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de lumières pour coui prendre qu'qn accroissement momentané de salaire peut devenir un malheur j)our lui-même, si cette aiigmenlalion (ait crouler Tiiidustrie de laquelle son salaire dépend.
. Ceci explique pourquoi les Irlandais sont de bons ouvriers dans les manuiactures anglaises. En quittant l'Irlande, ils en perdent les sauvages traditions; et en même temps qu'ils portent en Angleterre leurs facultés physiques et intellectuelles, ils y trouvent la moralité qui leur manquait, et qu'ils acquièrent rapidement en apprenant qu'en Angleterre les droits de l'ouvrier sont aussi sacrés que ceux du maître.
La même raison fait comprendre pourquoi l'industrie, languissante ou abattue dans presque toute l'Irlande, est plutôt prospère dans le nord de ce pays, où la classe supérieure et la classe ouvrière ne sont point, comme dans le sud et dans l'ouest, en éta^ de suspicion mutuelle; où il y a guerre entre des partis politiques et religieux, mais non entre le riche et le pauvre, entre le maître et l'ouvrier.
Ainsi, ^'une part, l'état agité de l'Irlande repousse ks capitaux; et quand par hasard quelques capitaux viennent assez hardis pour braver cette agitaiion, les passions violentes et grossières, que la classe ouvrière respire en quelque sorte dans l'atmosphère où elle vit , élèvent un obstacle presque insurmontable au succès de l'entreprise.
Sar^s les deux causes qui viennent d'être signalées, le^ capitaux qui fuient l'Irlande y abonderaient; el; çn va tout de suite comprendre de quelle source ils découler^^çj[^^.
TROisii;^ri; pariii;, chap. i, § i. 119
L'Angleterre regorge de capitaux; elle en envoie dans le monde entier; elle en place sur le continent, çn Amérique, en Asie; elle spécule, aux Etats-Unis, sur les terres; au Mexique, sur les mines; elle établit des bateaux à vapeur dans l'Inde. Et pourquoi donc, au lieu d'envoyer ses capitaux à deux mille, à quatre mille, à six mille lieues, ne les placerait-elle pas dans un pays qui est sous sa main, où il y a tant à faire et tant de bras qui ne demandent qu'à être mis en action? L'Angleterre veut, dit-on, conserver pour elle-même le monopole de l'industrie. Je veux bien que sa politique tende vers ce but; mais qu'importe? Les capitaux n'ont point d'esprit national; leur patrie est là où ils trouvent le plus de profit et de sécurité. Et d'ailleurs l'Irlande est anglaise; elle est une partie de l'empire britannique. Il faudrait prêter aux capitalistes anglais des passions nationales bien exaltées, pour qu'à leurs yeux Belfast et Dublin fussent autres que Manchester et Glascow. Disons-le donc, l'obstacle vient évidemment de ce que l'Irlande étant le pays le plus misérable et le plus agité du monde entier, l'Anglais aime mieux placer ses capitaux partout ailleurs qu'en Irlande ; et précisément parce que ce pays est sous ses yeux, il voit plus vite et plus clairement à quels périls ses capitaux seraient exposés, s'il les y envoyait. Que faut-il conclure de tout ce qui précède? C'est, d'abord, qu'aussi longtemps que les causes qui s'opposent à l'essor de l'industrie irlandaise existeront, ce n'est point à l'industrie qu'il faut demander du travail pour ceux qui n'en ont pas , et un remède aux maux dont l'oisiveté de la popula-
i .>.o i)i:s ni:.MÎ:nES ai mal. — l indîtstrU'. tion est la cause m^llc ou supposée; et, en second lieu, que, pour rendre possible le développement de l'industrie irlandaise, il faut commencer par détruire les causes qui maintenant la paralysent. Or, ces causes sont connues : c'est l'anarchie du pays et l'esprit qui anime les classes ouvrières.
Mais à qui appartient-il de combattre ces obstacles funestes à l'industrie irlandaise?
Ce n'est point sans doute l'affaire des gouvernements d'établir l'industrie; mais certes, leur tâche naturelle est de prévenir ou de dissiper les causes politiques qui empêchent l'industrie de naître ou de prospérer.
Maintenant, par quels moyens le gouvernement pourrait-il rendre au pays la paix, et au peuple les dispositions qui sont nécessaires à l'établissement de l'industrie en Irlande? Ceci est une autre question qui sort de l'objet du chapitre actuel. J'ai dii me borner ici à montrer. que l'industrie, quant à présent, ne saurait être pour l'Irlande un moyen de salut, puisqu'elle rencontre, dans le pays même, des obstacles immenses. Ces obstacles viennent du vice même des institutions ; de sorte que chercher les moyens de développer l'industrie en Irlande, conduit à rechercher quelle sorte de réforme il faudrait faire dans les institutions de ce pays. La question est posée ; mais l'ordre du livre en place ailleurs la discussion.