CHAPITRE II
Maintenant, pourquoi, l'invasion s'étant faite sans peine, la
(i) Lingard, t. II, p. 2o5. V. Hardiman, Hist. of Galway, p. aor.
(2) Thierry, t. III, p. i5o; — et avant, p. Sa. — Gordon, t. I, p. 54. - Leland, t. I, p. ii4.
(3) Rich. Musgrave. — Irish Rebellions, p. 3.
lA INTKODVCTION HISTORIQUE.
conquête n'a-t-elle pu s'accomplir qu'au milieu de difficultés toujours renaissantes pendant des siècles ?
Ce fait s'explique aussi par trois raisons principales : la première , tirée également de l'état politique des Irlandais ; la seconde, de la situation des conquérants anglo-normands , vis-à-vis de l'Angleterre ; la troisième , de la condition faite aux indigènes par les conquérants.
§ I*'. — État politique des Irlandais, obstacle à la conquête.
J'ai dit tout à l'heure que la division indéfinie des forces sociales dans un pays en facilite singulièrement l'invasion; j'ajouterai que rien n'est plus contraire que ce fractionnement à l'établissement durable du vainqueur dans le pays conquis. Ce qui , dans le premier cas , est pour la nation envahie une cause d'extrême faiblesse, devient, dans le second , le plus grand moyen de force. Autant il est malaisé pour le peuple combattant l'invasion de réunir subitement tous ses éléments d'action ainsi divisés; autant il devient difficile pour le vainqueur de dompter après l'invasion cette multitude de forces partielles, disséminées çà et là sur toute l'étendue du territoire, et qui toutes apportent dans la lutte le môme tribut de résistance , par la même raison qu'elles sont indépendantes les unes des autres.
On peut dire avec raison qu'un pays où le pouvoir central est fort , est tout à la fois le plus difficile à envahir, et celui dont , après linvasion , la conquête est la plus facile. Toutes les forces de la nation rassemblées sur un point unique, olTrentune puissante condition de surcès qui, venant à faire défaut , laisse sans défense tout le reste du territoire. C'est tout au rebours dans un pays où la force nationale n'est point centralisée ; on les envahit sans peine , et l'on parvient très-difficilement à les conquérir. Ceci s'est bien vu dans les premiers siècles de notre histoire. Les conquêtes des hommes du Nord, qui se succédaient si terribles les unes aux
INTRODUCTION HISTORIOTIE. l3
autres, n'ont eu leur fin que le jour où un pouvoir faible au centre , mais fort dans ses parties , s'est constitué sur le sol. Depuis l'établissement de la féodalité en Europe, il est encore arrivé des invasions, mais il n'y a plus eu de conquêtes. Les Irlandais ne possédaient que des notions très-imparfaites du régime féodal ; mais la division et l'éparpillement sur le sol de la puissance publique, qui est un des caractère» de ce système , était également propre à leur état social. C'est la cause pour laquelle les Danois abordèrent si aisément en Irlande , et ne purent jamais s'établir dans le cœur du pays. A l'arrivée des Anglo-Normands, la même cause a produit les mêmes effets.
• Je crois du reste que cet état social des Irlandais a nui aux Anglo -Normands pour la conquête de l'Irlande, plus encore qu'il ne les avait aidés dans l'invasion. Les Anglo- Normands s'emparèrent sans beaucoup de peine , et par les raisons exposées plus haut, d'une partie du pays; mais ils firent ensuite, pendant plusieurs siècles, de vains efforts pour achever leur conquête. Jusqu'au règne d'Elisabeth, l'espace conquis n'excéda jamais un tiers de toute l'Irlande, et fut souvent moindre. On l'appelait the Pale, à cause des palissades ou fortifications dont ses limites étaient quelquefois entourées . Le Pale se composait d'une partie de Leinster et du sud de Munster ; tantôt une victoire gagnée sur les tribus irlandaises, tantôt un habile traité conclu avec quelqu'un de leurs princes , reculaient les bornes du Pale qui , d'un autre côté , se rétrécissait à chaque revers essuyé par les Anglo-Normands. Les conquérants s'efforcèrent souvent d'agrandir le Pale par des invasions dans les provinces d'Ulster et de Connaught, mais pendant quatre siècles ils en furent toujours repoussés. .Même dans cette partie de l'île que nous appelons le Pale , leur puissance ne cessa pas durant ces quatre siècles d'être contestée, et l'histoire nous y montre une suite non interrompue de rébellions irlandaises , éclatant tantôt sur un point , tantôt sur un autre , et ne laissant pas aux conclue-
[/| INTRODUCTION Hl.sTORIQUE.
ranls , dans le sein même de leur conquête , un seul instant de repos et de sécurité (1).
