‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 4)Chapitre 10 sur 126 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Persécution légale. »,

Le 14 juin 1690, Guillaume d'Orange, prince protestant, et choisi en cette qualité pour roi par l'aristocratie anglaise, remporta, en personne, la fameuse bataille de la Boyne, sur Jacques II , prince catholique , champion de l'autorité absolue, et expulsé à ce double titre du trône d'Angleterre. Ainsi succombe l'Irlande catholique aux prises avec l'Angleterre protestante ; désormais plus de résistance possible des catholiques d'Irlande contre le protestantisme anglais , qui est définitivement maître de leur pays ; l'Irlande a fait une dernière tentative : cet effort a été stérile ; la guerre est finie.

Le catholicisme est encore une fois vaincu , mais il faut qu'il paie pour l'audace qu'il a eue de relever sa tête.

En 1660, lors de la restauration, quelques catholiques, reconnus fidèles au roi par le roi lui-même , ou déclarés innocents de rébellion par la cour des réclamations [the court of daims) , étaient rentrés en possession de leurs terres. Or, parmi ces catholiques réintégrés, un bon nombre s'étaient rangés sous l'étendard de Jacques II, lors,que ce prince chassé d'Angleterre , était venu en Irlande faire un appel à la fidélité de ses sujets irlandais. Quatre mille d'entre eux furent donc déclarés rebelles et traîtres, et leurs biens com-

posant un million soixante mille acre?, confisqués. Quoique cette spoliation ail été accomplie sous le règne et du consentement de Guillaume III , il ne serait peut-être pas équitable d'en charger sa mémoire ; ce prince avait à cœur de l'empêcher. La capitulation de Limerick lui imposait le devoir de faire tous ses efforts pour obtenir du parlement anglais que les catholiques d'Irlande ne fussent troublés ni dans leurs propriétés , ni dans leur culte ; mais, quoicjue roi protestant, et chef élu d'une nouvelle dynastie, il n'eut point auprès du parlement assez de crédit pour gagner cette juste cause; les passions de l'Angleterre contre l'Irlande papiste étaient trop fortes pour laisser perdre une occasion de confisquer, et quoique le roi eût sanctionné de sa propre autorité les articles de la capitulation , dont l'objet était de prévenir toute réaction , le parlement ordonna de poursuivre les adhérents du prince déchu et de les déposséder de leurs terres.

D'après le règlement fait sous la restauration, des confiscations révolutionnaires , sur onze millions d'acres environ dont se compose l'Irlande, deux millions seulement restaient aux catholiques (1). Sur ces deux millions, en voici encore un qu'on leur enlève ; on peut donc regarder comme à peu près certain qu'après la révolution de 1688 et par l'effet des confiscations successives d'Elisabeth, de Jacques 1", de Gromwell, et enfin du règne de Guillaume III, les catholiques d'Irlande ne possédaient plus qu'un million d'acres, c'est-àdire un onzième du sol ; et cette petite partie du territoire laissée aux catholiques n'est pas divisée entre un grand nombre, elle est concentrée entre les mains de cinq ou six familles catholiques d'origine anglaise, qui, par des considé-

(i) V. Lawrence, part. II, p. 48. — Hallain, V, 2S6. L'Irlande contient non II millions d'acres, mais environ 20 millions. L'étendue de ce pays, aujourd'liui bien connue , ne l'était pas il y a un siècle. Je laisse toutefois le chiffre employé par les historiens anciens , parce qu'il sert do hase à leur calcul et à leur appréciation de la condition icspective îles proteslautB et des catholiques.

rations privées, ont trouvé grâce auprès de ceux qui refusaient justice. Ainsi la population protestante, qui vis-à-vis des catholiques était dans la proportion d'un contre quatre , possédait les dix onzièmes du sol ; minorité bien faible en face de la majorité dépouillée.

