XX PRÉFACE
bonne route jusqu'à ce qu'il ait cru l'avoir trouvée. Résolu d'accomplir son entreprise au prix même de quelques sacrifices , il s'y est voué tout entier, et s'est fermement tenu en garde contre toute préoccupation et tout intérêt qui auraient pu l'en détourner. Sans doute, en montrant ici les efforts que lui a coûté son œuvre , l'auteur ne fait que rendre plus sensible son insuffisance ; mais il aime mieux que l'on accuse sa faiblesse que son zèle à remplir une tâche dont il avait compris la grandeur.
Quels qu'aient été, du reste, le poids de ses travaux et la durée do ses veilles, il serait assez récompensé des uns et des autres, si, dans le tableau qui suit , il avait mis en lumière une seule vérité politique bienfaisante pour les peuples, un seul principe de morale utile aux hommes ; si , en peignant la condition de ceux qui oppriment et le sort de ceux qui souffrent, il avait pu fortifier dans quelques âmes le sentiment de la justice , l'amour de la liberté, la haine de la tyrannie.
L'empire des Anglais en Irlande , depuis leur invasion de re pays en 1169 jusqu'à la fin du siècle dernier, n'a été qu'une tyrannie.
Pendant les trois premiers siècles, ils ont couvert l'Irlande de violences qui avaient pour but l'accomplissement de la conquête.
Les guerres de l'invasion n'étaient pas terminées, lorsque celles de religion ont commencé. L'Angleterre, qui, au seizième siècle , renonça au culte catholique pour s'attacher à la religion protestante , voulut alors convertir les Irlandais à la nouvelle croyance qu'elle avait adoptée elle-même ; et, les trouvant rebelles à son désir, elle entreprit de les contraindre : de là des luttes opiniâtres , de sanglantes collisions et de terribles catastrophes qui ont duré plus d'un siècle.
Quand les guerres soutenues pour la défense de la patrie et du culte ont fini en Irlande , l'oppression anglaise n'y a pas cessé. Voyant les Irlandais garder leur foi religieuse en dépit des violences pratiquées pour la leur faire délaisser, l'Angleterre s'efforça d'atteindre le même but par un autre moyen. Elle avait reconnu l'inutilité de la force, elle essaya la corruption. De là une persécution moins barbare, mais non moins cruelle , plus immorale peut-être , parce qu'elle prenait un semblant de justice en s'appuyant sur les lois , et qui se continua pendant près de cent années.