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le plus rapidement (i). Comment donc ne pas tenter d'arrêter tout d'un coup cette effroyable misère dont le progrès recèle tant de souffrances et de périls?
Trois systèmes se présentent qui promettent de conduire au but qu'on veut atteindre.
Le premier serait de procurer du travail aux pauvres inoccupés.
Le second consisterait à diminuer la population , en fournissant aux indigents des moyens de s'établir hors du pays.
Le troisième serait de nourrir , aux frais de l'Etat , ceux qui ne seraient ni occupés en Irlande , ni pourvus dans une autre contrée.
En d'autres termes , trois moyens s'offrent pour le salut de l'Irlande : l'industrie, l'émigration, et l'établissement d'un système de charité publique.
Examinons séparément ces trois systèmes. Ils ont été et ils sont encore en ce moment même, de la part des plus graves publicistes , l'objet d'études et de travaux qui provoquent une sérieuse attention.
§ I®^. ACCROISSEMENT DE l'iNDUSTRIE.
Des trois moyens proposés , le premier serait évidemment le meilleur, s'il était praticable ; car il vaut mieux sans doute tirer d'une population oisive des travaux utiles, que de lui faire l'aumône ou de l'exiler.
loG DES REMI-DES AU MAL. — l'inDUSTRIE.
C'est sans doute exagérer le mal que de porter jusqu'à quatre millions le nombre des Irlandais qui sont absolument inoccupés. Des documents officiels établissent que sur sept millions sept cent soixantesept mille habitants (i), il y en a quatre millions huit cent soixante-trois raille qui sont prijicipalement employés à la terre , et un million quatre cent dix-neuf mille employés soit au commerce , soit à l'industrie : d'oîi il semblerait suivre qu'il n'y aurait guère qu'un million d'habitants totalement dépourvus d'emploi. Mais en Irlande le chiffre le plus considérable des pauvres ne vient pas de ceux qui n'ont aucun travail , mais de ceux qui n'ont point fie travail régulier. La moitié des fermiers irlandais sont des pauvres pendant une partie de l'année ; et, si on ne comptait que les ouvriers agricoles ou industriels qui ne manquent jamais d'ouvrage , le chiffre des travailleurs occupés se réduirait à presque rien (2) On peut donc affirmer, sans risque d'erreur, que sur les huit millions existant en Irlande, il y en a la moitié qui n'ont aucun travail, ou n'ont point tout le travad qu'il leur faudrait pour soutenir leur existence.
Les mêmes documents statistiques qui prouvent qu'en Irlande près de cinq millions d'invidus travaillent à la terre, établissent qu'en Angleterre et en Ecosse , sur une population totale de seize millions deux cent cinq mille, la terre n'en occupe guère plus de cinq millions, c'est-à-dire à peu près le même nombre qu'en emploie l'Irlande ; et cependant l'Angleterre et l'Ecosse ont une étendue de cinquantequatre millions d'acres, tandis que l'Irlande n'en a
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que dix-iieul" inillioiis. De sorte qu'en Irlande la terre absorbe les deux tiers de la population, alors que dans les deux autres pays elle n'en emploie pas même le tiers,* et l'Irlande consacre autant d'ouvriers que l'Angleterre et l'Ecosse à cultiver son territoire , qui est deux fois moins grand que celui de ces deux pays. Enfin il paraît bien certain que , par la culture irlandaise, la terre produit moitié moins que sous la main de l'agriculteur d'Ecosse ou d'Angleterre ; d'où il suit que trois ouvriers agricoles en Irlande font moitié moins de travail qu'un seul Anglais pu un Ecossais (i). Eu supposant que le nombre des cultivateurs anglais et écossais soit trop restreint, celui des agriculteurs d'Irlande est évidemment excessif; et le vice de la culture irlandaise tient précisément à leur quantité.
Cet emploi au sol de plus de bras qu'il n'en faut pour le cultiver , et qui se nuisent par l'effet même de leur nombre, est économiquement un mal absolu ; mais ce mal peut être un bien relatif en politique. Ainsi, s'il était vrai qu'en Irlande tout ce qui ne cultive pas la terre fût sans emploi , et que tout individu inoccupé fût un ennemi de la paix publique , on serait forcé de reconnaître que, même dans l'intérêt de tous, il vaut mieux que la terre se couvre du plus grand nombre de travailleurs possible , dùt-elle produire moins de fruits. Ainsi , tandis que les principes de l'économie conseilleraient d'éloigner du sol la moitié de ceux qui l'occupent, l'état politique du pays exigerait qu'on augmentât encore le nombre des cultivateurs.
Que faire donc ? Faut-il, en arracbant de la terre
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une partie de ceux qui y trouvent quelque travail et quelque moyen d'existence , grossir le chiffre des Irlandais qui n'ont ni ressource ni travail? ou bien faut-il accroître la somme des misères qui écrasent le sol , en brisant encore les parts de ceux qui l'occupent pour en donner quelques fragments à ceux qui n'en ont pas ?
Certes, s'il est un pays où l'industrie manufacturière fut un grand bienfait , c'est l'Irlande. L'industrie qui viendrait employer les bras oisifs ou mal occupés , serait pour l'Irlande , non-seulement lin élément de richesse, mais encore un moyen de salut. Il y a en Irlande une force productrice de plusieurs millions de bras, qui est inerte ou mal dirigée. C'est un instrument que l'industrie mettrait en mouvement là où il se repose , et qu'elle féconderait partout où il est stérile.
