PREMIÈRE PARTIE, CHAP. II, SECT. II, § III
la concession obtenue ; elles ont tous les privilèges , mais rien que les privilèges qui leur sont expressément attribués. Libres dans ces limites bien tracées, elles retombent , pour tout ce qui n'est pas réglé , sous la main du gouvernement général. Voilà pourquoi des villes libres ^ investies du droit de se gouverner elles-mêmes, sont sans cesse obligées de s'adresser au parlement pour obtenir que celui-ci pourvoie à un besoin de police ou d'administration que leur charte ne leur a point donné le pouvoir de régler elles-mêmes. C'est ainsi que la corporation de Dublin , ne tenant d'aucune de ses chartes le droit d'éclairer au gaz les rues de la cité, a été forcée de recourir pour cet objet au parlement qui, par une loi spéciale, a réglé de quelle manière l'éclairage aurait lieu, et a institué des commissaires chargés de cet office.
La diversité des principes qui en Angleterre et en Irlande servent de base à l'administration des villes, ne deviendrait très -importante que si le gouvernement anglais, qui centralise les lois même réglementaires , en venait jamais à centraliser leur exécution ; car il arriverait alors que les villes qui, en ce moment dépendantes en principe, sont à peu près libres en fait, pourraient devenir dépendantes en fait comme en principe; tandis que les villes pourvues de leurs chartes seraient plus difficilement dépouillées de leurs franchises et de leur gouvernement local. Mais aujourd'hui, soit faveur de l'autorité centrale, soit impuissance, les villes libres ou dépourvues de charte, sont à peu près éga-
lement indépendantes , elles sont seulement administrées autrement.
Quoi qu'il en soit, on vient de voir dans l'organisation des villes libres d'Irlande , tous les éléments d'une administration populaire et bienfaisante.
D'où vient donc qu'en Irlande , dans un pays où l'on a reconnu que les pouvoirs publics sont si enclins à abuser, les corporations municipales ont un renom particulier d'excès, de malversation et de tyrannie? D'où vient qu'on retrouve à peine en elles un seul des principes originaires sur lesquels leur institution repose?
Ainsi le premier principe qui leur sert de base, c'est que la corporation se compose de tous ceux que la cité renferme dans son enceinte , et que tous doivent concourir au choix du corps par lequel la cité est représentée. Cependant en Irlande, dans la plupart des villes municipales, la plus grande partie de la population est exclue du droit de cité (i). Qui croirait que Belfast, cette grande et magnifique cité, ne compte pas légalement plus de quinze ou vingt citoyens (2)? C'est un autre principe fondamental de l'institution que le corps représentant la cité se compose de ceux qui sont le plus identifiés à ses intérêts , et le plus capables de les comprendre. Cependant, dans la plupart des cités irlandaises , le corps qui les représente est, en grande partie, formé de gens dépourvus de toute fortune, de toute instruction, et quelquefois de personnes qui ne résident même pas dans leur enceinte. Il y a- des mendiants dans la corporation de Dublin, et des com-