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plusieurs déshonorerait? Au milieu de ces doutes, de ces scruj)ules, de ces passions, il prendra le parti de ne rien faire , ce qui sera pourtant un acte trèsdécisif; car, encore une fois, l'homme se taisant, le droit de primogéniture règle la succession.
Ce droit est sans contredit le privilège le plus important de l'aristocratie anglaise ; ajoutons qu'il est le plus incontestablement national.
Les cadets en souffrent moins qu'on ne pourrait croire, parce que la même constitution qui les exclut de l'héritage paternel, les dédommai^e par un certain nombre de privilèges qui leur sont réservés. L'Eglise , l'armée, la marine , la compagnie des Indes , leur offrent des carrières dont ils ont à peu près le monopole. Le jour où l'on voudra porter au droit d'aînesse un coup mortel , on n'aura qu'à enlever aux cadets de famille la faveur politique qui leur fait oublier l'injure de îa loi civile ; de ce jour-là seulement, le droit d'aînesse leur paraîtra une injustice.
Ppur comprendre le sentiment populaire dont, en Angleterre, le droit de primogéniture est l'objet, il faudrait tâcher de mettre, pour un instant, de côté nos idées françaises en cette matière, nos habitudes philosophiques , et nos mœurs démocratiques elles-mêmes.
En France , quand une succession s'ouvre , ce qui excite l'intérêt , c'est le sort de ceux entre lesquels l'héritage sera divisé. En Angleterre, ce n'est pas l'héritier qui attire l'attention , c'est l'héritage. La loi anglaise a bien plus en vue la terre que l'homme; il ne s'agit pas de distribuer la terre équitablement
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entre tous; co qui importo, c'est de donner à la terre un possesseur iligne d'elle , et qui soit capable de la conserver entière et indivise.
Pour comprendre. cette idée, i! faut songer à tout ce qu'il y a de richesses accumulées sur le sol anglais, à tous les arrangements factices qu'il a reçus , à toutes les transformations artificielles que la main de l'homme lui a fait subir.
Les domaines anglais sont comme autant d'objets d'art dont chacun forme un ensemble parfait; il semble qu'on ne pût, sans impiété, leur faire subir un partage; chacun d'eux est comme un tableau du Corrége trouvé dans une succession. Il faut, de toute nécessité, qu'un seul héritier le possède : nul ne voudrait qu'on le mutilât. Dans de certains pays , ce lot privilégié se tire au sort. En Angleterre, on gagne ce lot en naissant le premier.
Et remarquez que ces domaines, éclatants de luxe et d'industrie, ne sont pas de rares accidents qui se rencontrent çà et là ; ils forment l'état commun du sol; ils se succèdent, sans une seule lacune, d'un bout du pays à l'autre , sans aucun intermédiaire qui les interrompe, sans aucun contraste qui les dépare. Voilà pourquoi l'Angleterre est si belle ! Quelle splendeur dans l'ensemble ! quel goût admirable dans les détails! comme tout y est riche, élégant, fini! Il semble que rien n'ait été fait en vue de l'utilité, et que tout ait été calculé pour l'agrément, pour la grâce et pour la beauté du paysage ! Il est si facile d'être généreux envers la terre, quand elle-même vous prodigue tous ses trésors. Ici, point de gêne, point d'entraves , point de petit propriétai^^ dont
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, les vues étroites et mesquines viennent contrarier de vastes plans; point do petit champ dont la grossière culture souille de son contact les perfectionnements agricoles d'une savante exploitation ; point de toit pauvre dont les misères viennent désenchanter les regards. Tout est grand, magnifique, somptueux dans les campagnes de l'Angleterre.
Il faut avoir vu cent fois ces campagnes merveilleuses, sur lesquelles la nature a versé tant de trésors , l'industrie humaine tant de richesses, et l'art tant d'ornements; il faut traverser l'Angleterre d'un seul trait, aller de Londres à Edinburgh, et voir toute cette magie d'un seul coup-d'œil, pour comprendre, non le droit de primogéniture, mais le sentiment qu'on en a en Angleterre, pour s'expliquer comment une sorte de popularité est attachée à ce privilège, sans lequel ces beaux domaines, qui font une si belle contrée , tomberaient sous la hache du principe d'égalité qui divise et broie les héritages.
Quand nous vantons, en présence d'un Anglais , les avantages de notre loi de succession, qui, prenant sa source dans l'équité naturelle , fait des parts égales aux enfants, et divise ainsi sans pitié l'héritage paternel, nous sommes à peu près sûrs de n'être pas compris, et il est rare que l'expression d'un pareil sentiment n'excite chez lui le rire ou l'incrédulité. En général , il n'admet pas comme chose possible qu'une pareille loi existe dans aucun pays, ou il pense que ce pays est menacé d'une ruine prochaine. Les idées de l'Anglais sur ce point sont au nombre de ses convictions les plus tenaces.
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Le droit d'aînesse est, en Irlande, le même, suivant la loi, qu'on Angleterre; mais il n'y trouve point le mémo appui dans l'état du sol , dans les préjugés et dans les passions nationales.
Il est vrai qu'en Irlande , comme en Angleterre, tous ceux qui sont en possession de vastes domaines éprouvent, pour la conservation de ces propriétés, le même sentiment aristocratique que les propriétaires anglais , et partant le même attachement pour le privilège qui seul en empêche la division.
Il est vrai encore qu'en Irlande il arrive souvent aux nouveaux enrichis , qui achètent une grande terre, d'être, comme en Angleterre, saisis tout aussitôt des mêmes instincts d'orgueil et de conservation pour ce domaine, qu'ils seraient fiers de transmettre entier à leur postérité la plus reculée.
