TROISIÈME PARTIE , CHAP. I, § II. I
§ II. — l'émigration.
S'il est impossible de trouver de l'emploi pour tous ceux qui , en Irlande , sont inoccupés ou travaillent mal , il faut , dit-on , diminuer le nombre des travailleurs; et quel meilleur moyen pour atteindre ce but que l'émigration ?
De tous les systèmes qui, depuis vingt années, ont été proposés pour le salut de l'Irlande , il n'en est peut-être pas un seul qui ait, en Angleterre, plus de faveur que celui d'une émigration pratiquée sur une grande échelle. C'est un remède violent , il est vrai , mais qui repose sur un fait simple en apparence, et propre à saisir les imaginations. Voici quelques millions d'individus dont la condition , eu Irlande, est profondément misérable; qu'on les transporte dans un autre pays, moins rempli d'habitants, ils y trouveront un sort heureux, et délivrés de celte population surabondante, ceux qui restent seront à l'aise et prospéreront. Cette théorie s'appuie de l'autorité des économistes les plus distingués , elle a plusieurs fois reçu la sanction du parlement lui-même, et beaucoup croiraient incurables les plaies de l'Irlande si l'émigration ne devait les guérir.
Les doctrines politiques , au nom desquelles on gouverne les peuples , ne sont-elles pas sujettes à d'étranges variations? Nous touchons encore à une époque où les théories des publicistes et la science des gouvernements n'avaient point en vue d'objet
l'iJ DES REMi:prS AU .MAL. — l/jÎMIGRATION.
plus cher et plus constant que raccroissement de la population (i). Sévères pour le célibat, les lois favorisaient les mariages précoces; des récompenses publiques honoraient les mères les plus fécondes (2); et lemigration qu^ eï>l|ève des enfants à la patrie , ét^it interdite comme un délit public. Voici inaintenant que chez un des peuples les plus civilisés di| monde, Topinjon s'établit que faccroissement de la population est le plus grand danger dont uqe ijatiofl puisse être menacée ; on y enseigne que pour conjurer ce péril, il faut non-seulement arrêter le progrès du nombre , mais encore le diminuer, et l'émigration y est non-seulement permise , mais solennellement encouragée comme un moyen de salut pour ceux qui émigrent et pour le pays délivré d'un excès de population.
C'était jusqu'à ce jour une doctrine universellement consacrée, qu'une grande population est pou|r un pays une source de force et de richesse nationales, et que si elle nuit faute d'être bien dirigée, ellp peut toujours être convertie en un instrument ^e puissance et de prospérité : théorie bien différente de celle qui veut aujourd'hui, quand la population semble excessive, qu'on en exile une moitié pour assifrer le bonheur de l'autre.
Et que doit penser l'Irlande de ceux qui la gouvernent? Les temps sont encore tout près d'elle où ses habitants étaient tenus rigoureusement dans l'impossibilité d'émigrer par le même gouvernement anglais qui, aujourd'hui , s'établit en Irlande le principal instigateur de l'émigration ! (3)
Sans relever davantage les contradictions de cps