PREMIÈRE PARTIE, CHAP. II, SECT. H, § I. 2i5l
et un instant après avoir protesté contre l'attentat dirigé contre sa vie, le parlement d'Irlande déclare lui-même qu'il a cessé d'exister. Et pourquoi ce suicide? la raison en est simple; les meneurs principaux de ce parlement, les chefs de cette aristocratie ont trafiqué avec l'Angleterre de leurs privilèges ; moyennant trente-un millions de francs qui leur ont été comptés , ils ont renoncé à leurs prérogatives parlementaires. Que leur importe après tout l'indépendance législative de l'Irlande qui ne fut jamais pour eux une vraie patrie? L'existence du parlement irlandais n'était point d'ailleurs exempte d'inconvénients ; ne les obligeait-elle pas de résider chaque année au moins quelques mois en Irlande ? Désormais cette charge ne pèsera plus sur eux; les uns deviendront lords d'Angleterre; les autres, membres des communes anglaises ; tous pourront passer leur vie à Londres, tous seront délivrés de l'Irlande. Ils renoncent donc à leurs droits dont ils reçoivent le prix ; marché honteux où la corruption de ceux qui achètent est surpassée par la bassesse de ceux qui se vendent ; digne fin d'un parlement qui, pendant le cours de son existence , fut rarement indépendant, presque toujours servile , jamais national , et qui , quand il se voit condamné à périr, aliène son propre corps comme un supplicié vend son cadavre (iV- C'est ce marché qui a amené l'union législative de l'Irlande et de l'Angleterre, dont l'acte se nomme communément le traité d'union de 1800.
Depuis cette époque, l'Irlande n'a plus de parlement; d'où il ne faut pas conclure qu'elle n'a plus
de représentation parlementaire. D'après le traité d'union, une partie de ses lords siège dans la chambre des lords anglais ( i ) ; et les comtés, de même que les villes d'Irlande, continuent à élire des représentants qui, au lieu de se réunir à Dublin en assemblée des communes d'Irlande, vont s'asseoir dans la chambre des communes d'Angleterre, où ils se confondent avec tous les membres du parlement britannique (2). Ces députés de llrlande sont choisis par le peuple suivant un système à peu prés pareil à celui de l'Angleterre (3) , et selon lequel l'aristocratie irlandaise exerçait autrefois sur les élections une influence considérable qui, sans avoir cessé , tend chaque jour à s'affaiblir.
Ainsi, depuis quarante ans, ce n'est plus l'aristocratie d'Irlande qui donne des lois à ce pays : c'est un mal de moins sans doute; mais presque toutes les lois qui sont l'œuvre de l'aristocratie existent toujours, et si ce n'est plus elle qui fait les lois, c'est toujours elle qui les applique.
On a vu, dans l'Introduction historique, comment l'acte d'union de 1 800 n'a eu d'autre effet que d'abolir le parlement irlandais, et de conférer les pouvoirs législatifs de celui-ci au parlement anglais, qui non-seulement a laissé subsister les anciennes institutions particulières à l'Irlande, mais encore a continué de donner à ce pays des lois spéciales à cause de ses institutions distinctes, quoique analogues à celles de l'Angleterre. Ainsi le pouvoir législatif de l'Irlande a été déplacé; mais on n'a rien changé au mode suivant lequel se fait l'administration des lois.