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tenez compte aussi de ceux que consument incessamment les maladies et les misères; n'omettez pas non plus le chiffre autrefois assez considérable de ceux qui, chaque année, mouraient de la main du bourreau ; enfin ayez égard aux vingt-cinq ou trente mille individus que le cours naturel de l'émigration irlandaise enlève chaque année au pays ; et lorsque ces faits étant posés, vous rechercherez quelles «n ont été les conséquences; lorsqu'au milieu de ces crises diverses vous verrez l'Irlande toujours la même à toutes les époques, toujours misérable au même degré, toujours regorgeant de pauvres, étalant toujours les mêmes plaies hideuses et profondes ; vous reconnaîtrez alors que les maux de l'Irlande ne tiennent pas au nombre de ses habitants ; vous jugerez qu'il est dans la nature de son état social de créer des indigences profondes et des détresses infinies ; que des millions de pauvres étant enlevés d'Irlande par un coup de baguette magique , on en verrait bientôt surgir d'autres en abondance d'une source de misère qui , en Irlande , ne tarit jamais ; qu'ainsi ce n'est pas au chiffre de la population qu'il faut s'en prendre, mais aux institutions du pays.
Ici encore nous voilà ramenés à la cause première du mal , et à la question de savoir quelles réformes seraient à faire dans ces institutions dont le vice reparaît toujours comme l'origine de tous les maux; mais le moment n'est point encore venu de discuter cette question. Quant à présent , il suffit d'avoir montré qu'on chercherait vainement dans l'émigration un remède aux misères de l'Irlande.
\l\l DF.S REMl'DES AU MAL. lI^E LOI DE Cil AHlTl':.
Un secours pour lis puvres.
Le j)arlement anglais a rendu, à quelques années d'intervalle, deux lois qui , seules, mettraient à même de juger l'aristocratie d'Angleterre et celle d'Irlande.
En Angleterre, la charité publique avait été, pendant des siècles, pratiquée si généreusement et si imprudemment par les classes supérieures; les taxes énormes qu'entraînait son exercice, avaient fini par peser d'un tel poids sur la propriété, qu'il a fallu un jour arrêter les abus de l'aumône légale , et forcer les riches à moins de bienfaisance envers les pauvres: tel a été l'un des objets principaux de la réforme accomplie en i834 (i).
En Irlande, au contraire, le défaut absolu de charité publique ou de sympathie particulière du riche pour le pauvre, y a fait naître, d'année en année, de siècle en siècle, une accumulation si énorme de misères extrêmes , qu'on s'est vu obligé enfin d'introduire dans ce pays une partie du principe qu'on réformait en Angleterre, et de contraindre les riches à assister quelque peu le pauvre qu'en Angleterre ils secouraient trop; c'est l'objet qu'a eu en vue la loi adoptée par le parlement au mois de juillet dernier (a). Cette loi prescrit la construction d'un certain nombre d*établissements de charité propies à recevoir les indigents, et met, dans chaque comté ,
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les frais de leur entretien à la charge des propriétaires. C'est cette loi de charité qui, à défaut de l'industrie et de l'émigration, pourra, dit-on, sauver l'Irlande.
On attend d'elle de nombreux bienfaits ; envisagée sous le point de vue économique, elle fera vivre des millions de travailleurs inoccupés; considérée dans sa portée politique, elle amortira les passions anarchiques qui prennent leur source dans l'extrême indigence; et examinée sous son aspect social, elle sera propre à réconcilier le riche avec le pauvre , dont les souffrances seront désormais adoucies; telles sont les promesses que fait cette institution nouvelle, et qu'il semble bien difficile qu'elle accomplisse (i).
Sans doute il paraît téméraire de porter un jugement complet sur une expérience qui se fait, qui est à peine commencée, et dont on saura bientôt l'issue. Cependant, tout en reconnaissant qu'il y a dans une pareille entreprise beaucoup d'avenir voilé à tous les yeux, ne s'en trouve-t-il pas quelques parties que la prudence humaine puisse pénétrer? Si l'on ne saurait dire toutes les conséquences qu'aura la loi des pauvres en Irlande, ne peut-on pas du moins prévoir avec quelque certitude les effets qu'elle n'aura pas? et sans prédire le sort tout entier de cette mesure, ne peut-on pas affirmer qu'elle ne réalisera point les grandes espérances qu'on a reposées sur elle? N'arrivera-t-il pas nécessairement l'une de ces deux choses? Ou Ton voudra exécuter la loi assez largement pour la rendre efficace, et alors elle sera impossible; ou
l44 I^ES REMftDES AU MAL. UNE LOI DE CTrAniTl';.
bien on no lui donnera d'autre exécution (ju<; celle qui est praticable, et alors elle sera impuissante, si même elle n'est funeste.
Son influence sera' sentie sans nul doute, si par suite de son exécution les deux ou trois millions de pauvres que l'on compte en Irlande , reçoivent tout à coup de la société une assistance publique et légale. Ce sera, il est vrai, une grande question de savoir jusqu'à quel point cette influence sera salutaire; tout ne sera pas bienfait peut-être dans une institution qui, en attribuant à plusieurs millions d'individus les privilèges du paupérisme, leur en infligera aussi les stigmates et les vices. On pourra douter que le pain donné à ces deux millions de personnes , change sensiblement la condition de quatre ou cinq autres millions qui ne sont guère moins malheureux; et il sera permis de craindre que le moyen destiné à guérir les misères du pays ne les rende plus incurables en les régularisant. Mais enfin, en supposant que le résultat de la mesure fût tout favorable, comment la pratiquer? Y a-t-il possibilité que deux ou trois millions d'individus trouvent en Irlande leur subsistance dans un régime de charité pubHque ? Non ; et pour le reconnaître, il suffit du plus simple calcul.
Supposez que la société prenne la charge de deux millions de pauvres ; c'est le chiffre le plus bas que l'on puisse admettre. L'humanité en accepterait sans doute un moindre ; mais on ne saurait le réduire si l'on veut que l'assistance donnée aux pauvres d'Irlande ait une portée sociale et politique. Supposez maintenant qu'on donne à ces deux millions de