PREMIÈRE PARTIE, CHAP. II, SECT. II, § I. l
public en un mot n'existe pas plus en Irlande qu'en Angleterre (i).
Ainsi ce n'est pas seulement de l'analogie qui existe en Irlande et en Angleterre entre la magistrature chargée de rendre la justice criminelle; c'est la plus parfaite similitude.
Combien cependant l'exécution de cette justice est différente dans les deux pays I
La justice criminelle d'Angleterre n'est pas sans doute exempte de taches ; elle a même conservé quelques traditions féodales qui la feraient juger barbare par tout observateur superficiel. C'est ainsi que, dans certains cas, l'accusé anglais n'a pas la liberté de se faire défendre par un conseil : ainsi l'accusé le plus pauvre ne reçoit jamais gratuitement la copie des pièces de la procédure et de l'acte d'accusation, et il ne peut, même à prix d'argent, obtenir la communication des cahiers d'enquête, dont l'avocat de la couronne prend à son gré connaissance (2). Qui le croirait enfin ? quand on manque de témoins dans un procès où il y a plusieurs accusés , on fait grâce à l'un de ceux-ci , pour que le coupable mis hors de cause serve de témoin contre les hommes dont il est le complice ! Yoilà sans doute des lois d'une grande rigueur , ou d'une singulière immorahté ! et cependant, en Angleterre, la justice criminelle offre un spectacle qui n'a rien d'attristant pour un ami de l'humanité ; dans ce pays les mœurs corrigent les lois : tout accusé y trouve parmi les magistrats sinon de la bienveillance du moins une impartialité inaltérable. Ce sentiment d'équité , et quelquefois d'indulgence, anime en Angleterre tous I. f
ceux qui concourent à l'exécution de la justice ; il guide les juges de paix dans les premiers actes de la procédure, il domine le shérif dans son choix des membres du jury , il inspire aux témoins leur déposition , aux jurés leur verdict, au juge sa sentence, au roi sa grâce.
Voyez, au contraire, quelle est en Irlande la condition de tout accusé.... Supposez un pauvre catholique irlandais, arrêté sous l'inculpation d'un crime; non d'un crime politique qui serait propre à exciter parn^i les magistrats les plus violentes passions, mais d'un délit ordinaire, par exemple, d'un vol ; devant qui le conduit-on dans ce premier moment si grave où le salut et la ruine du prévenu dépendent quelquefois du moindre soin comme de la plus Légère négligence, d'un indice recueilli ou perdu? On le mène devant le juge de paix voisin , grand propriétaire protestant (i). Anglais d'origine, plein de mépris et de haine pour la population pauvre d'Irlande. Or, pensez vous que ce juge de paix , devant lequel comparaît le pauvre h'iandais, constatera aussi soigneusement les preuves d'innocence que les indices de culpabilité ? pensez-vous que si , pour obtenir sa liberté provisoire , l'inculpé offre une caution , le juge de paix sera aussi enclin à l'accueillir que si le prévenu était un protestant ? Cependant l'instruction se poursuit : il dépend de ce juge de paix qu'elle soit prompte ou lente; mais comment celui-ci montrerait il une grande ardeur à l'accélérer, lorsque sa sympathie ne ly porte pas; lorsque, remplissant des fonctions gratuites, il n'a point d'intérêt matériel à déployer du zèle, et lors-