Mais, en Irlande, la passion de l'aristocratie s'arrête à ceux qui en sont ou qui croient en être membres; et ce nombre est très-limité. En Angleterre , à côté d'une vieille fortune il y en a mille qui sont en train de naître; il n'en est pas de même en Irlande, où la misère est presque aussi immobile que le sol. Peu espèrent arriver au but, et ceux qui l'ont atteint sont haïs. Jamais, en Irlande, je n'ai entendu le peuple témoigner , en parlant des vastes possessions de l'aristocratie , ces sentiments indulgents et quelquefois enthousiastes dont j'ai si souvent , en Angleterre , surpris l'expression dans la bouche du pauvre.
On pourrait donc abolir , en Irlande, le principe du droit de primogéniture sans y blesser aucune-
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ment le senlinicnt national. Ce serait, au contraire, le meilleur moyen de mettre la loi d'accord avec l'esprit public. S'il est vrai que les lois civiles d'un peuple expriment ses mœurs , ne peut-on pas dire qu'aussi longtemps qu'en Irlande une aristocratie anti-nationale conservera ses privilèges civils, il y aura dans ce pays contradiction flagrante entre ses mœurs et ses lois ?
On est forcé de reconnaître aussi que l'abolition du droit d'aînesse ne causerait point en Irlande les ruines qu'elle pourrait faire en Angleterre, il existe bien en Irlande de magnifiques domaines , et de splendides demeures ; mais ce sont comme des oasis dans le désert. Le riche propriétaire d'Irlande a coutume d'entourer sa résidence d'une certaine étendue de terres réservées , sur lesquelles il accumule tous ses soins, tout son luxe, tout son orgueil. Si l'on arrête ses regards sur cet espace étroit, on se croit encore en Angleterre ; mais dès qu'on porte ses yeux au-delà, on est de toutes parts frappé du plus triste spectacle ; la terre se montre aussi pauvre que ses habitants : il semble qu'elle envoie le reflet de leur profonde misère ; des cabanes immondes , des champs dépourvus de clôtures , un sol nu , entièrement dépouillé d'arbres , tout présente un aspect désolé.
En Angleterre, la ferme est si riche qu'elle se confond avec la réserve du propriétaire. En Irlande, il y a, au point où finit le domaine privé du riche, un brisement subit ; et l'on a peine à croire que cette ferme hideuse , qui porte tant d'indigence et
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do iiiallicur, dépende de ce palais superbe, qui contient une si énorme opulence.
Maintenant , pense-t-on qu'il y eût matière à de grands regrets, quand, par l'effet d'une législation nouvelle , ces immenses terres , si horribles à voir , viendraient à se diviser ? Serait-ce le cas de déplorer la mutilation des grandes terres , si tous ces domaines , chargés de huttes sauvages et de fermiers en haillons, se couvraient d'habitations modestes et de petits propriétaires ?
Ici encore, on le voit bien , l'intérêt de l'Irlande commande impérieusement de renverser ce qu'en Angleterre on peut laisser debout.
L'abolition , en Irlande , du droit de priinogéniture est absolument nécessaire pour conduire au but qu'il faut atteindre. Ce serait déjà introduire dans la loi un changement considérable que de retourner l'échelle du droit; et, au lieu d'établir que l'aîné des fils aura tout l'héritage, à moins de dispositions contraires du père , de statuer qu'en cas de silence de celui-ci, le partage sera égal, et que, pour dépouiller les plus jeunes au profit de l'aîné , il faudra une déclaration expresse.
Sans doute, pendant longtemps, une pareille loi serait peu efficace, parce que les mœurs des riches lutteraient contre elle; mais ne serait-elle pas le moyen le plus sûr et le plus équitable de préparer les mœurs ? D'abord elle serait puissante chaque fois qu'un père de famille aurait omis volontairement ou involontairement de faire un testament : et combien sont surpris par leur dernière heure ! ce serait
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aussi enlever à l'égoïsnie de l'orgueil l'asile dans lequel il a coutume de se réfugier. Sur cinq enfants, quatre sont dans une condition misérable, un seul est riche: que voulez-vous? c'est la loi qui l'a réglé ainsi. Désormais on pourrait dire au père: Cette révoltante inégalité dans l'état de ceux qui avaient un égal droit à votre tendresse est votre ouvrage; elle résulte, non d'une omission de votre part , mais d'un fait positif dont vous êtes l'auteur.
Je ne puis croire qu'à la longue une pareille loi ne devînt féconde, et sans doute elle amènerait la division d'un grand nombre de domaines. Il faut n'avoir point vu la France pour ne pas reconnaître avec quelle rapidité cette division s'opère , dès que le principe du partage égal commence à exercer son action dissolvante. Le droit d'aînesse étant aboli, le fractionnement des héritages qui en résulterait offrirait d'abord à la classe moyenne qui naît en Irlande des terres d'une étendue accommodée à ses moyens, et sans doute la division, se perpétuant, finirait par rendre la propriété accessible aux classes inférieures elles-mêmes.
En résumé , pour atteindre le but qu'on se propose, il faudrait briser les liens féodaux qui enchaînent le sol, abolir les substitutions, au droit de primogéniture substituer le droit commun du partage égal ; délivrer la propriété de toutes ses entraves; ne point la laisser incertaine entre un maître qui n'est plus possesseur, et un possesseur qui n'est pas propriétaire ; déclarer rachetable, à prix d'argent, toute rente perpétuelle ; exposer au grand jour le mouvement delà terre, en faciliter la vente, ouvrir