On avait, il est vrai, tenté de séparer les deux populations protestante et catholique , en renfermant celle-ci dans un certain territoire dont les bornes étaient fixées. Mais ce plan n'avait reçu et ne pouvait recevoir qu'une incomplète exécution ; de même qu'on ne peut pas toujours tuer, on ne peut pas toujours proscrire ; vainement on enjoignit à la population catholique tout entière de se rendre en Connaught , une partie seulement obéit à cet ordre ; on l'exécuta de force vis-à-vis de quelques-uns (1), et puis, las de violences, on s'arrêta. La seule proscription bien exécutée fut celle qui dépouillait les uns de leurs terres au profit des autres : aucun propriétaire frappé de confiscation ne resta sur son domaine; mais beaucoup de pauvres ou de gens ruinés, qui auraient dû fuir en Connaught , restèrent dans l'une des trois autres provinces; ils se tinrent cachés tant que dura l'ardeur des premières tentatives d'expulsion, mais, dès que l'orage fut apaisé , ils reparurent.

Le républicain Ludlow , général cromwellien pendant les guerres d'Irlande , nous peint dans ses Mémoires avec une énergie remarquable la terreur qu'éprouvaient les Irlandais papistes à l'approche de son armée. Ils disparaissaient comme par enchantement, au seul bruit de son nom ; vainement on les cherchait dans leurs habitations , dans les bois , au milieu des champs ; il était impossible de retrouver leurs traces ; une fois il surprend une bande de ces malheureux , dont il écrase quelques-uns ; mais la plupart se dérobent à ses yeux et vont chercher refuge au milieu des rochers , dans un souterrain profond ; l'ouverture de la caverne était trop étroite et trop sombre pour que ses soldats eussent l'i-

(i) Rapparies and Tories.

n8 INTRODIJCTIOIY HISTORIQUE.

dée de s'y aventurer; alors Ludloi^k a recours à deux moyens pour forcer les pauvres Irlandais à sorlir de leur asile: il fait diriger sur la bouche môme de la grotte d'effroyables décharges d'artillerie , et puis voyant que le roc demeurait immobile et que nul ne s'en échappait , il met le feu dans l'intérieur de la caverne pour enfumer comme des bêtes fauves les Irlandais qu'elle rerX'lait ; mais ce second expédient n'ayant pas mieux réussi que le premier , il voit bien qu'il a entrepris une chose impossible. Il se retire. Quand il fut parti , les pauvres catholiques qui s'étaient abrités contre l'ouragan, relevèrent leur front prosterné dans la poussière et retournèrent à leurs cabanes.

Ce récit contient l'histoire de tous les expédients violents employés pour tuer ou bannir les catholiques d'Irlande, r.elui que menace un décret fatal se cache tant que dure l'imminence du péril : un instant on le croit mort ou exilé , parce qu'on ne le voit plus ; mais, quand la passion du persécuteur s'adoucit , le proscrit reparaît , et l'on est tout étonné de voir la victime reprendre sa place à côté du meurtrier.

Ici encore la population catholique d'Irlande va se retrouver en face de ses deux tyrans : des Anglais protestants établis parmi elle , et de l'Angleterre , sur laquelle ces protestants sont appuyés. Ces deux oppresseurs sont parfaitement unis dans un intérêt commun , la domination des catholiques irlandais. Ils ont pourtant des intérêts distincts et quelquefois opposés.

Pour bien comprendre leur situation mutuelle et leur position respective vis-à-vis du peuple qu'il» tiennent sous je joiig , il faut distinguer le nouvel état de choses des circonstances précédentes. Avant lesdisputes de religion, l'Angleterre avait bien déjà des intérêts et des embarras en Irlande ; mais elle n'avait point de grandes passions engagées dans ce pays. Les luttes de la conquête intéressaient plus le roi que la nation. Les colons anglais étaient pour le roi un movcn de demeurer maître de l'Irlande, et les tribus irlan-

INTRODUCnoiy HISTORIQUE. ^Q

daises lui servaient à tenir en échec continuel les colons anglais , dont il craignait les essais d'indépendance. Au fond l'Angleterre , qui détestait les uns comme ennemis, n'éprouvait que peu de sympathie pour les autres. Elle haïssait les Irlandais, avec lesquels elle était en guerre, et n'aimait guère les colons sortis de son sein , qui n'étaient pour elle qu'une source perpétuelle de charges et de difficultés. Dans cet état de choses , sa politique vis-à-vis de l'Irlande était toute tracée ; elle soutenait sans doute les colons vis-à-vis des indigènes, mais, dans ses rapports avec les colons euxmêmes , elle n'hésitait jamais à faire prédominer son propre intérêt au préjudice de ceux-ci (1) .

