‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 3)Chapitre 66 sur 101 · DES RKMIIDF.S AU AfAI.. — AHOMn rARISTOm AI IF · texte numérisé non relu

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gratuitement an pnblic le registre où sont consignés les engagements relatifs au sol, offrir à ces engagements (les garanties de sécurité, et en simplifiant la forme des contrats dont le sol est l'objet, rendre possil)le l'achat des petits comme des grands domaines.

Je ne prétends pas, du reste, indiquer les procédés législatifs par lesquels le mal signalé pourrait être guéri , et je me borne à dire aux hommes de qui dépend le sort de l'Irlande : « Hâtez-vous de faire des « lois qui rendent la terre au commerce ; divisez, « fractionnez la propriété autant que vous le pourrez, « car c'est le seul moyen, tout en renversant une aris- « tocratie qui doit tomber , de relever les basses « classes ; c'est le seul moyen de mettre le sol à k « portée du peuple , et il faut , de toute nécessité , « que le peuple d'Irlande devienne propriétaire. »

SECTION m.

Ce qu'il faut faire pour abolir les privilèges religieux de l'aristocratie.

Nécessité de détruire la suprématie du culte anglicau.

Enfin ce ne serait point assez d'avoir enlevé à l'aristocratie irlandaise ses privilèges sociaux et politiques , si on ne la dépouillait aussi de ses privilèges religieux.

Ses privilèges religieux sont : ïa prédominance de

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son cnlto, qui, quoique professé par une potile minorité, est la religion légale de tous; et les grandes richesses données par l'État à son Eglise.

Comment l'aristocratie, perdant sa puissance politique et civile, conserverait-elle ime suprématie religieuse qui n'était que l'accessoire de ses autres privilèges? C'est à grand'peine que l'Église anglicane se maintient, appuyée sur les pouvoirs temporels de l'aristocratie; ceux-ci venant à lui manquer, sur quoi s'appuierait-elle ?

Sans doute, au milieu de routes les ruines du vieil édifice, on ne conservera pas cette Église, qui est pour l'Irlande un si grand Oéau, que tous les autres privilèges de l'aristocratie fussent-ils épargnés, il y aurait nécessité de la détruire. Comment donc, ces privilèges tombant , resterait-elle debout ?

Au milieu des vices qui abondent dans la société irlandaise, le vice de la suprématie anglicane se montre en relief plus choquant que tous les autres, non-seulement parce qu'il est le plus funeste, mais aussi parce qu'il est le plus absurde.

L'obstination qu'on met à maintenir dans l'Irlande catholique le principe légal et l'existence officielle de l'Église protestante , prouve qu'il y a dans les institutions humaines un degré d'égoïsrae et de folie, dont il est impossible de marquer la limite.

On ne peut comprendre l'Église anglicane d'Irlande qu'à sa naissance ; le zèle religieux des temps nous l'explique. Chaque secte, au seizième siècle, croyait tenir la vérité absolue, et regardait comme un saint devoir d'imposer sa croyance, même par la force, à quiconque était assez malheureux pour

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avoir une autre foi. Alors l'esprit de prosélytisme animait tous les cultes ; et les anglicans, qui possédaient la puissance temporelle , eussent montré à cette époque une grande modération, s'ils se fussent bornés, comme aujourd'hui, à placer sous les yeux des catholiques d'Irlande ce qu'ils considéraient comme V Église modèle, le tjpe de la vraie foi, et qu'en leur offrant cette forme unique du vrai culte, ils leur eussent défendu tout autre mode d'adorer Dieu.

On concevrait encore que si, de notre temps, la même passion religieuse régnait sur les âmes, il fût permis de s'entêter dans une entreprise dont trois siècles d'inutiles essais ont démontré le vice.

Mais la tolérance n'a-t-elle pas, de nos jours, remplacé, même en Angleterre, l'esprit de prosélytisme? En dépit de sa nature anglicane, le gouvernement anglais reconnaît tous les cultes; et les sectes les plus diverses, qui jadis se déchiraient entre elles, vivent maintenant paisibles sous la protection des lois.

