‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 3)Chapitre 46 sur 101 · TROISIEME PARTIE, CHAP. I, § III · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE, CHAP. I, § III

cliée de ceux auxquels elle serait le plus nécessaire.

Il y a cependant un cas où, selon toute vraisemblance, une grande foule réclamera le secours public en dépit des riguein-s qui y sont attachées; je veux parler de ces époques de disette générale , ou la famine sévit parmi le peuple, et où le besoin matériel de vivre fait taire toutes les répugnances morales. Mais alors ce n'est ni par centaines, ni par milliers, ni par centaines de mille , c'est par millions que les pauvres irlandais feront irruption sur la maison de charité ; car dans ces temps funestes il s'établit sur toute l'Irlande un effroyable niveau de misère. Or, quel moyen de satisfaire ces multitudes affamées? Ainsi quand la charité sera possible, on la fera si dure qu'elle sera peu recherchée; et lorsqu'une circonstance extrême viendra lui donner encore quelque prix, elle sera aussitôt réclamée par un si grand nombre qu'elle deviendra impossible.

Mais la loi des pauvres donnée à l'Irlande ne serait qu'à demi défectueuse si elle n'était qu'impuissante : tout ne semble-t-il pas indiquer qu'elle sera funeste ?

Le fait seul de son inutilité serait un mal réel. L'Angleterre se persuade qu'en fondant cette institution elle a beaucoup fait pour l'Irlande; elle se sent désormais plus à l'aise , et croyant avoir appliqué le remède aux maux de ce pays, elle est tentée de se reposer, du moins pour quelque temps, dans la satisfaction que donne le sentiment d'un grand devoir accompli.

Et, en Irlande, cette loi ne va-t-elle pas tout d'abord exciter parmi le peuple des espérances qu'elle

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ne saurait réaliser? Lorsqu'une institution de charité publique est ainioncée à l'Irlande, le peuple ne se rend point compte aussitôt des limites dans lesquelles on entend la restreindre. On croit que désor. mais tous les pauvres seront secourus parla société; et cette opinion s'établit d'autant plus facilement que, sans avoir jamais possédé la charité anglaise, l'Irlande en sait les principes et les traditions. Mais lorsqu'au lieu de voir toutes les détresses secourues, on n'apercevra qu'une grossière assistance donnée à quelques pauvres élus , une cruelle déception ne sera-t-elle pas éprouvée? Et l'Irlande souffrante, qui s'attendait à un grand soulagement, ne s'irritera-telle pas en comparant la vile aumône reçue au bienfait qu'elle croyait recevoir ?

Impuissante à secourir le peuple, cette loi ne le sera peut-être pas pour le corrompre. Il y a en Irlande un grand nombre de pauvres qui , quoique ne travaillant pas, ont un ardent désir de travailler, et qui font de grands efforts pour se créer quelque moyen d'existence. Voici maintenant une institution qui va leur suggérer l'idée funeste qu'on peut vivre sans travail, et que la société assiste celui qui est dans le besoin. Combien , sur la foi de cette espérance chimérique , au lieu de chercher de l'emploi , si difficilement trouvé en Irlande , l'attendront dans l'inertie , bien résignés d'avance au malheur de ne le voir jamais arriver? Et combien préféreront à un travail mal rétribué les chances d'une charité donnée à la pauvreté oisive ?

Mais cette institution ne risque pas seulement de dépraver le peuple sans le secourir; elle privera

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