Toutes les causes se réunissent pour faire désirer le développement de l'industrie en Irlande ; si l'existence matérielle des classes inférieures y est intéressée , là aussi est l'avenir de ces classes moyennes que nous avons vues appelées à une si grande destinée ; l'industrie peut seule nourrir les uns et enrichir les autres.
Il existe des pays où l'on ne contemple point sans une sorte d'inquiétude et de terreur le progrès de l'industrie manufacturière ; ce sont ceux où les populations agricoles semblent déserter la terre pour se porter en masse dans les ateliers du fabricant, et où les grandes manufactures semblent, par leur nombre et par leur régime, renfermer un germe de corruption pour le peuj le et de péril pour l'État.
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Mais comment craindre que la terre ne soit abandonnée dans un pays où le peuple n'aime et ne connaît qu'elle ? Ce qu'il faut redouter en Irlande , ce n'est pas l'excès qui rejette des campagnes dans les villes industrielles une trop grande partie de la population, c'est l'excès contraire. On doit craindre que, enchaîné au sol, le per.ple ne s'en détache point assez pour se porter vers l'industrie. Et, en supposant que la vie manufacturière exerce sur l'état physique et moral de la population ouvrière une influence pernicieuse ; en supposant que l'atelier corrompe les enfants et les femmes, et atteigne ainsi la famille dans ses mœurs et la société dans son avenir ; fût-il vrai que l'agglomération, sur quelques points du pays , de grandes masses d'ouvriers , soit une puissance trop considérable dans l'État, et une arme trop dangereuse à la disposition des partis ; fût-il non moins bien étabh que ces grandes masses ouvrières que l'industrie emploie sont sujettes , par les oscillations de celle-ci , à tomber subitement et sans transition du travail dans l'oisiveté, c'est-à-dire de l'aisance dans le dénûment (i) : ces maux, en les admettant dans toute leur étendue, seraient mille fois moindres que ceux qui existent en Irlande , où l'oisiveté corrompt plus encore que le travail des manufactures , où la misère déprave tous ceux que l'oisiveté ne corrompt pas, et où les millions d'indigents affamés sont une cause plus formidable de désordre et d'anarchie que ne pourraient l'être , en aucun cas, un pareil nombre d'individus, trouvant dans leur travail de nombreux moyens d'existence.
IlO DES REMKDES ATI MAL. L INDUSTIUE.
D'où vient donc, qn'nyant un besoin si manifeste de l'indiislric nianiifactiirière , l'Irlande en soit presque dépourvue (i) ?
Ce n'est pas que l'industrie en Irlande manque de la protection du gouvernement; mais cette protection est à peu près stérile. On a, dans un temps, essayé le système des primes pour encourager la fabrication ; il en est résulté quelques efforts de production , qui ont cessé le jour où les primes ont été supprimées. Le gouvernement voudrait aujourd'liui, pour émanciper l'industrie irlandaise, établir en Irlande quelques grandes voies de comnmnication, telles que des canaux et des chemins de fer : assurément de pareils moyens de transport sont pour l'industrie d'admirables auxiliaires, mais il faut d'abord qu'ils trouvent l'industrie existante ; ils pourraient encore l'aider à naître, mais ils ne la créeraient pas. En l 'y 80 l'Irlande avait de très-belles routes; Young, dont le témoignage a tant de poids , constate que ces routes étaient, à cette époque , bien supérieures à celles de l'Angleterre. L'Irlande n'était pas moins alors dénuée de tout commerce et de toute industrie, tandis que l'Angleterre était déjà entrée dans son ère de richesse commerciale et de prospérité industrielle.
Dans son désir de protéger l'industrie irlandaise, le gouvernement serait tenté d'exécuter lui-même les grandes voies de communication qu'il croit propres à la seconder. IMais c'est un moyen périlleux : est-il bon que le gouvernement se constitue entrepreneur de travaux publics? et l'industrie privée peut-elle s'avancer avec sécurité dans une car-
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rière où elle peut à chaque pas trouver im rival aussi puissant que l'Etat?
Le gouvernement d'Irlande verrait, dans ce système de travaux exécutés par l'État, l'avantage de donner tout aussitôt du travail à ceux que l'industrie privée n'emploie pas ; mais un pareil emploi des bras inoccupés ne procurera à ceux-ci qu'un soulagement partiel et passager. Et il sera tel surtout dans un pays anglais où l'intervention du gouvernement dans les travaux publics est considérée, avec raison peut-être, comme une sorte de larcin fait à l'industrie privée. Or, cet emploi accidentel des bras oisifs sera plutôt un mal qu'un bien , si l'ouvrier, que le gouvernement a pris en passant , ne trouve ensuite aucun asile dans les ateliers de l'industrie particulière. C'est un grand malheur pour un pays quand il croit cjue l'industrie a besoin, pour prospérer chez lui , de la protection du gouvernement , ou lorsque le gouvernement se croit intéressé à la protéger. L'industrie ne se fonde pas par un décret impérial ou par un acte du parlement. Ce qui, sans doute, persuade aux gouvernements qu'ils peuvent aisément créer l'industrie, c'est la facilité avec laquelle ils la détruisent ou l'empêchent de naître.
Il y avait autrefois en Irlande des industries florissantes (i) : le gouvernement anglais les a tuées; et pour cela il n'a eu qu'à les enchaîner, car la liberté est l'air vital de l'industrie : il a chargé d'entraves la moitié des travailleurs de l'Irlande (2) et a interdit ses ports et ceux du monde entier aux produits du travail irlandais (3).
L'oppression de l'Angleterre sur l'Irlande ne se