PREMIÈRE PARTIE, CHAP. II, SECT. II, § IV, 3o
trats, auxquels l'administration centrale n'a du reste rien à ordonner. S'agit-il enfin d'un commandement adressé aux comtés ? le pouvoir central n'est guère moins impuissant pour faire sentir à ceux-ci son empire. Ce n'est pas que les agents lui manquent dans le comté; il y possède le lieutenant, le shérif, les juges de paix, et, outre ces agents permanents, le parlement en crée accidentellement et temporairement une infinité d'autres , auxquels il confie des soins divers, tels, par exemple, que l'exécution d'une route , la construction ou l'entretien d'un canal, etc., etc. (i) , et qu'il investit, sous le nom de commissaires ou trustées , de tous les pouvoirs nécessaires à l'exercice de leur fonction.
Mais le gouvernement central n'a point d'action réelle et efficace sur ces divers agents, par deux raisons principales : la première est que ceux-ci remplissent communément des fonctions gratuites (2); la seconde, c'est que, n'étant en général soumis à d'autre autorité que celle du parlement, ils n'ont pas de supérieur administratif. Il est difficile de concevoir une direction durable imprimée par un pouvoir quelconque à des agents non salariés ; et, d'un autre côté, une assemblée délibérante est absolument impropre à suivre l'exécution des lois. Outre son infériorité relative pour tout ce qui est action , elle est , quand on ne l'a pas créée permanente, dans l'impossibilité matérielle de rien faire pendant l'intervalle de ses sessions. Comme elle est renouvelée de temps à autre, il arrive sans cesse qu'elle ne possède pas bien le sens des lois faites par sa devancière ; ou que, si elle les comprend, elle est peu jalouse de leur exécu-
3o4 CAUSES DE INIISÈRE. SOCIÉTÉ POLITIQUE.
tion. Une grande assemblée peut, dans de certaines conditions, gouverner habilement; elle n'administre jamais. Lors donc qu'en Angleterre et en Irlande le pouvoir central a institué ses agents, on peut dire que ceux-ci lui échappent. Il nomme , il est vrai , à beaucoup d'emplois; mais il ignore ce que ses employés font ensuite; il leur prescrit des règles de conduite, et n'a aucun moyen de reconnaître l'observation ou le mépris de ses commandements ; il n'entretient avec ces fonctionnaires et ne peut entretenir avec eux aucun rapport habituel; inhabile à les surveiller, il ne peut ni les redresser ni les reprendre; il leur demande bien cà et là quelques comptes et quelques rapports; mais le plus souvent il ne les reçoit pas; et, quand ces comptes lui arrivent , il en prend à peine connaissance. Une administration centrale les examinerait peut-être; mais une assemblée de six cent cinquante membres n'est pas un supérieur administratif. Ainsi, non-seulement les fonctionnaires de la paroisse, ceux des corporations municipales, ne sont point soumis aux fonctionnaires de l'État; mais celui-ci, quand il commande à ses propres officiers, ne sait pas même s'il en est obéi. Ainsi, dans la société anglaise, tous les pouvoirs sont indépendants les uns des autres; aucun lien mutuel ne les enchaîne; aucun ordre hiérarchique n'est établi entre eux.
Cependant tous ces pouvoirs , jetés pêle-mêle comme au hasard dans un milieu commun , la paroisse au sein de l'État, la corporation auprès du comté ; tous ces pouvoirs , dans l'organisation desquels rien de logique n'apparaît, doivent fonction-