La réformation religieuse étant venue , et l'Irlande tout entière ayant gardé son ancien culte dans l'instant où l'Angleterre changeait le sien , la position mutuelle des deux contrées se simplifia. Tout ce qu'il y avait d'habitants en Irlande , Irlandais primitifs ou colons anglais , étant catholiques, l'Angleterre ne vit plus en face d'elle que des ennemis , parmi lesquels elle n'eut plus de distinction à faire ; elle les enveloppa tous dans la même proscription ; elle frappa en aveugle sur toute l'Irlande , exterminant Anglais comme Irlandais , qui n'étaient à ses yeux que d'odieux papistes (2).

Mais lorsque dans le cours et à la suite des guerres civiles une population protestante se trouve établie en Irlande ,

(t) C'est ainsi que^ sou; le règne de Henri VIII, une loi fut rendue, qui inîerdisait l'importation de la laine irlandaise en Angleterre. — V. F.DCjclop. hriiann. , \° Ireland , p. 4oi- — Henri VIII (i54h). — Il y avait bien d'autres entraves imposées par la métropole. Par exemple, quoi de pins eontraire au commerce et à l'industrie irlanJaise que l'obligaliou où élait chaque navire partant d'un port d'Irlande, d'aller soit à Corke, soil à Di ogheda (les seuls lieux où il y eût un bureau de douanes ) pour payer les droits du fisc.' (V. Hist. of Galway Hardiman , p. 58.)

(2) Guerres de Cromwell. Après la restauration, loi qui Refend l'importation en Angleterre du bétail irlandais. Y. Hist. of England. — Lingard , Charles II.

8o INTRODUCTION HISTORIQUE.

l'état de l'Angleterre en regard de l'Irlande se trouve autre qu'il n'avait été aprrs la conqu«Me et dans les premiers temps qui avaient suivi la réformation.

Alors sans doute l'Angleterre fut plus que jamais animée d'une implacable inimitié contre les catholiques irlandais ; mais comme ces catholiques détestés se trouvaient entremêlés de protestants amis , elle fut gênée dans sa haine , et ne sut comment frapper les uns sans atteindre les autres du même coup. Son embarras alors fut extrême ; ses sympathies étaient certainement très-vives pour cette jeune nation protestante qu'elle venait de fonder en Irlande , composée des hommes qui avaient combattu avec elle sous le même drapeau, pour le môme culte et pour les mêmes libertés, et qui non-seulement avait eu le mérite de faire face en Irlande à l'hydre terrible du papisme , mais encore était destinée à féconder sur cette terre maudite le germe du culte protestant. La passion de l'Angleterre était donc aussi amie des protestants anglais qu'hostile aux Irlandais catholiques.

Il y avait sans doute bien des cas où il était facile à l'Angleterre d'opprjmer les uns sans cesser de protéger les autres ; mais dans quelques occasions la distinction était presque impossible à faire. Ainsi, dans toutes les relations commerciales de peuple à peuple , les restrictions qui nuisaient aux catholiques atteignaient nécessairement les protestants ; et pourtant ces restrictions étaient à cette époque considérées par l'Angleterre comme une condition fondamentale de sa prospérité industrielle. La nation anglaise, qui, à la fin du dix-septième siècle , était profondément religieuse , était aussi déjà à cette époque essentiellement commerçante; elle était ainsi tout à la fois sous le joug de passions trèsdiverses dans leur principe, et d'où résultaient chez elle des sentiments fort opposés envers les protestants d'Irlande : d'une part sympathie vive et ardente pour des frères protestants ; de l'autre jalousie etrivalité envers des concurrents d'industrie.

Divisés sur un point , l'Angleterre et les protestants d'Ir-

lande étaient d'ailleurs étroitement unis sur l'autre : l'anéantissement de l'Irlande catholique avait été leur œuvre commune , et l'Angleterre était aussi intéressée qu'eux-mêmes à ce qu'ils conservassent sur les catholiques d'Irlande leur supériorité sociale et politique.

Dans cet état de choses . l'Angleterre pensa que si elle prêtait main-forte aux protestants d'Irlande pour les aider à rester maîtres du terrain pris sur les catholiques , elle leur rendrait un office assez considérable pour être en droit de leur demander en retour quelque concession équivalente.

