‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 3)Chapitre 86 sur 101 · QUATRIEME PARTIE, CIIAP. III. 33 I · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE, CIIAP. III. 33 I

Évidennneiit il arriverait bientôt l'une de ces deux choses : ou le parlement d'Irlande serait, soit par la ciainte, soil par la corruption, soumis au bon plaisir de l'Angleterre, et tout en présentant les mouvements extérieurs d'un corps indépendant, ne ferait que les seules lois qui seraient du goût de celle-ci; et, dans ce cas, on ne voit pas clairement l'intérêt qu'aurait l'Irlande à posséder une législature, instrument servile de ceux au joug desquels elle voudrait se soustraire. Ou bien, échappant à toute influence de peur ou de séduction, ce parlement irlandais vraiment national aborderait franchement et courageusement la discussion des maux de l'Irlande; et alors l'Angleterre, voyant dans ce langai^e une attaque au moins indirecte contre ses propres institutions, se hâterait de dépouiller l'Irlande de sa législature. Un parlement irlandais vendu à l'Angleterre n'est point désirable; un parlement indépendant est impossible. Ainsi, ces deux pays, que le même parlement ne peut conduire, ne sauraient être régis par deux législatures différentes; et leur union parlementaire doit être considérée comme aussi nécessaire que leur union politique.

Ainsi l'Angleterre et l'Irlande, que leurs préjugés, leurs passions, leurs intérêts pohtiques, éloignent l'une de l'autre, sont liées par la destinée. II faut qu'avec des mœurs différentes et des besoins opposés elles demeurent ensemble , par la seule raison qu'un jour elles ont surgi cote à côte du sein des mers: pareilles à ces jumeaux monstres qui, condamnés par la nature à ne faire qu'un même corps et une même chair, ont cependant des goûts contraires , et

qui, travaillés iiicessaminout du besoin de se quitter, sont obligés de se mouvoir ensemble et de vivre extérieurement unis au sein d'une discorde protonde.

Mais que suit-il de cette union fatale? C'est que le plus faible suit la condition du plus fort; en d'autres termes que l'Irlande est forcée d'accepter la loi qu'il plaît à l'Angleterre de lui imposer. Voilà pourquoi il y a en Irlande une Église et une aristocratie anglicanes.

Mais faut-il conclure de ce qui précède, que l'Irlande, intéressée à détruire des institutions funestes, les subira aussi longtemps qu'il plaira à l'Angleterre de les lui imposer? L'Irlande sera-t-elle condamnée à d'éternelles souffrances , parce que le remède qui pourrait la guérir alarme l'Angleterre? Non. Il ne paraît point qu'on doive accepter une aussi triste conséquence.

Sans doute on peut prévoir que l'Angleterre essaiera de maintenir ses propres institutions en Irlande. Elle croit dangereux de gouverner ce pays autrement qu'elle ne se gouverne elle-même; elle s'efforcera donc de n'y pratiquer que les changements dont elle croira n'avoir rien à redouter , et tentera ainsi d'enchaîner la réforme religieuse et démocratique qui a son cours dans ce pays. C'est la voie qu'elle suit depuis des siècles, et dans laquelle elle est si profondément engagée , que l'on n'aperçoit pas comment elle en pourrait sortir. Mais , en même temps qu'on prévoit qu'elle visera à ce but, on peut être à peu près sur qu'elle ne l'atteindra pas. C'est, depuis cinquante ans, l'objet constant de ses efforts toujours infructueux.

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Quand on considère ce qui s'est accompli en Irlande depuis un demi-siècle, il est impossible de ne pas reconnaître que les institutions fondées dans ce pays parles Anglais sont attaquées au cœur. Ces institutions ne respiraient, en quelque sorte, que d'un souffle protestant; or, le principe qui les animait est , il faut le reconnaître, en pleine décadence. Comment s'achèvera cette destruction commencée? par quels actes et dans quelles circonstances? serat-elle lente ou rapide? paisible ou violente? On ne saurait le dire ; mais il est impossible de ne pas reconnaître qu'elle se prépare et qu'elle arrivera.

L'Irlande est une contrée essentiellement catholique, et le mensonge légal qui la fait un pays protestant est déjà trop ruiné dans sa base pour se maintenir longtemps debout. On peut donc regarder comme certain que , dans un temps donné et probablement peu éloigné de nous, l'Eglise anglicane aura cessé d'être le culte officiel et public de l'Irlande.

La question de savoir si la religion catholique deviendra le culte dominant en Irlande , comme le culte anglican est celui de l'Angleterre, et le culte presbytérien celui de l'Ecosse , est une question d'un autre ordre et d'une nature plus douteuse. On a vu plus haut comment cette prédominance du catholicisme en Irlande serait pour ce pays plutôt un péril qu'un bienfait. L'Irlande a déjà la liberté religieuse ; ce qui lui manque , ce qu'elle veut conquérir, et ce qu'elle conquerra sans aucun doute, c'est l'égalité des cultes.

