‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 4)Chapitre 46 sur 126 · PREMIÈRE PARTIE, CHAP. II, SECT. I, § II. a/jl · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, CHAP. II, SECT. I, § II. a/jl

en vain vous ferez des lois cruelles pour arrêter le cours de révoltantes cruautés ; vainement vous frapperez de mort le moindre délit se rattachant à ces grands crimes (i) ; vainement, dans l'effroi de votre impuissance, vous suspendrez le cours des lois ordinaires, proclamerez des comtés entiers en état de suspicion légale (2), violerez le principe de la liberté individuelle (3) , créerez des cours martiales , des commissions extraordinaires (4), et pour produire de salutaires impressions de terreur, multiplierez à l'excès les exécutions capitales

Toutes ces rigueurs seront stériles; au lieu de guérir la plaie, elles l'irriteront et la rendront seulement plus vive et plus saignante. Rebelles à un mauvais état social, les agriculteurs , qui en 1760 se révoltèrent sous le nom de White-Boys , s'insurgeront quelques années après sous le nom de Oak- Boys (5); en 1772 sous celui de Steel-Boys (6), en 1785 ils s'appelleront Right-Boys (7), plus tard ils se nommeront Rockites ou soldats du capitaine Rock, ou Claristes, sujets de lady Clare (8); en 1 806 ces rebelles seront appelés Thrashers (9) ; ils reprendront en .1811, en i8i5, en 1820, en 1821, en 1823, en 1829, le nom de White-Boys; en i83i, celui de Terryalts; en 1 832, 1 833 et i837,deWhite- Feet et Black-Feet (10), et sous ces dénominations diverses (11) vous les verrez , excités par le sentiment des mêmes misères, se livrer aux mêmes violences suivies constamment d'une cruelle répi-ession toujours impuissante

Toutes vos rigueurs pour rétablir l'ordre et la paix seront stériles parce que l'ordre que vous pré- I. - 16

tendez faire régner est la discorde même ; parce que la paix que vous voulez établir est une violence et une oppression ; cette violence , cette oppression, ce désordre, ont amené un état de guerre, et cette guerre sociale n'est pas entre l'honnête homme et le malfaiteur, entre riiomme laborieux et le fainéant , entre celui qui gagne sa vie et celui qui vole; elle est entre le riche et le pauvre , entre le maître et l'esclave, entre le propriétaire et le fermier; et cette guerre a éclaté parce que l'égoïsme du riche a été poussé à un excès qui devait révolter le pauvre (i).

Maintenant dites quel sera le moyen de sortir de ce cercle vicieux? Voici une aristocratie qui, par ses fautes ou par ses vices, a laissé s'accumuler dans le pays confié à ses soins une masse de maux si énormes que les infortunés sur qui le fardeau pèse le secouent , ne pouvant plus le porter. Alors plus de société ; il a guerre , il y a anarchie.

Que s'ensuit-il ? C'est que la moitié de ceux qui résidaient s'en vont; beaucoup que la terreur ne chassé pas s'éloignent à l'aspect de tant de maux qu'il n'est pas en leur pouvoir de soulager; tenter d'y remédier n'est plus une entreprise abordable, et la vue de tant de misère est surtout affreuse pour quiconque y compatit; il résulte de là que ceux dont la présence dans le pays serait un bienfait n'ont pas le courage d'y rester.

Il en est cependant que la guerre et ses horreurs ne repoussent point du sol ; mais en y demeurant ils sentent s'accroître leur haine pour une population déjà détestée, et leur dureté en augmentant

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