Les Anglo-Normands étant ainsi arrêtés tout court dans leur marche, le grand intérêt pour les Irlandais devenait de les expulser de l'espace occupé par eux. Mais on va bientôt comprendre que la même cause qui , après avoir favorisé l'invasion des Anglo-Normands , entravait leur conquête , devait les aider à conserver ce qu'i^ avaient conquis.
En effet, à peine arrivés en Irlande, les Anglo-Normands s'étaient posés féodalcment sur toutes les parties dont ils étaient les maîtres (2) ; ils y avaient bâti une infinité de châteaux qui , disséminés çà et là sur le sol , étaient devenus comme autant de forteresses. Les Irlandais et la colonie normande établie au milieu d'eux, se trouvèrent alors respectivement dans une situation mutuelle de force et de faiblesse à peu près équilibrées. Quand les Anglo-Normands voulaient étendre leur conquête , ils rencontraient , semées çà et là, parmi les Irlandais, une infinité de résistances inhérentes à l'état politique de ceux-ci ; lorsque après avoir repoussé et découragé leurs ennemis , les Irlandais entreprenaient de les expulser eux-mêmes des terres formant le Pak, la faiblesse attachée au fractionnement de leurs forces reparaissait, et devenus envahisseurs à leur tour au regard de leurs vainqueurs eux-mêmes , ils échouaient devant la colonie anglo-normande qui, outre l'avantage de lutter contre des agresseurs, faibles parce qu'ils étaient divisés, opposait aux Irlandais ce même éparpillement de forces sociales qui , pour repousser l'invasion , est si puissant. Chacune des deux parties était forte ijuand elle se défendait chez elle, et faible dès qu'elle attaquait son adversaire <liez lui.
(i) "V. M. Gcoghaii , t. II , p. 74, ya, io3, 104, 121, 122, i j*», 14 5,
iGo, 166, 167, 170, 172, 176, 180, <8;), 9<1(), 221, 22^, 92S, 2'>9, 2^2.
(a) M. Gcoghan , t. II, p. 26 et suiv.
lîyTRODTJCTIOlV HISTORIQUE. l5
§ IL — Second obstacle à Vachèvement de la conquête : la situation des conquérants anglo-normands vis-à-vis de V Angleterre, et réciproquement de V Angleterre vis-à-vis de ceux-ci.
La population conquérante renfermait deux éléments bien distincts ; une partie était composée de seigneurs normands occupant en Angleterre une situation secondaire , et qui , les armes à la main, venaient chercher en Irlande des terres et un rang plus élevé : c'était la portion féodale des conquérants , elle s'emparait des campagnes. A la suite de l'armée menaient une foule d'aventuriers de la plus basse classe appartenant aux races bretonne , saxonne et danoise , races conquérantes les unes des autres , toutes conquises par les Normands. Ceux-ci venaient en Irlande pour faire le commerce , ils s'établissaient dans les villes. Les premiers prenaient le sol pour y vivre du travail des indigènes réduits en servage ; les seconds espéraient s'enrichir dans les villes par les professions industrielles. Or il y a eu, dès l'origine , un fait qui , favorable à l'arrivée de ces colons , a été éternellement contraire à leur établissement en Irlande : je veux parler du voisinage de l'Angleterre.
C'est pour des colons , possesseurs d'une terre ou d'un comptoir, une grande chance de succès, qu'ils soient assez éloignés de leurs pays pour être forcés d'adopter la terre conquise comme une patrie nouvelle ; qu'ils n'aient ni la pensée ni les moyens de l'abandonner pour revenir au sol natal ; qu'il leur soit aussi difficile de la quitter qu'il l'avait été d'y venir, et qu'en mettant le pied sur la contrée envahie , ils sentent profondément qu'il leur faudra désormais en demeurer les maîtres , ou laisser leurs vies dans la lutte. Malheureusement telle n'a point été la situation des Anglo- Normands qui , d'Angleterre , sont venus en Irlande. Ces émigrants n'ont jamais quitté leur pays sans esprit de retour ; jamais l'Irlande n'a été pour eux une patrie adoptive ,
l6 INTRODUCTION HISTORIQUE.
