporains parce qu'il est capable, quoique dans un ordre secondaire, de ces trois choses à la fois. Il est cependant juste de dire qu'au barreau O'Connell est supérieur, et que dans les assemblées populaires il est sans rival.

Il y a dans la fortune d'O'Connell quelque chose de plus surprenant que son origine, et que les moyens par lesquels elle s'est établie; c'est la durée de sa puissance, puissance toute fondée sur cette base fragile qui s'appelle la faveur populaire. On voit encore des hommes qui sont grands un jour, les héros d'un fait, l'expression d'un événement considérable accompli par eux ou par la nation dont

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ils dirigent les efforts, et dont la puissance s'évanouit d'ordinaire avec la grande circonstance dont ils sont les représentants j mais ce qui ne se rencontre guère, c'est cet empire continu d'un homme qui, pendant vingt années, règne sur son pays sans autre titre que lassentiment populaire, chaque jour nécessaire, donné chaque jour. C'est peut-être de toutes les existences la plus grande et la plus magnifique, mais c'est aussi la plus laborieuse. La vie d'O'Connell est une perpétuelle entreprise , un combat qui ne finit point. Qu'il cesse un seul jour d'agir, de parler, d'écrire , sa puissance croule aussitôt. L'hohniie que son pays a revêtu de la magistrature suprême est encore fort et obéi, après que les causes die son élévation sont passées ; et, président ou roi , il peut demeurer tel dans la plus complète inertie, O'Connell se reposant n'est plus rien; son pouvoir ne se maintient qu'à la condition d'une action incessante ; de là cette agitation fébrile qui le distingue et qui, il le faut dire, fait son bonheur en même temps que sa gloire ; car le repos est antipathique à son infatigable nature.

Si , du reste , il est facile de concevoir comment il faut des efforts continus pour perpétuer cette pliissance qui meurt et renaît chaque jour , on comprend moins aisément comment celui à qui le besoin d'agir sans relâche est impérieusement prescrit, trouve toujours sous sa main d'abondants éléments d'action. O'Connell excelle autant à les découvrir qu'à les exploiter. A peine un grief de l'Irlande estil satisfait, que son œil vigilant aperçoit un grief hOUveàu tjùi Va devenir le textfe de ses plaitites ; son

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