Quel est donc le sens d'une Église créée dans un pays par le fanatisme religieux, et qui, après trois cents ans de persécutions stériles, continue d'exister, quand le fanatisme est éteint?

On trouve encore, il est vrai, parmi quelques congrégations protestantes d'Angleterre, d'Irlande et d'Ecosse, un zèle enthousiaste et une ardeur religieuse qui rappellent les premiers temps de la réformation; maison doit rendre à l'Eglise anglicane établie en Irlande cette justice, qu'elle est bien complètement exempte de pareilles passions, et

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que, coudaiiuiée à vivre au milieu d'une population catholique, elle paraît tout à fait résignée à son malheur. Les ministres anglicans ne semblent point préoccupés du besoin de faire des adeptes ; et la meilleure preuve que peuvent donner beaucoup d'entre eux de leur parfaite tolérance, c'est le fait même qu'ils ne résident point parmi ceux dont ils pourraient tenter la conversion. C'est d'ailleurs une coutume familière aux ministres anglicans d'Irlande de reprocher aux catholiques leur esprit de prosélytisme; d'où il faut inférer que les ministres anglicans sont animés d'un autre esprit. Assurément cette modération est louable; on ne peut que l'approuver, mais si les ministres anglicans ne sont pas en Irlande pour faire des prosélytes, pourquoi y sont-ils? Placés dans ce pays pour tendre vers un but dont la poursuite est abandonnée , pourquoi y restent-ils ? Si ce n'est point la passion qui les retient, faudra-t-il croire que c'est l'intérêt? et que, n'ayant point converti l'Irlande à leur culte , ils n'en gardent pas moins les privilèges , les terres , les revenus , qu'on leur avait donnés pour travailler à cette conversion ? Triste condition d'une Église qui , pour échapper au reproche d'égoïsme, n'aurait d'autre moyen que de se montrer intolérante ou de périr! Si, en dépit des enseignements du passé, l'Eglise anglicane d'Irlande rêvait encore la conversion de ce pays au protestantisme , elle soulèverait plus de passions , mais elle choquerait moins les esprits ; elle serait plus irritante, mais moins absurde. Son établissement primitif fut une violence , son maintien présent est un non sens. Dans son impuissance reconnue de corn-

•a'iS DFS remiVdes au mali — ABOLIR l'aristocratie. muniqiier ses croyancos à ceux qui la paient, elle s'elt'orce de se rendre iiioffensive , et ne voit pas que plus elle excite l'indulgence, plus elle révolte la raison.

Depuis cjue Tli^glise ne persécute plus les catholiques d'Irlande avec les lois pénales du dix-huitième siècle , elle manifeste devant les attaques dont elle est l'objet la plus singulière surprise. Que lui reproche-t-on ? Ses ministres ne vivent-ils pas paisiblement sur leurs terres ? Ne les voit-on pas indulgents pour leurs fermiers, bons voisins, bons pères de famille? Ne dépensent-ils pas leur revenu au profit de la population qui travaille ? Et n'est-ce pas un grand bienfait pour un pays encore sauvage, et où les classes les plus élevées ne résident pas , d'avoir çà et là épars sur sa surface un certain nombre d'hommes intellectuels, qui , s'ils n'y font pas fleurir l'arbre du protestantisme, y déposeront du moins des germes féconds de civilisation? Tel est le langage de l'Église d'Irlande et de ses amis les plus ardents (r). Cependant, alors même queler> ministres anglicans, si souvent absents de leur poste, ne le quitteraient point, ils seraient impuissants a faire le bien qu'on leur demande. Vainement vouf les convertissez en de simples rentiers, ils sont toujours pour le peuple les ministres d'une religion ennemie ; leur fortune , si modique qu'on la suppose , est une charge pour le pauvre , et pour le catholique un scandale, l^es persécutions violentes et directes de l'Église ont cessé, mais l'oppression morale qui leur a succédé est encore un lourd fardeau; l'existence seule de l'Église

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