ils l'ont toujours prise en quelque sorte à l'essai , et sous la condition de se séparer d'elle s'ils n'en étaient pas contents, l'épreuve, fût-elle malheureuse , n'avait pour eux rien de fatal; ils en étaient quittes pour revenir en Angleterre où ils avaient toujours leurs principaux intérêts. Presque tous les seigneurs normands, qui prenaient des terres en Irlande, ne cessaient pas d'être propriétaires en Angleterre (1); et pour plusieurs marchands des villes, le commerce en Irlande n'était qu'une branche de leur établissement commercial dans une ville anglaise. Pour le seigneur normand , l'Irlande était une ferme ; pour l'aventurier breton, un comptoir : si ni l'un ni l'autre n'y faisaient leurs affaires, ils s'en retournaient sans grand dommage. Il résultaitdecet état de choses qu'un grand nombre des nouveaux habitants de l'Irlande avaient, en arrivant, un intérêt plus ou moins grand à la quitter ; et, alors même qu'ils y demeuraient, c'était toujours précairement et avec l'arrière-pensée de n'y pas rester ; ce n'était point une résidence sincère , définitive ; en se donnant à l'Irlande , ils ne cessaient pas d'appartenir à l'Angleterre ; de là ces perpétuelles allées et venues d'un pays dans l'autre, qui donnent l'apparence à l'Irlande, non d'une colonie anglaise , mais d'un lieu de pèlerinage ; de là ces absences si souvent déplorées des propriétaires d'Irlande , contre lesquelles luttaient en vain l'intérêt du pays et la police du gouverneur anglais (2) ; de là cette population mobile de colons se succédant les uns aux autres avec une incroyable rapidité, et portant tous dans leur Ame la même tiédeur pour la patrie nouvelle, les mêmes sympathies pour la patrie abandonnée,
(i) M. Geoghan, Essai sur l'origine des Anglo-Normands, t. II, p. 68po et siiiv.
(2) En 1295 , sons E'douard I*"', on attribue les maux du pays à l'absence des grands propriétaires qui ne sont point là pour défendre ie pays el leurs domaines. Ricbard II établit une taxe contre les absents. Henri VIII porte contre eux une loi qui confisque les deux tiers de leurs revenus au profit de l'État. V, Gordon, t. I, p. aoo et aSo. — Encyclop. britann. V. Inland, p. /»oo.
C'est pour un établissement nouveau un point de départ funeste quand ceux qui s'emparent du sol ne s'y attachent pas par un lien étroit, et n'y sont pas, pour ainsi dire, enracinés. L'absolue nécessité de vivre sur la terre conquise donne au conquérant une plus grande énergie pour vaincre , et fait naître dans ses rapports avec les vaincus plus de prudence , plus de justice et d'humanité.
Si les Anglo-Normands ne domptèrent point complètement les Irlandais ; s'ils fi rent iniques et cruels en les gouvernant, n'est-ce pas surtout qu'ils ne se considéraient point comme liés sans retour à la destinée du pays conquis, et que , voyant toujours près d'eux l'Angleterre comme une terre amie, , comme un port de salut en cas de naufrage , ils ne furent jamais poussés ni contenus dans leurs actes par le sentiment d'un succès nécessaire et par la crainte d'un échec sans remède? Ce point de départ de la population anglo-normande, établie en Irlande , a eu , sur toute la destinée du pays, une grande influence.
Lorsque les Normands eurent fait la conquête de l'Angleterre , tous les grands vassaux , ayant à lutter contre le pouvoir royal , prirent deux moyens principaux pour accroître leur force : ils formèrent entre eux une étroite union , et ils se mêlèrent aux populations vaincues dans lesquelles ils trouvèrent en dehors d'eux-mêmes un point d'appui.
Les seigneurs normands, conquérants de l'Irlande, n'eurent point un pareil intérêt à agir de même , parce que leur roi résidait en Angleterre. A peine furent-ils maîtres d'une partie de l'Irlande , qu'ils se divisèrent entre eux , et commencèrent des luttes déplorables dans lesquelles l'intérêt général du pays était absolument sacrifié , et où chacun d'eux n'apportait que des vues d'agrandissement personnel. Ces châteaux forts , que tout à l'heure nous les avons vus construire dans un but d'occupation et de résistance , devinrent le théâtre de querelles particulières où les Normands épuisèrent entre eux les forces qu'ils devaient réserver contre l'ennemi commun. Quelques-uns possédaient d'immenses I. -x
l8 INTRODUCTION HISTORIQUE.
