‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 3)Chapitre 67 sur 101 · TROISIEME PARTIE, CIIAP. IV, SECT. III, § I- uSq · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE, CIIAP. IV, SECT. III, § I- uSq

anglicane en Irlande, telle qu'elle est constituée, est une constante tyrannie.

Aussi longtemps que le culte anglican sera en Irlande la religion de l'État, l'État sera odieux au pays, et il n'y aura pour l'Irlande ni prospérité possible ni repos.

La suprématie anglicane est pour l'Irlande le principe et la source continue de tous les maux : elle signifie, pour l'Irlandais, violence, confiscation, rapines, cruauté ; elle est, à ses yeux, le signe certain de l'injustice, du mensonge et de la spoliation. Tant que l'Eglise anglicane sera le culte établi en Irlande, à tort ou à raison , ce pays ne se regardera point comme libre ; il se croira toujours traité en pays conquis et opprimé, parce que les plus amers souvenirs de la conquête sont tous mêlés de protestantisme , et qu'il n'est pas un souvenir de protestantisme qui ne soit mêlé de tyrannie.

Il faut donc couper avec soin cette racine anglicane de l'aristocratie , qui , si elle restait en Irlande, ne pousserait que de funestes rejetons. Quel que soit le gouvernement qui s'établisse sur les ruines de l'aristocratie irlandaise , malheur à lui s'il montre la moindre sympathie ou la moindre pitié pour le vieux privilège anglican !

Ce principe de domination religieuse , dans lequel se résument et se perpétuent tous les vieux griefs de l'Irlande catholique, sera, tant qu'il durera, une source intarissable de divisions, dehaines, d'attaques et de résistances; il rendra impossible toute autorité, même la plus bienfaisante, mais appuyée sur lui. Vainement le gouvernement, d'ail-

lt\0 DES REMl^DES AU MAL. AHOLIR l'aRISTOCRATIE.

leurs le plus national , tenterait de s'établir en Irlande, il serait impuissant et fragile, si on lui laissait cette base vicieuse. Et vainement des réformes seraient faites dans L'administration de l'Église anglicane, des abus corrigés , les sinécures abolies , les richesses du clergé diminuées , le mal sera toujours le même aussi longtemps que prévaudra le principe qui attribue à l'Eglise anglicane une prédominance légale sur tous les autres cultes ; et ce mal provoquera toujours les mêmes soulèvements; les mêmes violences , les mêmes rébellions populaires reparaîtront. Sous quelle forme éclateront ces résistances nouvelles ? Quel fait en sera l'occasion ? On ne saurait le dire ; mais ce fait ne manquera pas.

C'est une erreur souvent commise que de croire qu'une diminution dans les revenus de l'Eglise anglicane remédierait au mal religieux. D'abord cette réduction ne pourrait, même sans injustice, excéder de certaines limites. Le haut clergé d'Irlande est seul opulent. Les ministres de paroisse n'ont pas , terme moyen, chacun plus de 10,000 francs de rente (5oo livres sterling). Cette somme énorme pour ceux qui la paient à contre-cœur est à peine suffisante pour les ministres qui la reçoivent; ceux-ci sont presque tous des cadets de famille pour lesquels l'Eglise est un état; leur fortune, quelque belle qu'elle paraisse, est encore bien inférieure à leur condition et à leurs besoins; ils sont mariés, ils ont des enfants qu'il faut bien élever et au sort desquels il faut pourvoir; ils ont des amis riches, des rapports de société et de famille dans le monde élégant; leurs charges sont grandes et leurs revenus sont au-dessous

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