‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 3)Chapitre 85 sur 101 · QUATRIÈME PARTIE, CIIAP · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE, CIIAP

(les lois spéciales à chacun d'eux la satisfaction de leurs intérêts différents? Cette séparation parlementaire (1) était en i83j le vœu de presque toute l'Irlande insurgée : et, en ce moment même, O'Connell l'invoque comme le seul port de salut où devra se réfugier l'Irlande , si elle n'obtient pas du parlement anglais toutes les réformes qu'elle demande.

On ne saurait sans doute affirmer que jamais cette scission législative de l'Angleterre et de l'Irlande n'aura lieu : le passé prouve d'abord qu'en fait elle est possible, puisqu'elle a existé pendant six siècles et n'a cessé qu'en 1800 ; et l'on aurait tort peut-être de tirer contre elle une objection absolue de la servilité et de la bassesse des anciens parlements irlandais : car si le parlement d'Irlande était rétabli , ne pourrait-il pas être assis sur des bases propres à garantir son indépendance?

Mais d'autres et de si grandes objections s'élèvent contre son rétablissement qu'on croit pouvoir , sinon assurer, du moins énoncer comme à peu près certain que jamais il n'aura lieu; c'est ce que peu de mots feront comprendre. Pourquoi le parlement d'Angleterre ne donne-t-il pas à l'Irlande les lois politiques et religieuses que celle-ci réclame ? Ce n'est pas qu'il croie les institutions de l'Irlande les meilleures que puisse avoir ce pays ; mais il juge dangereux de les abolir. Il craint que le coup qui renverserait ces institutions dans un pays voisin ne les ébranle en Angleterre ; et que la loi qui frapperait ici l'aristocratie ne l'atteignît là par la contagion du principe. Or, l'Angleterre aurait absolument les mêmes sujets d'alarme, si l'Irlande était investie du

33o CONCLUSION.

pouvoir de faire oUe-nième des lois à son usage. D(Mix |)eiij)les cjiii so touchent comme l'Angleterre et rirlanclc ne sauraient se renuier sans que le mouvement de Tun agite; l'autre ; ils ne sauraient gronder ou gémir sans que la voix de celui-ci retentisse aussitôt chez cehii-là plaintive ou menaçante. Sous le régime de publicité essentiel aux institutions libres de la Grande-Bretagne, chacun des deux peuples saurait jour par jour ce qui se passerait chez l'autre. Or, en supposant que les intérêts matériels des deux peuples, tels que le commerce et l'industrie, ne fussent pas, comme ils l'ont été par le passé, un sujet perpétuel de collisions entre les deux législatures, la délibération des seules questions politiques ne serait-elle pas de nature à faire naître les plus graves embarras et les plus sérieuses querelles? Que dirait, que ferait l'Angleterre si par exemple le parlement d'Irlande, cédant aux vœux du pays, abolissait le principe de l'Eglise anglicane; et, après avoir renversé les privilèges religieux de l'aristocratie, détruisait ses privilèges politiques et civils; abattait les juges de paix et les grands jurys; abolissait les substitutions, le droit d'aînesse, et brisait toutes les entraves qui enchaînent le commerce du sol ? Croiton que de pareilles lois décrétées en Irlande ne retentiraient pas en Angleterre d'un formidable écho, et ne feraient pas bondir les passions conseivatives de ce dernier pays? L'Angleterre, qui est ou croit être intéressée à maintenir chez elle l'aristocratie et l'Église, les laisserait-elle abattre ainsi parlementairement dans le pays voisin , soumis d'ailleurs à son empire ?

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