domaines et une grande puissance ; ils avaient au milieu de leurs vassaux une existenre presque royale ; leurs fiefs avaient été érigés en palatinats ; ils créaient à leur gré des chevaliers ; ils avaient leurs cours de justice , et nulle autorité n'avait accès sur leur territoire , pas môme celle des officiers du roi (1). Ces grands barons subdivisèrent chacune de leurs possessions entre un nombre infini de sous-tenanciers, auxquels ils firent des concessions de terre à la charge de service militaire , de la même façon que le roi avait fait vis-à-vis d'eux-mêmes (2). Placés loin du seul pouvoir supérieur qui pût les modérer, les grands vassaux, jaloux les uns des autres, parce qu'ils étaient à peu près égaux, aspirèrent mutuellement à se détruire ; et , pendant trois siècles , l'Irlande fut couverte du sang versé pour soutenir ces tristes rivalités. L'histoire de la conquête est toute remplie de la querelle des Burke et des Fitz-Gérald, qui, pendant quatre cents ans , divisa la colonie (3). Ainsi l'Irlande avait à peine échappé aux premières violences de la conquête, qu'elle tomba dans toutes les misères de l'anarchie féodale {k) , et l'anarchie féodale fut plus désastreuse en Irlande qu'ailleurs, parce que , loin de leur seigneur suzerain, les vassaux normands se livraient sans frein et sans réserve à toutes sortes de désordres et d'excès (5). C'était une féodalité sans roi. Ainsi abandonnés aux conseils de leur égoïsme , les conquérants perdirent de vue l'intérêt commun ; aucun plan général ne présida à la conquête; chacun se consola de voir s'affaiblir la puissance de tous, pourvu que la :^ienne propre fût augmentée, et celui qui avait agrandi son domaine se souciait peu que le cercle des possessions anglaises en Irlande se fût rétréci. Il n'y avait pas une cause d'accroissement pour
(i) Leland, t. I, p. ^.gr. — Davis . discovery. — Goid., t. I. — Mém. de lord Charlemont, t. II, p. 45o. (a) Plowdeii, t. I. p. 38.
(3) M. Geoglian, t. II, p. 7G-82-i2i-a3o. **
(;)T. Hardiman.Hist. ofGalway, p. 56.
(5) V. LelaJïd, t. T. p. 523.
les individus, qui ne fût, pour la masse, une cause de ruine. Situation étrange! les vassaux du roi d'Angleterre, en Irlande , étaient trop loin de lui pour être contenus par son autorité ; et cependant ils en étaient assez près pour lui demander de l'appui toutes les fois qu'ils pouvaient en avoir besoin. De là une triste conséquence : c'est que leur tyrannie , qui n'était tempérée par aucun pouvoir supérieur, pouvait s'exercer impunément sur tous les habitants de l'Irlande. Ils n'avaient qu'un faible intérêt à rendre heureuses les populations dont le secours contre le roi ne leur était pas absolument nécessaire ; et ils pouvaient les opprimer sans réserve, parce que le secours du roi contre elles leur était assuré.
On voit combien d'obstacles à la conquête naissaient de cette situation première des conquérants anglais vis-à-vis de l'Irlande. D'autres difficultés non moins graves résultaient de leur situation vis-à-vis de l'Angleterre.
Dès le premier jour de l'invasion , on vit éclater une collision violente entre deux intérêts bien distincts, l'intérêt des seigneurs normands , auteurs de la conquête , et celui du roi d'Angleterre.
Les seigneurs normands devaient, pour arriver à leur but, subjuguer entièrement les pays envahis , occuper les terres , réduire en servage les indigènes , et , une fois maîtres des populations , les gouverner avec équité , se fondre peu à peu avec elles, en un mot conserver, par la paix et par la justice, ce qui avait été obtenu par toutes les violences et toutes les iniquités de la guerre. C'est à ce prix seulement que la conquête , toujours fondée sur l'usurpation , peut se légitimer par les siècles.
D'un autre côté , les rois d'Angleterre craignaient que , si leurs vassaux normands pactisaient trop étroitement avec les populations irlandaises, et se fendaient tout à fait avec elles, il naquît de ce mélange un peuple nouveau , assez fort pour se rendre indépendant, trop voisin pour n'être pas redoutable.; ils pensaient , que si au contraire , les conquérants ne cessaient jamais d'être Aiiglais ; s'ils ne se confondaient ja-
20 l\rROni:( TION JI IS T< )n lOlK.
mais avec les indigènes . et restaient comme des intermédiaires entre ceux-ci et l'Angleterre ; si, en un mot, ils demeuraient de simples colons sous la tutelle de la mère-patrie , alors l'Irlande conquise ne causerait à l'Angleterre aucune alarme, et ne serait plus pour elle qu'une possession précieuse.