Il s'établit alors , comme par forme de transaction , entre l'Angleterre et les protestants d'Irlande , une sorte de contrat tacite qu'on pourrait réduire à ces termes :

L'Angleterre aidera de toute sa puissance les protestants d'Irlande à opprimer les catholiques de ce pays , et à maintenir ceux-ci dans l'abaissement et la misère. A cet effet elle mettra à leur service ses trésors , ses armées, son parlement ; en retour de quoi les protestants humilieront l'Irlande devant l'Angleterre, et Sacrifieront à celle-ci le commerce et l'industrie de l'Irlande. L'Angleterre dit à la faction protestante : Livrez-moi les intérêts généraux de votre pays, et je vous ferai régner sur la nation au milieu de laquelle vous vivez. Le protestant d'Irlande répond à l'Angleterre : Je veux bien être votre esclave , pourvu que vous m'aidiez à être le tyran d'autrui.

Ainsi contentement donné aux protestants d'Irlande dans leur besoin le plus impérieux , qui était de rester sur le sol conquis , et pleine satisfaction pour l'Angleterre dans ses deux passions les plus ardentes, la religion et l'amour des richesses.

Ce traité ne fut point sans doute rédigé par écrit ; mais si ce n'en sont point les termes exprès , c'en est l'esprit.

11 faut se rendre compte de cette situation mutuelle de

l'Angleterre et des protestants d'Irlande pour comprendre

les deux sortes d'oppressions qui pesèrent sur les catholiques

d'Irlande; l'une, que l'on peut appeler gênêralp^ et que les

protestants eurent à subir avec ceux-ci ; l'autre, spéciale, et qui portait exclusivement sur les catholiques; la première frappant les intérêts de la nation entière au proflt de l'Angleterre ; la seconde atteignant seulement en Irlande la population catholique.

Voyons d'abord comment les protestants d'Irlande tiennent leurs engagements envers l'Angleterre.

Le premier sacriOce qui fut exigé d'eux fut de reconnaître la suprématie du parlement anglais sur le parlement d'Irlande. Dans d'autres temps, l'Angleterre avait prétendu imposer à l'Irlande cette supériorité législative : la loi Poyning n'était pas autre chose que l'organisation de cette dépendance de l'Irlande vis-à-vis du gouvernement anglais; mais, avant comme après la loi Poyning , le parlement irlandais, tout en se soumettant à l'empire d'une force majeure, avait toujours protesté contre elle, et revendiqué son indépendance nationale. Aujourd'hui ce parlement abandonnait toutes ses prérogatives ; l'Angleterre le déclarait en état de sujétion absolue , et il gardait le silence. •

Le parlement irlandais se trouvait donc au service de l'Angleterre, comme le parlement anglais lui-même. Ce que celui-ci décrétait était directement obligatoire pour l'Irlande ; si l'Angleterre voulait que les actes de son parlement fussent ratiOés par le parlement irlandais , ce dernier accordait aussitôt l'approbation demandée; et si quelque acte originaire de ce parlement ne plaisait pas à l'Angleterre, il était comme non avenu. Ainsi le parlcmentanglais pouvait imposer à l'Irlande toutes sortes de lois sans le concours de la législature irlandaise (1), et celle-ci n'en pouvait faire aucune pour l'Irlande elle-même sans l'approbation expresse ou tacite du parlement d'Angleterre. Réduit à celte situation passive, le parlement d'Irlande répondait parfaitement à son objet ; c'était un agent excellent pour consentir tous les actes d'oppression qui lui seraient demandés en exécution du

( I ) Excepté la loi des sul»ides.

traité. S'agissait-il d'une question agitée entre les protestants et les catholiques d'Irlande , il était laissé souverain dans cette sphère restreinte , et pouvait ruiner, persécuter, écraser ses ennemis , sans que l'Angleterre lui contestât sa puissance. Mais, dès que la question se posaitentreTAngleterre et l'Irlande, le parlement irlandais s'inclinait aussitôt devant celui d'Angleterre, et attendait la loi, sans aspirer à la faire.

