‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 3)Chapitre 79 sur 101 · QUATRIÈME PARTIE, CIIAP. Il, SF.CT. III, § III. ^of · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE, CIIAP. Il, SF.CT. III, § III. ^of

laisserait à peu près intact le vice principal (!<• riiistitution attaquée ?

Mais ici les adversaires des whigs élèvent une objection grave : si l'on ne fait dépendre d'aucun cens l'exercice des droits de cité, il en résultera, disent-ils, que l'administration des villes municipales d'Irlande tombera tout entière entre les mains des catholiques, qui y seront en majorité, et qui, après avoir été opprimés, pourraient devenir oppresseurs à leur tour. Cette objection demande à être méditée , et elle aurait bien plus de poids encore qu'elle n'en a, si elle ne venait des tories , qui ont soutenu le monopole tant qu'ils en jouissaient , et n'ont l'idée de mettre un obstacle à la tyrannie que le jour où elle leur échappe.

Du reste , soit que les M^higs admettent tout ou partie du cens que les tories proposent, soit que ceux-ci fléchissent dans leur opposition au principe établi par les whigs , tout annonce que la réforme des corporations municipales d'Irlande s'accomplira cette année.

On pouvait , pour l'exécution de cette réforme , suivre deux voies différentes conduisant vers le même but. La première était d'attirer au centre du gouvernement les pouvoirs politiques qu'on déplaçait ; la seconde, d'étendre ces pouvoirs en les remettant au peuple. Les whigs ont adopté le second moyen. Peut-être eussent-ils plus sûrement attaqué l'influence de l'aristocratie sur les corporations municipales en plaçant ces corps sous la main de l'autorité centrale; mais, dès qu'ils prenaient le parti d'attaquer l'aristocratie par le peuple, ils ne pouvaient H. 20

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guère rien faire de niieiix que ce qu'ils proposent. La réfornie tics pouvoirs politiques que l'aristocratie d'Irlanile possède dans les corporations municipales, et de ceux qu'elle avait autrefois dans la paroisse, est sans doute inq)ortante ; mais celle qui est surtout grave, celle sans laquelle toutes les autres seraient à peu près vaines, c'est la réforme des privilèges qui appartiennent à l'aristocratie dans le comté. C'est dans le comté qu'il faut atteindre l'aristocratie, si l'on veut la frapper au cœur ; c'est là que sont les juges de paix , c'est là que sont les grands jurys : et il faut surtout savoir quelles réformes les whigs peuvent exécuter dans le comté irlandais , si l'on veut posséder la mesure exacte de leur puissance à attaquer l'aristocratie d'Irlande dans ses pouvoirs politiques.

Réformes que peuvent faire les whigs dans le comté.

On à montré plus haut, comment, pour abattre les pouvoirs politiques de l'aristocratie d'Irlande , le premier soin à prendre serait de centraliser l'administration des comtés; la première question qui se présente, est donc celle de savoir si les whigs pourraient exécuter cette centralisation.

C'est ici surtout , qu'il est nécessaire de distinguer les principes qui dirigent les whigs dans le gouvernement de l'Angleterre , de ceux qu'ils appliquent à l'administration de l'Irlande.

On aperçoit bien, en Angleterre, depuis que

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les whigs y dominent, une certaine tendance vers la centralisation administrative des affaires publiques. Cette tendance se montre nécessairement en tout pays , où soit la démocratie , soit le pouvoir absolu travaillent à s'établir ; car comme l'un et l'autre aspirent à niveler les rangs , ils ont besoin d'un instrument d'égalité. Lors donc qu'on voit en Angleterre la démocratie se développer , on peut compter que son progrès se manifestera par quelque effort de centralisation. C'est ainsi que le bill de réforme de 1 83^ est suivi de trois lois , dont l'une tend à centraliser l'administration des pauvres (i); la seconde, le régime des prisons (2); la troisième , la tenue des registres de l'état civil (3) : lois purement sociales dans leur objet , mais essentiellement politiques par les nouvelles formes d'administration qu'elles introduisent dans l'État, et que l'on doit peut-être , par cette raison , considérer comme la plus haute expression du mouvement démocratique , imprimé à l'Angleterre par la révolution de i83o.

On se tromperait toutefois, si l'on voyait dans ces lois rien d'analogue à la centralisation , telle que nous la connaissons en France.

Chez nous, lorsqu'un pouvoir local, aristocratique ou démocratique, provincial ou municipal, est aboli, cette destruction s'opère toute au profit du gouvernement central, qui prend pour lui seul l'autorité supprimée et l'exerce sans peine par l'un de ses innombrables agents.

Le gouvernement central , en Angleterre, quand il attaque l'aristocratie, ne procède point d'une fa-

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çon si nette et si absolue; il ne s'avance dans cette voie qu'avec inie prudence extrême , et des réserves infinies; il ménage la puissance elle-même, qu'il veut dépouiller ; le jour où il brise un privilège de l'aristocratie , il ne l'enlève point tout entier à celleci, il lui en laisse un fragment, et faisant plusieurs parts du reste, il en prend timidement une pour lui-même , et remet les autres aux diverses classes de la société dont il a besoin de se concilier l'indulgence. Ainsi , pour citer un exemple , lorsque les wliigs ont retiré à l'aiistocratie l'administration exclusive de la loi des pauvres , ils ont d'abord , il est vrai, institué à Londres une commission centrale chargée de maintenir dans toute l'Angleterre des principes uniformes de charité publique; mais en même temps ils ont , pour l'exécution de la loi , créé dans les comtés des commissions locales , composées en partie des juges de paix , dont ils venaient d'abolir les pouvoirs , et en partie de citoyens , élus par le peuple dans des conditions de cens propres à faire sortir l'élection du sein des classes moyennes.

C'est assurément un phénomène, digne d'observation , que ce système de demi-centralisation suivant lequel le pouvoir se resserre au centre, en même temps qu'il s'étend vers la circonférence; il semble que les deux principes ennemis, qu'on a vus plus haut se disputer l'empire , la centralisation normande et la liberté saxonne, aient fait leur paix, et que désormais elles s'unissent pour combattre leur adversaire commun , l'aristocratie , qui se trouve ainsi pressée entre le prince et le peuple !

Cette centralisation tempérée, qui ne porte à

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