‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 4)Chapitre 53 sur 126 · PREMIÈRE PARTIE, CHAP. II, SECT. II, § I · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, CHAP. II, SECT. II, § I

taire ne manque point d'en être investi. Il y a en Angleterre environ dix-huit mille juges de paix ; en Irlande, à peu près trois mille (i). Constater le nombre des juges de paix d'Angleterre et d'Irlande, c'est presque faire la statistique des grandes propriétés de ces deux pays. Il existe sans doute beaucoup de juges de paix , grands propriétaires qui ne sont que de fort petits personnages politiques; mais il n'existe pas dans le pays un seul grand personnage qui ne soit juge de paix. On croit pouvoir affirmer qu'il n'y a pas un membre de la chambre des communes , et pas un lord d'Angleterre, qui ne soit un juge de paix. Le duc de Wellington est juge de paix du comté de Meath, en Irlande; il y a pour collègues le duc de Leinster, le marquis de Headford, lord Fingal, etc. Les juges de paix d'Irlande et d'Angleterre tiennent de leur mandat deux caractères distincts : ils sont officiers de police judiciaire et juges.

En la première qualité, ils reçoivent les plaintes relatives aux crimes et délits , et font tous les actes d'instruction antérieurs aux jugements des prévenus ; ils admettent ou refusent les cautions qui leur sont offertes par les inculpés détenus; ils ont un pouvoir plus grand encore , celui d'exiger une caution de bonne conduite de toute personne qu'ils jugent suspecte, quoiqu'ils ne l'inculpent d'aucun délit, et, à défaut de caution , d'envoyer cette personne en prison (2).

Comme juges, ils prononcent chaque semaine, au nombre de deux ou plus, sur une foule de petits procès civils et criminels (3) ; et dans une assemblée

générale qui se tient quatre fois Tan dans les chefslieux de chaque comté, et qui se nomme par cette raison Quarter- Sessions, ils jugent, comme cour de justice et avec l'adjonction d'un jury composé de la même manière que le jury d'assises , tous les délits qui n'entraînent pas la peine capitale, et qui, par cette raison , ne sont pas réservés au juge d'assises. Les juges de paix d'Irlande, comme ceux d'Angleterre, remplissent gratuitement toutes leurs fonctions. Dans l'un comme dans l'autre pays , ces magistrats, institués par le pouvoir central , ne sont soumis au contrôle habituel et régulier d'aucun supérieur hiérarchique qui les surveille, les dirige, les excite à agir ou les modère dans leur action , leur inflige le blâme ou leur décerne l'éloge ; ils ne sont, dans l'exercice de leur ministère, sujets à d'autre autorité qu'à celle des cours de justice, devant lesquelles chacun a le droit de leur demander compte de leurs actes.

Enfin , en Irlande, de même qu'en Angleterre , c'est un principe également en vigueur , que les organes de la justice ne la rendent que sur la demande expresse et spontanée de ceux qui y ont droit. Il existe bien de certains crimes et délits , plus nombreux en Irlande qu'en Angleterre, que poursuit d'office le procureur de la couronne; mais, en thèse générale , cet officier public , qui , en France , est placé auprès de chaque tribunal, avec la mission unique et continue de rechercher toutes les infractions à la loi , d'en provoquer la répression , et de poursuivre comme crimes publics toutes les injures que ne dénoncerait pas l'intérêt privé, le ministère

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