Tout le mal est venu, dans l'origine, de cette opposition d'intérêts ; il en est résulté, pour l'Irlande, un gouvernement mixte, semi-féodal, semi-colonial, dont le roi était trop éloigné pour que ce fût une féodalité bien réglée , et où il y avait des vassaux trop forts pour que ce fût une colonie royale obéissante. On voit pendant quatre siècles se continuer, avec des chances diverses de fortune , ce conflit des rois anglais et de leurs vassaux ; et, par suite de ces vicissitudes , l'Irlande conduite tantôt par la féodalité anglo-normande, qui, au milieu de ses mauvaises passions, cédait souvent à l'intérêt de tous les vainqueurs, qui est de se mêler aux vaincus, tantôt par le pouvoir royal, qui croyait ne pouvoir conserver sa puissance sur les vaincus et les vainqueurs qu'en les empêchant de s'unir.
A peine Henri II sait-il les heureuses expéditions, d'abord de Fitz-Stephen , puis de Strongbow, qu'en sa qualité de roi il en revendique l'avantage ; et, voulant assurer ses droits, il rappelle en Angleterre ses vassaux conquérants, leur défend de poursuivre la conquête , et , pour l'achever lui-même , il se rend en Irlande.
Il est permis de s'étonner que Henri II , si jaloux de maintenir sa supériorité royale sur ses sujets conquérants de l'Irlande , ait cependant , le premier, fondé à leur profit cette puissance féodale , qui , plus tard , fut rivale de la sienne. Tout le pouvoir leur vint , en effet , des grandes distributions de terres qu'il leur fit ou leur laissa faire (1) ; mais Henri agit ainsi parce qu'il ne pouvait agir autrement.
Une conquête ne se faisait point au moyen-ûge comme
fi) PInwfIcn. I. I. ]>. T«.
elle se pratiquerait aujourd'hui. De notre temps , le prince qui s'empare d'un pays y place une armée soldée et permanente ; et, soit qu'il aide ses sujets à devenir colons, soit qu'il laisse la possession du sol aux indigènes , il demeure avec ses soldats maître du pays conquis.
Rien de semblable ne pouvait arriver à une époque où le roi ne possédait ni armée permanente, ni soldats proprement dits. Ses forces militaires ne lui appartenaient point personnellement , mais lui étaient fournies par ses vassaux , qui , en échange des terres concédées , lui rendaient la prestation d'un service militaire renfermé dans d'étroites limites. L'arr mée féodale ne pouvait être requise par le roi que dans des cas déterminés. Obligée aune guerre de résistance, elle n'était point tenue à une guerre d'invasion. Lors donc qu'une entreprise de conquête se pratiquait, tous ceux qui accompagnaient le roi lui étaient soumis sans doute dans l'ordre de la hiérarchie féodale ; mais nul n'était tenu de le suivre ; et , quand ses vassaux venaient le joindre en pareil cas , c'était à la condition expresse ou sous-entendue que le pays conquis serait partagé entre tous , selon l'importance du rang de chacun. Henri II n'aurait pu conquérir l'Irlande sans ses vassaux ; sans eux, il ne pouvait la conserver ; or, il ne pouvait payer leurs services passés et s'assurer de leur dévouement à venir qu'en leur donnant des terres ; il leur distribua toute l'Irlande, sauf les réserves royales (i) ; à ce prix il eut une armée (2).
La difficulté était, en leur donnant une puissance qu'il ne pouvait leur refuser , de conserver la sienne ; ici nous voyons reparaître un fait , qui se représente sans cesse dans l'histoire de l'Irlande , et qui , sous quelque face qu'on l'envisage , est toujours ou un malheur ou un embarras ; je veux parler de la situation géographique de l'Irlande vis-àvis de l'Angleterre. Tout à l'heure quand nous considérions
(i) Plowden, t. I, p. 33.
(2) Mi;c Cieoglian, t. II, p. 22-139-140. Vo\ez Je quelle mauiè:e Edouard III couvotjiie l'armée féodale.
