‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 4)Chapitre 40 sur 126 · PREMIÈRE PARTIE, CH AP. H, SFCT. I , § I · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, CH AP. H, SFCT. I , § I

der le terme échu; ou si par accident des rapports s'établissent entre le propriétaire et le fermier, si par hasard celui-ci travaille pour celui-là, ou s'il lui vend quelque denrée, on est sûr que le propriétaire abusera grossièrement de la simplicité du pauvre agriculteur , qui , dans le marché, sera toujours dupe (1). Et qu'importe ces misères du pauvre au middleman, qui ne les voit qu'en passant, et torture des malheureux dont il fuira le pays dès qu'il aura fait sa fortune? Que voulez-volis de moi? s'écrie le propriétaire à l'aspect de ces maux affreux, je n'y puis rien. J'ai cédé mon droit aux traitants, qui exercent le leur comme il leur plaît ? Et le plus souvent le propriétaire ne prononce pas même ces paroles de regret , car il ne voit pas les misères dont il est l'auteur. Retiré dans son palais de Londres, il n'entend pas les cris de désespoir qui s'échappent de la cabane irlandaise ; il ne sait point , sous le ciel pur et serein de l'Italie , si l'orage a foudroyé en Irlande la moisson du pauvre ; il ne sait point à Naples si, faute de soleil, la récolte a manqué dans la froide Hybernie , si par contre-coup les pauvres colons , dont sa terre est couverte, sont tombés dans la détresse ; il ignore si ces malheureux ont essuyé quelque coup imprévu de la fortune , telle qu'une longue maladie du chef de la famille, la perte de leur bétail ; il ne sait rien de ces choses, et il serait incommode pour lui de les savoir. Ce-qu'il sait bien, c'est que 20,000 livres sterling lui sont dues pat ses fermiers d'Irlande : que sa vie est réglée sur ce chiffre , que cette somme lui doit être payée à telle échéance, et qu'on ne saurait en différer le paiement

un seul jour sans troubler l'ordre de ses habitudes et l'arrangement de ses plaisirs.

Du reste, qu'il régisse ses biens lui-même ou par des intermédiaires , qu'il soit absent ou qu'il réside, soyez bien sûr que ce propriétaire qui ne se sent point d'entrailles pour le pays , et pour lequel la patrie n'a point de voix, qui ne considère point comme ses concitoyens les colons dont sa terre est couverte , ne sera jamais bienfaisant pour le sol ni pour ses habitants. C'est un point de départ qu'on perd sans cesse de vue , et qu'il faut cependant considérer toujours si l'on veut ne point s'égarer.

Ainsi rien n'est plus fréquent que d'attribuer toute la misère du cultivateur irlandais au vice des systèmes d'agriculture pratiqués en Irlande. Si on en croit les uns, les baux sont trop longs, ce qui détruit chez le propriétaire l'esprit et l'intérêt de la propriété; suivant cet autre, ils sont trop courts : leur peu de durée rend précaire la situation du fermier; le mal, dit un troisième, vient de ce que le plus souvent il n'y a point de bail du tout, ce qui met le fermier à la discrétion absolue du maître.

On ne saurait sans doute contester l'influence funeste ou bienfaisante que peuvent exercer sur la fortune du propriétaire et sur la condition de ses fermiers les divers systèmes d'agriculture; mais ce qui n'est pas moins certain, c'est que, sous l'empire du meilleur procédé agricole, le sort du fermier peut être misérable ; tandis qu'en dépit de la méthode la plus défectueuse, la condition de ce fermier peut être heureuse et digne d'envie. J'ai vu, en Angleterre et en Ecosse, des comtés où les baux

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