PREMIÈRE PARTIE, CH\P. II, SECT. II, § I
l'assemblée trimestrielle des quarter sessions , exclusivement composée des riches propriétaires du comté, présidée par l'un d'eux, élu à la majorité (chairmari), et rendant solennellement la justice civile et criminelle, tantôt seuls, tantôt avec l'assistance d'un jury.
Mais la tâche était trop forte pour les juges de paix d'Irlande; elle ne pouvait être portée par une aristocratie inhabile ou indifférente. Sans cesse il arrivait qu'au jour marqué dans la semaine pour l'expédition des petits procès et des actes préparatoires de la police judiciaire, il ne se trouvait pas deux juges de paix présents; et le cours de la justice se trouvait ainsi suspendu faute de magistrats. Souvent aussi, quand les juges de paix se réunissaient tous pour tenir les quarter sessions^ il ne s'en trouvait pas dans l'assemblée un seul qui fût capable de les présider : et ici ce n'était pas l'absence , c'était l'incapacité du juge qui rendait la justice impossible.
Longtemps le mal resta sans remède ; longtemps l'aristocratie irlandaise demeura ainsi chargée d'un fardeau qu'elle n'avait ni le cœur ni la force de porter; enfin, la voyant plier sous le faix, et prenant en pitié sa mollesse et son insuffisance, le gouvernement central est venu un jour à son secours. En 1 796 , une loi a été rendue qui a autorisé le pouvoir exécutif à instituer des magistrats salariés et révocables (stipendiary magistrales), et à en placer dans toutes les localités où les juges de paix gratuits ne suffiraient pas au service journalier de la justice. Et pour aider les juges de paix dans leur réunion trimestrielle des quarter sessions, la même loi a porté
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une disposition en vertu fie laquelle le pouvoir exécutif peut non-seulement mais encore doit envoyer à cette assemblée, chaque fois qu'elle se tient, un membre éclairé du barreau, qui se met à la disposition des juges de paix, les guide de ses conseils, les dirige et leur sert de président, à moins qu'ils n'en choisissent un autre. Ce légiste, envoyé du gouvernement central auprès de l'aristocratie pour lassister dans ses fonctions judiciaires , s'appelle par cette raison assistant harryster. Quoique, d'après la loi, les juges de paix d'Irlande ne soient point obligés de choisir ce jurisconsulte pour les présider, ils se gardent bien d'en élire un autre (i), tant ils ont le sentiment de leur faiblesse et de leur impuissance.
Enfin , comme cette aristocratie , dépourvue de toute autorité morale sur l'esprit du peuple, avait besoin , pour se faire obéir, du secours de la force matérielle , la loi a voulu qu'un corps considérable d'agents moitié civils, moitié militaires, connus sous le nom de constables (constabulary), et auxquels on a attribué des fonctions analogues à celles que remplit en France notre gendarmerie, fussent mis à la disposition des juges de paix, chargés d'exécuter les mandqts de ceux-ci, de les protéger dans leurs fonctions; et elle a conféré aux chefs de ces constables le pouvoir de faire eux-mêmes tous les actes de police judiciaire que les juges de paix auraient seuls, en Angleterre, le droit d'exécuter.
C'est pour une aristocratie une triste et périlleuse condition que la nécessité d'invoquer et de recevoir la protection du gouvernement central. Quel est en