PRI'MIÈRE PARTIE, CUAP. II, SECT. II, § I
tude du peuple ? A l'époque des Tudor, le parlement. d'Irlande faisait tout ce que voulait le vice-roi. Après Guillaume III, le vice-roi fait tout ce que veut le parlement. Le plus souvent, le vice-roi ne réside même pas. L'Angleterre a pleine confiance dans l'aristocratie d'Irlande, et elle lui laisse le gouvernement arbitraire de ce pays. Alors on peut dire que les lois sont réellement faites en toute liberté par les deux pouvoirs parlementaires qui représentent l'Irlande. Mais qui n'aperçoit aussitôt le mensonge d'une pareille représentation?
Qui ne comprend tout de suite l'esprit dans lequel faisaient les lois , ces lords qui , à cause de leur origine anglaise et protestante, étaient les ennemis naturels de l'Irlande catholique, et cette chambre des communes qui , non moins anglaise de cœur ni moins protestante, n'était, à vrai dire, qu'une créature des lords, quoiqu'elle fût présumée élue par le peuple?
Nul ne pouvait siéger dans les communes ni parmi les lords s'il n'apportait la preuve qu'il avait communié selon les rites de l'Église anglicane (i). Un tel parlement donnant des lois à un pays catholique pouvait-il être autre chose, sinon le représentant d'une faction : instrument propre à maintenir le pouvoir dans une petite oligarchie à laquelle il fournissait un moyen constitutionnel de pratiquer l'oppression ?
Une fois ce point de départ établi, faut-il s'étonner lorsqu'on voit la législature irlandaise, pendant toute la durée de sa longue existence , faire peser sur le pays la plus constante tyrannie; former
25o CAUSES DE MISERK. SOCIÉTÉ POLITIQUE.
avec l'Angleterre, protestante comme elle, un pacte d'égoïsme,(lont la pauvre Irlande f^iisait tous les frais; livrer à TAngleterre la liberté politique et commerciale de l'Irlande catholique, à la condition que l'Angleterre l'aidera dans sa domination sur celle-ci; soumettre le peuple qu'elle gouverne à ce code antisocial, dont on a vu ailleurs l'ingénieux et cruel système; et enfin, par une suite de mensonges et d'erreurs, en venir à proclamer cette étrange fiction légale qu'en Irlande il ri y a pas de catholiques ; en d'autres termes, que la nation est censée ne pas exister? L'aristocratie irlandaise a terminé sa carrière parlementaire par un acte qui peint sa vie tout entière.
Un jour (i), l'Angleterre juge qu'il est mauvais que l'Irlande ait son propre parlement; elle estime qu'il conviendrait que ce pays fut régi par des lois directement émanées d'elle : elle résout donc l'abolition du parlement de l'Irlande; mais comment l'exécuter? L'Irlande est en possession du droit de faire ses lois; ce droit, qui le lui enlèvera? A Tannonce de ce projet l'Irlande entière s'émeut ; l'Irlande a un parlement anti-national, mais le droit en vertu duquel elle le possède, est un droit national (2). L'aristocratie elle-même, d'ordinaire si soumise au bon plaisir du gouverneqient anglais, se montre opposante; car on va lui ravir le pouvoir, qui lui appartient, de donner des lois à l'Irlande.
La difficulté est grande, elle sera cependant facilement vaincue. Cette même aristocratie , qui tout à l'heure contestait à l'Angleterre le droit de lui enlever ses privilèges , les abandonne subitement ;