Je ne citerai qu'un exemple de ce despotisme l^islatif imposé par le parlement anglais, et accepté par la législature d'Irlande.

Ily avait dans ce pays, à la fin du dix-septième siècle, une industrie parvenue à un haut degré de prospérité , et qui était notamment pour toutes les provinces du sud la principale source de richesse et de bien-être : c'étaient les manufactures d'étoffes de laine. Elles avaient sur l'état du pays une double influence. Pour produire la laine , il fallait de nombreux troupeaux , qui demandaient eux-mêmes pour se nourrir de vastes pâturages : c'était le bénéfice du propriétaire foncier; et les ateliers où se fabriquaient les tissus de laine appelaient la main d'œuvre : c'était le profit du pauvre. Cependant , comme la supériorité de ces manufactures sur celles de l'Angleterre nuisait aux fabricants anglais , le parlement d'Angleterre décida qu'elles seraient anéanties ; cette résolution , qui contenait la ruine de l'Irlande , fut transmise au parlement irlandais, qui l'accepta (1). Un pareil décret, qui faisait crouler subitement les éta-

(i) Voir la déclaration des lords anglais du 9 juin 1698 ; la réponse du roi du 10; la déclaration des communes anglaises du 3o du môme mois et la loi décrélée parle parlement d'Irlande le aS mars 1699, par laquelle il est éta'nli sur les draps irlandais un droit d'exportation , équivalant à nue prohibition absolue, et qui eut en <fl'et pour conséquvnce immédiate l.t ruine des manufactures irlandaises. Ces actes sont rapportés textuellement dans l'ouvrage de Toung. Arth. Young'sTravel. — La ruine de ces manufactures n'a pas été un effet imprévu de mesures pri»es; elle était précisément la conséquence désirée et attendue. «■ Je ferai , disait le Visi dans une de ses réponses , tout ce qui dépendra de moi pour faire tomber les manufactures de laine en Irlande. »

84 INTRODICTIOIV IIISÏORIOCE.

blisseraenls industriels fondés sous la protection des lois, était d'exécution didicile ; et comme il était à craindre que les magistrats d'Irlande ne fussent pas aussi serviles que son parlement, l'Angleterre décréta que quiconque contreviendrait à la loi destructive de l'industrie irlandaise serait tout à la fois justiciable des tribunaux d'Angleterre et d'Irlande, et que, quoique jugé et acquitté dans ce dernier pays, il pourrit toujours être repris et traduit en second lieu devant un tribunal anglais (1) ; c'est-à-dire que , pour soutenir une iniquité , on en vint à violer les premières formes et les premiers principes de la justice. Le parlement irlandais n'objecta rien à celte violence ; c'était certes bien comprendre sa mission de dépendance.

Telle était l'oppression qui pesait sur l'Irlande entière , et que supportaient tout à la fois les protestants et les catholiques.

Voyons maintenant de quelle manière les protestants d'Irlande étaient indemnisés de l'oppression que l'Angleterre leur faisait subir à eux-mêmes. Voyons comment, après avoir fait sa propreïpart de tyrannie, l'Angleterre faisait la leur, et de quelle façon , après les avoir plies sous elle , elle les aidait à courber sous leur joug la population catholique.

Les moyens employés par les protestants d'Irlande assistés de l'Angleterre , pour dompter et asservir les catholiques d'Irlande durant le dix-septième et le dix-huitième siècles, consistent principalement dans un ensemble de lois décrétées par le parlement d'Irlande , et mises à exécution par l'Angleterre. Les protestants d'Irlande faisaient les lois; une armée anglaise les mettait en vigueur. Ces lois de persécution sont connues en Irlande sous le nom de lois pénales.

C'est ici que cesse la persécution violente , et que commence la persécution pacifique, celle qui adopte toutes les formes de la justice , couvre les [actes les plus oppresseurs d'une parfaite régularité; qui se croit juste parce qu'elle est légale , humaine parce qu'elle répand peu de sang , et qui

(i) Plowdcn, I, J",

lATRODUCTlOlV HISTORIQLE. 85

cependant est plus inique , parce qu'elle est plus réfléchie; plus odieuse, parce qu'elle tue à froid; et qu'elle n'a point pour s'excuser la chaleur du combat et les entraînements de la passion.

Page 1