‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 3)Chapitre 73 sur 101 · QUATRIÈME PARTIE, CIIAP. I. I · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE, CIIAP. I. I

une fois posé et compris , bien des difficultés suscitées par l'Irlande s'évanouiraient.

Celle-ci ne serait plus fondée à se plaindre qu'on la traite autrement que l'Angleterre, qui, de son côté, ne lui contesterait plus le besoin d'un régime différent. Aujourd'hui on est dans l'absurde lorsque les lois propres à consolider en Angleterre l'aristocratie et l'Église sont données à l'Irlande. Celle-ci les repousse, et avec raison-, et pourtant l'Angleterre peut lui dire : Vous voulez les mêmes lois. On est encore dans le faux lorsque des réformes plus libérales que démocratiques étant faites en Angleterre, on les accorde à l'Irlande. L'Angleterre aristocratique a besoin de plus de liberté ; il faut à l'Irlande plus d'égalité. Le gouvernement anglais est donc sage lorsque, dans ce cas, il refuse à l'Irlande ' ce qu'il donne à l'Angleterre ; et cependant l'Irlande peut dire : Puisque vous m'imposez votre inégalité sociale , donnez-moi aussi votre liberté politique.

Ces difficultés insolubles dans le système d'un gouvernement uniforme pour les deux pays disparaîtraient dès qu'on établirait que chaque peuple a besoin de son régime propre , et que l'Irlande doit être traitée autrement que l'Angleterre , non parce qu elle est inférieure , mais parce qu'elle est différente.

Mais tout en admettant que, s'il agissait ainsi, le gouvernement anglais ferait à la fois l'œuvre la plus juste et la plus sage, on prévoit cependant qu'il ne sera point en son pouvoir de procéder de la sorte. Un seul obstacle suffira pour l'arrêter : les n. i8

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préjugés de rAnglelerre et ses passions plus puissantes (pie ses intérêts.

Une pareille conclusion est triste sans doute et féconde en graves conséquences : mais avant de les déduire, ne faut-il pas d'abord exposer plus complètement les bases du problème ?

S'il est vrai que l'Angleterre ne puisse et surtout ne veuille point accomplir en Irlande les réformes dont on a montré la justice et la nécessité, s'ensuitil qu'elle ne veuille rien réformer dans ce pays ? Non , sans doute. Tout annonce , il est vrai , que l'ensemble des innovations proposées lui répugnerait, mais chacune d'elles ne la trouverait pas également hostile. Ne faut-il pas, par conséquent, rechercher, parmi les réformes indiquées, quelles sont celles que l'Angleterre repousserait absolument et celles dont elle pourrait admettre quelque chose? On croit nécessaires au repos et à la prospérité de l'Irlande tous les changements qui ont été indiqués; mais si l'accomplissement de tous est impossible, le meilleur système ou plutôt le moins défectueux ne sera-t-il pas celui qui permettra d'en exécuter quelques-uns?

Comment d'ailleurs porter sur les passions de tout nn peuple un jugement absolu ? Il y a bien dans la physionomie générale d'une nation quelques traits universellement répandus qui permettent de lui attribuer en masse tel penchant, telle aversion; mais ces traits communs au plus grand nombre sont rares. Un* grand peuple, surtout un peuple libre, n'est point si homogène dans toutes ses parties ; la différence des classes et des rangs, l'inégalité des

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conditions , la variété des intérêts poliriqiios, les divisions religieuses, font naître une multitude; de sentiments opposés et de passions contraires; la lutte s'établit et continue sans relâche dans le pays entre ces intérêts divers. Et ce n'est pas toujours le même sentiment qui triomphe; tantôt une idée domine, tantôt une autre : celle-ci, maîtresse du pouvoir, détruit aujourd'hui ce que celle-là avait institué la veille ; et ce que le peuple vient d'édifier, guidé par l'opinion du jour, il le renversera demain sous l'empire de l'opinion rivale et triomphante. Lors donc qu'on recherche ce que , dans tel cas donné , un peuple voudra on pourra faire, on ne saurait aller bien loin dans cet examen si l'on ne distingue pas les divers éléments dont ce peuple se compose, et si, après avoir fait cette distinction , on ne s'applique pas à reconnaître la nature et la portée de chacun d'eux. Il faut donc , après avoir examiné ce que l'Angleterre, envisagée tout entière et d'un point de vue générale, ferait pour l'Irlande, analyser le peuple anglais et apprécier ce qu'il pourrait faire tour à tour sous l'influence des différentes opinions , des passions diverses et des intérêts opposés qu'il renferme. En d'autres termes, il faut rechercher ce qu'est capable d'exécuter pour l'Irlande chacun des partis politiques qui divisent l'Angleterre.

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