‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 4)Chapitre 49 sur 126 · PREMIÈRE PARTIE, CHAP. II, SECT. II · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, CHAP. II, SECT. II

Comme l'Angleterre, l'Irlande est maîtresse de tous les droits essentiels sur lesquels repose la liberté civile et politique des peuples, tels que le jugement par jury, l'indépendance des juges, la responsabilité des fonctionnaires devant l'autorité judiciaire , le droit de pétition, le droit de s'associer et de se réunir, la liberté individuelle , la liberté de la presse, la liberté de l'enseignement, etc. (i).

Dans l'un et dans l'autre pays , l'organisation des divers pouvoirs politiques présente, au moins extérieurement , des aspects parfaitement semblables , quoique séparés.

L'autorité suprême, qui, en Angleterre, réside dans la personne du roi, est remise, en Irlande, à un vice-roi.

Le gouvernement dont ce vice-roi est le chef emploie pour exercer son action des instruments pareils, quoique distincts de ceux dont se sert le gouvernement anglais (2). Chez les deux peuples, il y a^au centre de l'État quatre cours souveraines de justice, qui sont comme l'âme et le ressort de tous les pouvoirs publics dans ces pays où la justice et l'administration sont perpétuellement confondues. En Angleterre, ces quatre cours se nomment le banc du roi (king's bench), la cour de Téchiquier ( exchequer's ) , la cour des plaids communs (court of common pleas), et la cour de chancellerie (court of chancery). Il en est de même en Irlande,

Les deux contrées sont également divisées en comtés, sur lesquels l'Etat conserve plutôt qu'il n'exerce sa souveraineté (3) ; et , dans l'un comme dans l'autre, les agents par lesquels le gouvernement

central constate plus qu'il ne fait sentir son autorité sont les nuiiu'S. Les principaux représentants de l'Etat dans le comté irlandais sont, comme dans le comté anglais, le shérif, le lieutenant-gouverneur, les juges de paix.

En Irlande , connue en Angleterre , il y a dans le sein de l'Etat et en dehors des comtés un cerlain nombre d'agrégations municipales, communes ou villes, qui, pour leur administration, ne dépendent point du gouvernement central , parce qu elles ont reçu de celui-ci le privilège de s'administrer ellesmêmes. Ici et là on les désigne par le nom de corporations municipales.

Enfin, dans les deux pays, on voit à la base des pouvoirs que Ton vient d'indiquer celui de la paroisse : pouvoir souverain dans sa sphère, indépendant de tous les autres, et qui, chez les deux peuples, présente la même structure extérieure (i).

Et non-seulement l'édifice politique qui apparaît aux yeux est le même en Irlande qu'en Angleterre , mais encore les autorités y sont instituées sur la même base; elles y portent les mêmes noms; toutes y sont créées théoriquement en vue des mêmes objets; elles s'y exercent légalement suivant les mêmes doctrines; elles y sont, en droit, sujettes aux mêmes règles, et renfermées dans les mêmes limites. Et, dans les deux pays, l'aristocratie est le principe fondamental de tous les pouvoirs publics.

D'où vient donc qu'avec des institutions seniblables les deux peuples ont des sorts si différents; et que l'un est tombé dans l'abaissement et la misère avec une forme de gouvernement qui a con-

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duit et maintient l'autre au sommet de la richesse et de la puissance?

C'est que, dans les institutions politiques, si la forme est importante, l'esprit qui les anime importe plus encore. Or, les institutions de l'Irlande présentent bien à l'œil le même corps que celles de l'Angleterre; mais ce qui leur manque, c'est l'âme. L'aristocratie protestante, qui, en Angleterre, est le cœur même de tous les pouvoirs politiques, semble, en Irlande , en être le cancer.

Qu'on examine successivement le gouvernement de l'Irlande dans toutes ses parties, dans l'État, dans le comté, dans les villes municipales et dans la paroisse, et l'on verra que le même vice originaire et permanent, qui corrompt la société civile, porte dans la société politique la même corruption; on reconnaîtra que la même cause qui empoisonne les relations du riche avec le pauvre , du propriétaire avec le fermier, n'altère pas moins profondément les rapports mutuels des gouvernants et des gouvernés.

§ P^. — l'état.

Influence du principe aristocratique anglais et protestant sur les pouvoirs de l'Etal. — Haine du peuple pour la justice. — Le ministère public manque en Irlande. — L'unanimité du jury en Irlande. — Comment et pourquoi il a fallu créer en Irlande un certain nombre d'officiers de justice et d'agents qui en Angleterre n'existent pas. '

Le vice-roi s'efforce, en Irlande, d'y reproduire l'image de la royauté; il tient à Dublin une cour brillante dont l'étiquette se règle sur celle de Lon-

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cires; il a deux palais, un brillant état-major, et un traitement annuel de 5 à 600,000 francs (i).

Le vice-roi d'Irlande, de même que le roi d'Angleterre, a près de lui un conseil privé (privy council). Il nomme à tous les emplois publics qui, en Angleterre , sont au choix du roi ; il exerce pareillement le droit suprême de faire grâce et de commuer les peines; et il est également investi de la puissance singulière de suspendre le cours ordinaire des lois dans les circonstances graves, dont il est juge (2), et dont il ne doit compte qu'au parlement. Le viceroi d'Irlande possède même quelques pouvoirs extraordinaires qu'en Angleterre la couronne n'a pas, et qu'à raison de l'état particulier de l'Irlande il a fallu attribuer à son premier magistrat (3).

Jusqu'en 1800, l'Irlande a eu son propre parlement, composé, bien entendu, de lords héréditaires et de communes procédant de l'élection; car il n'entre pas dans l'esprit d'un Anglais qu'une loi humaine puisse se faire, si ce n'est par deux assemblées, dont l'une s'appelle les communes j, et l'autre les lords.

La puissance législative d'Irlande se composait donc alors des trois pouvoirs qui, dans la constitution anglaise, sont destinés à se balancer mutuellement. Mais ne voit-on pas tout de suite le vice d'une telle organisation appliquée à l'Irlande ? et ne voit-on pas que ces pouvoirs, au lieu de se contrôler les uns les autres, se prêteront seulement un appui réciproque, et que leur harmonie sera non pas celle de pouvoirs unis, quoique rivaux , mais celle de complices associés dans un but unique et commun , la servi-

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