‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 4)Chapitre 77 sur 126 · PREMIÈRE PARTIE, CHAP. II, SECT. II, § IV. 3oi · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, CHAP. II, SECT. II, § IV. 3oi

dépouillée du principal et l'on peut dire du seul des droits qu'elle exerçât.

L'injustice de soumettre la population catholique des paroisses au vote d'un vestry exclusivement protestant, ayant été enfin reconnue, on a, en i833, rendu une loi qui interdit désormais aux protestants de lever des impôts sur la paroisse pour l'entretien de leur culte (church rates). Il en résulte que la paroisse, qui déjà ne pouvait s'imposer dans l'intérêt du culte catholique , n'a plus à s'occuper d'aucun intérêt religieux. Ainsi, en entrant dans la paroisse d'Irlande , le culte protestant y déposa comme un poison funeste; et quand il sort de son sein, c'est pour enlever à celle-ci son dernier souffle.

C'est ainsi que la paroisse d'Irlande , investie des mêmes pouvoirs, revêtue des mêmes formes que la paroisse anglaise, est, par l'effet d'un seul principe, tellement différente , que celle-ci est comme le cœur de la société politique , tandis que la première est, en Irlande , un pouvoir inanimé. On trouve à grande peine un objet dont ait à s'occuper la paroisse d'Irlande ; ce ne sont pas les pouvoirs qui lui manquent, ce sont les attributions; en cherchant bien , on voit que son soin unique est de nommer ses officiers , son secrétaire (clerk) , ses marguilliers ( church warden ) , et son bedeau (beadle) ; elle a aussi à voter des fonds pour le salaire de ces officiers; il faut , pour répartir la charge de cette taxe entre tous, des commissaires répartiteurs qu'elle a à choisir; mais, quand elle a nommé ces agents et pourvu à leur salaire, ceux-ci sont, il est vrai, bien légalement institués, mais ils n'ont rien à faire (i).

3o2 CAUSES DE MISl-RE. SOCIÉTÉ POLITIQUE.

Influence du même principe sur une institution commune à tous les pouvoirs politiques. — L'autorité judiciaire , seul supérieur administratif.

Ce qui frappe tout d'abord dans les pouvoirs politiques de la société en Angleterre et en Irlande, c'est l'absence complète de toute hiérarchie. Chez nous, l'État, le département, l'arrondissement, la commune, ne sont que les anneaux d'une même chaîne, les parties d'un tout formant un ensemble parfait, gouvernées par des fonctionnaires superposés les uns aux autres, se tenant tous par un lien commun, tous dépendant d'un supérieur qui les dirige, les surveille, les contrôle, leur enjoint d'agir, fait ce qu'ils ont omis, détruit ce qu'ils ont fait, les approuve, les blâme, les récompense ou les punit.

Il n'existe rien de pareil ni en Angleterre ni en Irlande.

Les pouvoirs généraux, qui résident dans le parlement, décrètent, il est vrai, des lois souveraines et destinées à toutes les parties de l'empire; mais ces lois générales, nulle autorité de l'État n'en suit l'exécution ; et l'on peut, en Angleterre, reconnaître comme une vérité, qu'autant le pouvoir de faire des lois y est centralisé , autant le soin de leur exécution l'est peu. Quelque obligation est-elle imposée aux paroisses? le soin de l'accomplir appartient aux officiers de celles-ci, sur lesquels le gouvernement central n'a aucune espèce d'action. Quelque règle est-elle prescrite aux corporations municipales? ces corporations s'y soumettent si elles y sont contraintes par leurs propres magis-

Page 1