‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 4)Chapitre 76 sur 126 · PREMIÈRE PARTIE , CHAP. II , SECT. Il , § IV · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE , CHAP. II , SECT. Il , § IV

un autre intérêt religieux , c'était une imperceptible minorité qui donnait des lois au plus grand nombre. Ainsi la paroisse d'Irlande perdit dans presque tous les cas son attribution la plus naturelle , ou ne la conserva qu'au prix de la violation de son principe fondamental et d'une flagrante injustice.

Cependant la loi qui excluait les catholiques de toutes les assemblées du vestry , où le culte protestant était intéressé , leur en laissait l'accès toutes les fois qu'elles étaient relatives à un autre objet. Mais, une fois l'intérêt religieux écarté, que restait-il à faire à la paroisse irlandaise?

En Angleterre, un des grands intérêts dont la paroisse a la gestion, c'est la charité publique; c'est, en Angleterre, un principe rigoureux que tout indigent a droit à l'assistance de la société , et ce secours que réclament tous les pauvres, c'est le plus souvent la paroisse qui le donne ; source abondante de devoirs immenses et de soins infinis (i); car cette obligation de pourvoir aux besoins du pauvre entraîne en Angleterre une multitude de charges accessoires. Après avoir donné du pain au pauvre, la paroisse anglaise croit lui devoir un asile , s'il en demande un; des vêtements, s'il en est dépourvu; les soins de la médecine, s'il est malade; et si ce pauvre a des enfants, la paroisse leur offre non-seulement les mêmes secours, mais elle croit de plus devoir les élever et les instruire; de sorte qu'en Angleterre, la charité, dont le principe est dans la paroisse, comprend non-seulement l'aliment donné à l'homme qui a faim , mais encore des lieux d'asile , des hôpitaux et des écoles.

Maintenant, pourquoi, en Irlande, ne voit-on la paroisse prendre aucun soin pareil ? La raison en est simple , et elle se trouve tout à la fois dans le caractère anglais et protestant de l'aristocratie. C'est du règne d'Elisabeth que date la loi des pauvres. Or, à cette époque, le sentiment qui, en Angleterre, poussa les riches à soulager les pauvres, n'existait point en Irlande, où les riches étaient anglais et protestants, en face de pauvres, catholiques et irlandais. Déjà les longues résistances des vaincus avaient inspiré aux vainqueurs des rancunes trop amères et trop récentes, pour que ceux-ci fussent accessibles aux sentimens ordinaires de l'humanité; et le jour où ces conquérants sont devenus, comme protestants, les ennemis religieux des pauvres irlandais, on peut dire que la source de la charité a été tarie en Irlande. Ceci explique pourquoi , dans ce pays de pauvres, il n'y a point eu jusqu'à ce jour de loi secourable pour les pauvres ; pourquoi , en présence des plus excessives misères qui se puissent imaginer, il n'a jamais été institué de charité publique ; pourquoi, tandis qu'en Angleterre le principe est que tout pauvre a droit à un secours légal , c'est plutôt en Irlande un principe que le riche ne doit rien au pauvre; ceci explique enfin pourquoi les attributions de charité, qui ont tant agrandi en Angleterre le domaine de la paroisse, n'y ont rien ajouté en Irlande, où elle était déjà si dénuée.

Du reste, la paroisse d'Irlande qui, dans un intérêt protestant, fut privée de ses attributions les plus naturelles, a été récemment, dans un intérêt opposé,

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