‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 4)Chapitre 45 sur 126 · PREMIÈRE PARTIE, ClfAP. II, SECT. I, § II · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, ClfAP. II, SECT. I, § II

très complots se trament dans l'ombre ; des figures étranges apparaissent çà et là ; des bandes armées s'organisent, et parcourent les campagnes ; les habitations sont assaillies pendant la nuit : chacun est obligé de fortifier sa demeure (i); mais toute résistance est vaine, tan tôt il faut livrer des armes, tantôt prêter des serments. Du reste , ces bandits de nature singulière, qui, pour voler des armes ou pour se venger, commettent toutes sortes de violences , repoussent l'or et l'argent qu'ils trouvent sous leur main. Un assassinat est commis; on apprend bientôt que la victime est un propriétaire dont, la veille , le fermier a été dépossédé(2). Les coupables ont été vus; mais nul , dans le pays , ne les connaît , et tout indique qu'ils sont venus de loin pour exécuter la vengeance d'autrui. Un autre crime pareil est commis ; c'est le meurtre d'un middleman qui avait fait saisir les meubles d'un fermier. Alors toute la classe des propriétaires s'émeut ; la justice est saisie ; elle lance ses mandats, mais nul ne lui indique la trace des coupables; elle les trouve à force de recherches; ceux-ci lui résistent , elle les enlève; mais une rébellion vient, qui les lui arrache; enfin, elle les a ressaisis , les coupables sont sous les verroux. Alors on cherche des témoins : tous ceux qu'on appelle n'ont rien vu , disent-ils ; un seul se présente , et dit la vérité. Deux jours après, on apprend que ce témoin a été assassiné. Comment donc faire? Il faut bien que la justice ait son cours. Les témoins ne viennent plus. Eh bien! il faut les arrêter et les amener de force devant la justice; mais là, ils refusent de témoigner ! il faut acheter leur témoignage. On

menace leur existence ; il faut la protéger. Comment ? nul ne consent à leur donner asile! Eh bien! il faut les mettre en prison. Mais quel prix sera assez haut pour décider un témoin à faire une déclaration qui met sa vie en péril , et dont le premier effet est de le priver de sa liberté ? Quelque élevé que soit ce prix , il faut le lui payer. Mais qui admettra la sincérité d'un témoin déposant sous la double influence de l'argent qu'il reçoit , et de la mort qu'il redoute ? La nécessité veut cependant qu'on le croie. Mais ce témoin, rentrant en liberté après le procès, va être assassiné! Non; il sortira e prison pour sortir d'Irlande. Ainsi, la conditi'^n de tout témoin à charge dans les procès criminels sera d'attendre en prison le jour du jugement, et de s'exiler après. Mais quel honnête homme voudra être témoin? On se passera de témoins honnêtes : la nécessité le veut encore ainsi. Mais quel honnête homme voudra être

juge? Ainsi nous voilà, de conséquences en

conséquences, arrivés à cette triste alternative de voir la justice impuissante ou immorale; d'acquitter des prévenus faute de témoins , ou de les condamner à l'aide de témoins salariés! Enfin, l'arrêt est rendu; le coupable est jugé et mis à mort ! Le dénonciateur et le témoin s'exilent. Le lendemain , on apprend que le frère du dénonciateur, la mère ou la sœur du témoin sont assassinés!... (i).

Quand vous en êtes arrivés à ce point, croyez bien que dans cette voie de rigueurs tous vos efforts pour rétablir l'ordre et la paix seront inutiles. En vain, pour réprimer des crimes atroces, vous appellerez à votre aide toutes les sévérités du code de Dracon ;

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