‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 3)Chapitre 34 sur 101 · M2 DES REMÎ:DES AU M.VL. L INDUSTRIE · texte numérisé non relu

M2 DES REMÎ:DES AU M.VL. L INDUSTRIE

moDtre peut-être nulle part plus à nu que dans sa politique commerciale. L'Angleterre voulait tout vendre à l'Irlande et ne lui rien acheter , ce qui était aussi absurde qu'injuste : car l'Irlande ne pouvait faire de commerce qu'avec l'Angleterre; et comment ceux qui ne vendent rien achèteraient-ils quelque chose? Cet égoïsme industriel de l'Angleterre était poussé quelquefois jusqu'à la folie. Un jour, c'était sous le règne de Charles II, l'Angleterre ayant résolu d'étendre encore l'exclusion qui frappait les produits de l'industrie irlandaise , un bill fut présenté à la chambre des communes dans lequel l'importation en Angleterre du bétail irlandais et de tous les fruits de la terre était déclarée a nuisance^ c'est-à-dire une sorte de délit public; et l'on allait sur la proposition d'un membre proclamer ce fait une félonie ( a felonj c'est-à-dire un crime capital), lorsque le chancelier Clarendon fit observer qu'on pouvait tout aussi raisonnablement le dénommer un adultère (an adultery) (i).

Cependant les injustes entraves qui enchaînaient l'industrie irlandaise ont été brisées : tous les travailleurs irlandais sont libres ; l'Irlande peut envoyer ses produits dans tous les pays du monde, et tous les ports de l'Angleterre lui sont ouverts. Et la liberté commerciale, qui unit l'Irlande à l'Angleterre, n'est pas seulement celle qui s'établit de peuple à peuple, mais bien celle qui existe tout naturellement entre les diverses parties d'un même peuple , entre deux territoires soumis au même empire; l'Irlande et l'Angleterre sont entre elles dans les

TROISIKME PARTIE, cil A P, I. § I. Il3

mêmes rapports commerciaux où se trouvent deux villes anglaises ; Dublin commerce avec Liverpooi comme Liverpooi avec Londres.

Mais l'industrie que le dispotisme abat si vite ne se relève pas toujours avec la liberté : car si elle ne peut exister sans liberté , ce n'est pas la liberté qui la crée , et il lui faut encore pour naître et se développer bien d'autres conditions.

Cette liberté commerciale, dont la conquête commencée en 1782, ne s'est achevée qu'en 1820, n'a eu jusqu'à présent qu'un seul effet salutaire pour rirlande. Elle a ouvert à ses produits agricoles un marché immense et fait naître une sorte de privilège pour ses céréales librement admises dans les ports anglais , dont les blés étrangers sont exclus. Mais elle n'a en rien servi les manufactures irlandaises , l'Irlande continuant à employer presque exclusivement les produits de l'industrie anglaise.

Il en est qui croient impossible pour l'Irlande d'élever des manufactures tant que l'Angleterre lui enverra ainsi sans obstacle les produits des siennes ; et ceux qui pensent ainsi voudraient que , pour protéger en Irlande l'industrie naissante , on soumît à un droit d'entrée les objets manufacturés importés d'Angleterre en Irlande. Mais alors, par réciprocité, les produits agricoles que l'Irlande envoie aujourd'hui en Angleterre seraient sans doute également frappés d'un tarif. De sorte que dans la vue de créer une industrie nouvelle, l'Irlande courrait la chance de se voir dépouillée de celle qu'elle possède , et compromettrait un avantage certain pour un bien à venir et partant douteux.

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Est-il bien vPni, (railleurs, que la collCur^encë clé rîiuhistrie anglaise soit le piincipal obstacles an tléveloppeiiienl de rindiistrie en Irlande? Non; le plus grand obstacle est ailleurs : il vient bien moins dé l'Angleterre que de l'Irlande elle-même.

Sans cloute l'ouvrier anglais est, à tout j^rendre, supérieur à l'ouvrier irlandais; il est plus liabile et plus constant; il travaille plus et mieux ; mais le parti immense qu'on tiré en Angleterre des ouvriers irlandais prouve assez cpie l'objection ne vient pas d'euxmêmes. ]Manchester et Liverpool emploient des milliers d'Irlandais dans leurs manufactures(i). Assurément, lorsqu'on voit les deux plus grandes cités industrielles et commerciales de la Grande- Bretagne, je pourrais dire du monde entier, prospérer par le travail d'ouvriers irlandais, on ne saurait dire qu'en Irlande le vice du travail tienne à la nature même de l'ouvrier.

11 faut ajouter que si le travail de l'Irlandais est inférieur à celui de l'Anglais , ce défaut est compensé par lin avantage, qui est celui de coûter moins cher. Lés salaires de l'ouvrier sont très-bas en Irlande , parce qu'il y a peu de travail et une immense concurrence de travailleurs ; et pour peu que l'Irlandais fît dans l'atelier la moitié du travail que fait l'ouvrier anglais, on aurait plus de profit à se servir de celui-là que de celui-ci, parce que le premier coûte plus d'une fois moins que le second (2).

Il semble donc que l'Irlande soit dans les conditions lés plus favorables pour la prospérité de toute industrie établie dans son sein. Mais il ne suffit pas que l'industrie soit libre; il ne suffit pas qu'elle ait

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