‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 4)Chapitre 59 sur 126 · PREMIÈRE PARTIE, CHAP. II, SECT. II, § I · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, CHAP. II, SECT. II, § I

fois , c'est pour le sort de tout accusé protestant qu'il sera juste de concevoir des craintes. Comment donc ferez-vous ? Vous composerez peut-être le jury moitié de protestants , moitié de catholiques , seule manière équitable de procéder en pareil cas. Mais alors, comment ces hommes, que la passion politique et les préjugés de classe séparent plus encore que la différence de culte ne les divise, parviendront-ils à s'unir dans un sentiment commun ?

Il y a là une difficulté qui semble s'aggraver à mesure qu'on l'approfondit. Le juge refuse-t-il de délivrer les jurés, c'est-à-dire les retient-il captifs dans la salle de leurs délibérations jusqu'à ce qu'ils se soient conciliés? alors un tel procédé est en quelque sorte une sentence de mort contre les jurés dont le corps est moins fort que la conscience. Ou bien , voyant qu'ils ne peuvent tomber d'accord , le juge leur permet de se retirer sans avoir rendu aucun verdict: et, dans ce cas, le procès, ne pouvant être jugé, est remis d'ordinaire à la session suivante, et l'accusé réduit à demeurer trois mois de plus en prison, dans l'attente d'autres jurés qui peut-être ne s'entendront pas mieux que les premiers (i).

Ainsi il arrive toujours l'une de ces deux choses : ou l'unanimité obtenue accuse la passion et l'esprit de parti, ou elle ne s'obtient pas. 11 n'y a ainsi de justice possible que celle qui est corrompue à sa source.

C'est ainsi que des circonstances politiques et sociales peuvent rendre mauvais dans un pays un principe de législatiôil civile qtli est bon pour un autre.

Comment et pourquoi il a fallu créer en Irlande un certain nombre d'ufûciers de justice et d'agents qui eu Angleterre n'existent pas.

De tous les soins dont prend la charge une aristocratie qui veut réellement gouverner, il n'en est aucun sans doute qui exige d'elle plus de lumières , plus de zèle et plus d'efforts constants , que l'exécution de la justice; et quand on considère la variété d'attributions dévolue aux juges de paix d'Angleterre et d'Irlande, tous les usages qu'ils doivent connaître, tous les statuts qu'ils ont à appliquer, tous les objets de police remis à leur vigilance, la multitude de jugements qu'ils rendent en matière civile, la gravité des sentences quils ont quelquefois à prononcer au criminel dans toute la sévérité des formes judiciaires, toutes les responsabilités enfin que fait naître chacun de leurs actes, on conçoit à peine qu'il soit possible à de grands propriétaires, hommes du monde, préoccupés de leurs propres affaires, et non versés dans létude des lois, de parvenir à remplir passablement des fonctions aussi compliquées. En Angleterre cependant la difficulté a été sinon surmontée, du moins combattue; et quoique la justice des juges de paix anglais ne soit exempte ni d'erreurs ni' de vices, cette justice cependant ne manque jamais au pays ; jamais les juges de paix anglais ne font défaut dans ces réunions presque quotidiennes , où les besoins les plus usuels des justiciables sont satisfaits [^pelty sessions) ; et c'est souvent un spectacle digne d'admiration que celui qui est offert , en Angleterre, par

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