Il en est pourtant qui croient que l'Église angli-

cane demeurera encore longtemps le culte établi de l'Irlande. La constitution hritaïuiicpK;, disent-ils, dont le principe londamcntal est anglican, cesserait d'être, si l'Eglise d'Irlande était abolie. Les rois d'Angleterre , dont le droit à la couronne est un droit protestant, ne pourraient détruire en Irlaïule la suprématie de l'Eglise sans manquer à leur propre serment. Enfin, les catholiques irlandais eux-mêmes, qui, en 1829, ont reçu l'émancipation parlementaire sous la condition de respecter l'Eglise et son établissement, se montrent parjures lorsqu'ils en demandent la ruine.

On se trompe étrangement si l'on pense que les puissances qui travaillent en Irlande au renversement de l'Église anglicane s'arrêteront devant de pareils obstacles. La constitution anglaise s'opposâtelle à cette ruine, je crois que l'Eglise d'Irlande n'en tomberait pas moins; mais il n'est pas vrai de dire que la constitution britannique n'existe qu'à la condition du maintien, en Irlantle, de l'Eglise anglicane. C'est un des grands avantages de cette constitution, que, n'étant point écrite, elle ne saurait jamais être violée. On peut ainsi, sans l'offenser, faire dans les lois du pays tous les changements qu'exigent les opinions et les mœurs. Voilà comment l'Ecosse a pu devenir presbytérienne, et le Canada demeurer catholique sous le sceptre de l'Angleterre, sans que la constitution anglaise en reçût aucune atteinte. De pareils changements dans la constitution , loin de la détruire , sont peutêtre les seuls moyens de la conserver. Et comment s'arrêter aux reproches de parjure adressés aux ca-

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iholiques (rirlaïulo (lui, ayant obtenu des rélornies sous la condition de s'en contenter, en demandent encore de nouvelles? Si les catholiques d'Irlande ont, en 18-29, promis de s'en tenir à tout jamais à l'émancipation parlementaire, ils ont certainement pris l'engagement le plus insensé qu'on puisse imaginer ; ce serait comme s'ils avaient juré qu'ils ne lutteraient plus des qu'ils auraient une arme de combat. Et les législateurs, qui, par nécessité et non par justice, auraient accordé l'émancipation catholique à une telle condition , n'auraient pas moins manqué de sens; car c'eut été comme s'ils avaient dit aux catholiques d'Irlande : Vous êtes déjà tellement forts, que nous sommes obligés de vous concéder ce que nous ne vous donnerions point librement; en conséquence, nous allons accroître votre puissance, à la condition que de ce jour vous renoncerez à en faire usage. Ces engagements, qu'il eût été aussi absurde d'offrir que d'accepter, eussent-ils été raisonnables et sérieusement consentis, ce serait chimère que d'y chercher quelque réalité. Les serments que prête un homme ont quelquefois de la valeur; ceux qu'on impose à un parti n'en ont jamais.

Si rien ne peut arrêter la réformé de l'Eglise d'Irlande, la réforme de l'aristocratie irlandaise s'avance d'un pas non moins sûr. Les membres de cette aristocratie sont toujours des étrangers en Irlande; ils agissent comme au temps où les conquérants anglais n'avaient devant eux, en Irlande, que quelques hordes barbares ; et cependant ils se trouvent aujourd'hui en présence d'un peuple bien discipliné.

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coiuluit par un grand chef, el qui a la conscience de sa force.

L'aristocratie d'Irlande a, dès l'origine, mêlé sa cause à celle tle l'iiglise ; et sa destinée semble être de vivre et de mourir avec celle-ci. Se reconstituerat-il une autre aristocratie sur les ruines de celle qui s'écroule ? Il est bien difficile de le dire. Les tendances de l'esprit anglais y poussent , mais les passions qu'a fait naître et qu'entretient une aristocratie détestée y peuvent être un obstacle. Et plus cette aristocratie anti-nationale résistera aux coups qui lui sont portés, plus le sentiment qui repousse une aristocratie quelconque se fortifiera en Irlande : car c'est la haine particulière qu'elle inspire qui flétrit surtout les privilèges de la naissance et de la fortune dans un pays naturellement enclin à les estimer. Aussi peut-on dire que le système des tories, qui tend à maintenir intacte et inviolable en Irlande l'aristocratie existante,est tout à la fois le plus propre à assurer la ruine complète de celle-ci et à rendre impossible sa métamorphose en une autre aristocratie ; tandis que si une pareille transformation s'opère, elle sera favorisée par les whigs qui, en réformant l'aristocratie protestante, la rendent moins odieuse, et accoutument les catholiques d'Irlande à l'injustice des privilèges en les y faisant participer.

Mais si une aristocratie catholique ne succède point à l'aristocratie protestante, destinée à périr, quel pouvoir prendra donc la place de celle-ci ? Le ofouvernement de l'Irlande deviendra-t-il démocratique ? En faisant voir tout à l'heure comment le parti torv excite les haines du peuple contre les classes pri-

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