‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 3)Chapitre 18 sur 101 · DEUXIÈME PARTIE, CHAI». II, § III · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE, CHAI». II, § III

peuples , qu^cUc soumet à l'empire d'un seul chef^ suprême arbitre du genre humain.

Comment donc arrive-t-il que le culte catholique soit parfois l'allié et l'ami de l'aristocratie ? C'est que le corps qui représente ce culte, c'est-à-dire le clergé, peut être organisé de telle façon qu'il perde son caractère originaire pour en prendre un autre qui ne lui est pas propre.

Supposez un clergé catholique doté de grands privilèges; de là lui viendront d'abord les instincts , les passions , les intérêts de toutes les corporations privilégiées. Supposez que, co-existant dans l'Etat avec une noblesse , il ait des droits et des avantages analogues à ceux de cette noblesse; que, comme elle, il possède de grands pouvoirs politiques , de vastes domaines, d'immenses richesses; alors il s'établira eqtre ces deux corps une sympathie naturelle; une tendance constante les portera à se rapprocher, à s'allier étroitement , à se liguer pour l'attaque, à s'unir pour la défense. Alors aussi ses instincts, ses passions, ses intérêts de corps privilégié, l'éloigneront autant du peuple, c'est-à-dire du plus grand nombre , que ses principes d'égalité chrétienne et d'égalité catholique l'en rapprochaient avant qu'ils fussent altérés; et oi) le verra d'autant plus se retirer du peuple, que cet autre corps privilégié, son semblable et son allié, la noblesse , s'en tiendra elle-même plus éloignée; de telle sorte que si celle-ci entrait en guerre avec le peuple, le clergé, cet ami primitif et naturel du peuple, en deviendrait aussi l'adversaire.

Mais on conçoit que nen de semblable ne peut îirriver dans up pays où le clergé chrétien et catho-

6o RI-SrSTANCK A l/oPPRF.SSION.

liqiie ne possètle aucun privilège et n'occupe aucun rang hiôrarchiquo dans l'Etat; où il existe, à la vérité, une aristocratie, mais une aristocratie prolestante en face du peuple catholique, une aristocratie qui, au lieu d'attirer le clergé vers elle par des parités de position, et de le provoquer ainsi à une alliance, le repousse, au contraire, avec toute la violence qui peut naître de l'assemblage de passions hostiles, de principes opposés et d'intérêts contraires; dans un pays, enfin, où toutes ces passions, tous ces principes, tous ces intérêts, qui séparent le clergé de l'aristocratie l'unissent au peuple.

Ainsi, en Irlande , le clergé a toute autorité sur un peuple qui ne reconnaît d'autre pouvoir que le sien : situation bien différente du cas où le clergé , uni à un roi absolu, est contenu strictement dans les limites de son influence spirituelle, et de celui où, allié d'une aristocratie, il a une force politique, mais partagée et impopulaire. Ici le clergé catholique a sur le peuple la double autorité , et il la possède seul. C'est ainsi qu'un corps religieux qu'on voit quelquefois l'appui des princes ou l'allié des corporations privilégiées , est en Irlande un des plus puissants éléments de liberté et de démocratie.

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