‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 4)Chapitre 75 sur 126 · PREMIÈRE PARTIE, CHAP. II, SECT. II, § IV · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, CHAP. II, SECT. II, § IV

dû souffrir de cette transplantation dans une terre où elle n'était point née ; le sol saxon lui a manqué : et on peut douter qu'au milieu des circonstances les plus propices elle eût jamais acquis cette existence vivace que possèdent seules les institutions filles du pays et des mœurs (i ). Mais une influence funeste est survenue , qui l'a subitement frappée de stérilité : cette influence , c'est celle du principe protestant violemment introduit dans ses entrailles catholiques.

La première attribution de la paroisse , celle qui est de l'essence même de l'institution , c'est l'entretien du culte , la construction de l'église, l'entretien et le soin de celle-ci , le salaire du ministre religieux, etc., etc.: or, qu'est-il advenu en Irlande, pays profondément catholique , lorsque les Anglais, devenus protestants , ont entrepris de faire prédominer dans ce pays leur nouveau culte ? d'abord ils ont interdit, à celles des paroisses où il ne se trouvait que des catholiques, le droit de s'assembler en Vestrj pour s'y occuper des besoins de leur religion , dont l'exercice public était déclaré un délit. Ainsi déjà, par ce seul fait , les trois quarts des paroisses d'Irlande ont été dépouillées de leur premier intérêt. Leur second acte a été d'ordonner que chaque paroisse , dans laquelle il existait quelques protestants , serait tenue de supporter pour le culte de ceux-ci les charges quelle s'imposait auparavant dans l'intérêt de l'église catholique ; de sorte que , non-seulement le vestry d'une paroisse , composée presque exclusivement de catholiques , ne pouvait pas se réunir pour voter des dépenses utiles à leur

église ; mais il était encore tenu de se réunir , de délibérer, et de voler toutes les dépenses nécessaires à la célébration du culte anglican , par la seule raison que ce culte était celui de deux ou trois de ses membres. Une pareille exigence était absurde , et d'exécution impossible. Comment, en effet, se pourrait-il faire que des hommes qu'on persécute à cause de leur religion s'imposassent librement des taxes pour soutenir le culte de leurs persécuteurs ? Les catholiques refusèrent le vote qu'il était insensé de leur demander.

Comment donc faire ? On voulait que la paroisse entière fît les frais de l'église protestante , mais le vestry, composé en majorité de catholiques, s'y opposait !

Dans cet état de choses, comme on était dans l'impossibilité de faire violence à la conscience des catholiques, on a pris le parti de violer le principe essentiel sur lequel repose l'institution paroissiale; et une loi a été rendue pour priver les catholiques du droit de voter aux assemblées du vestry dans toutes les questions intéressant l'église anglicane (i), et pour conférer, dans ce cas, aux protestants de la paroisse , quelque minime que soit leur nombre, le droit exclusif de composer le vestry , de voter les dépenses utiles à leur culte, et de pourvoir à ces dépenses au moyen d'une taxe frappée sur tous les habitants de la paroisse, catholiques aussi bien que protestants. Ainsi dans la plupart des paroisses d'Irlande, celles-ci n'avaient plus à s'occuper du tout de leur culte; et dans le petit nombre de paroisses où la présence de quelques protestants avait fait naître

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