2 a INTRODUCTION HISTORIQUE.
la condition en Irlande des Anglo-Normands , possesseurs de terres ou marchands , nous avons reconnu que rien ne leur était plus contraire que l'extrême voisinage de l'Angleterre. Maintenant, si nous prenons un autre point de vue, celui de l'intérêt royal , nous trouverons qu'au lieu dï-tre trop près , l'Irlande était trop loin. A vrai dire , par le fait seul de l'absence du roi , ses vassaux se trouvaient indépendants et placés hors d'atteinte de son autorité ; aussi disaiton des sujets du roi d'Angleterre en Irlande , qu'ils étaient plus Irlandais que les Irlandais eux-mêmes : Ipsis Hi/ùeniis Hyberniores (1). Nous avons vu plus haut quel triste usage les grands vassaux faisaient de cette indépendance, et comment ils poursuivaient leurs desseins égoïstes au mépris du pouvoir royal. Ils n'avaient avec le roi qu'un intérêt commun , sur lequel ils avaient coutume de tomber d'accord : c'était quand l'existence de la colonie anglaise étaittellement menacée que lès vassaux couraient le risque de perdre leurs iiefs , et le roi sa seigneurie. Mais, dès que la possession anglonormande était affermie, la querelle recommençait entre les Normands , qui, n'ayant plus besoin du roi, se dérobaient à son pouvoir , et le roi qui, voyant la conquête assurée , ne craignait pas d'affaiblir les conquérants.
Le roi eût sans doute triomphé sans peine dans cette lutte, s'il avait pu , sinon résider toujours en Irlande , du moins y venir souvent montrer sa puissance. Mais il est à remarquer que depuis la conquête jusqu'à Elisabeth, c'est-à-dire pendant tout le temps et au delà que comprend notre première époque , les rois d'Angleterre n'ont pas eu un seul instant de loisir politique soit au dedans , soit au dehors. A peine Henri II a-t-il faij, acte de possession en Irlande, qu'il est rappelé au sein de son empire par de plus grands intérêts ; sa présence, utile dans la nouvelle conquête pour régler des ambitions naissantes , devenait indispensable en Angleterre où ses barons ébranlaient son trône ; en France où la Nor-
(r) Plowden , 1. 1, p. 38.
INTRODUCTION HISTORIQUE. a3
mandie était menacée ; en Ecosse, dont l'armée allait fondre sur l'Angleterre, dès que le roi d'Angleterre serait en France. Cette situation se continue et ne fait que s'aggraver après lui, sous le règne de Jean-sans-Terre, vaincu par Philippe-Auguste , qui le chasse de France : par ses barons qui lui extorquent sa grande charte, par le pape dont il devient le vassal : sous le règne de Henri III , tout entier à sa lutte contre la féodalité plus forte que lui ; sous Edouard P"^ et sous Edouard II, le premier, vainqueur des barons , le second, vaincu par eux , tous deux absorbés par cette grande querelle , au milieu de laquelle il leur faut tenir tête à Wallace et à Robert Bruce ; sous le règne d'Edouard III , dont les armes , capables de vaincre la France féodale , sont impuis- " santés à la conquérir; sous Richard II, qui voit pendant son règne finir la puissance des Anglais en France et commencer en Angleterre la guerre des Roses... Et puis quand est venue cette guerre meurtrière des Roses, elle a suffi à l'Angleterre pour lui prendre tout son sang et toutes ses forces (1). Aucun des rois qui se sont succédé pendant ce drame terrible pouvait-il , dans l'intérêt de son pouvoir en Irlande , quitter l'Angleterre où sa vie n'était pas moins menacée que sa couronne ?
Placés dans l'impossibilité absolue de gouverner eux-mêmes la colonie anglo-irlandaise , les rois d'Angleterre furent obhgésde déléguer leur autorité à un agent; mais ce fut encore un malheur pour eux de ne pouvoir jamais trouver que de mauvais mandataires. Leur représentant , qu'ils appelaient tantôt vice-roi, tantôt lord-justicier ou lord-lieutenant, était en général ou trop faible ou trop puissant (2). S'ils le choisissaient parmi les grands vassaux d'Irlande, ils ne trouvaient point en lui l'instrument qu'il leur fallait pour réprimer les seigneurs normands ; grand feudataire lui-même , il faisait
(i) Encyclopédie britaun. V. Ireland, p. 36r. — Gord. 1. 1. (2) Il ne prenait d'aiikurs la charge de vice-roi que comme un moyeo de faire sa fortune en Irlande. V. Leland, t. II, p. ii.
^4 IJNTRODUCTION UlSTORIQUi:.
cause commune avec ses pareils , et tournait contre le roi les armes que celui-ci lui avait remises pour combattre la féodalité (1). Si, pour échapper à ce péril, le roi prenait pour son lieutenant un homme moins considérable , un simple chevalier , dont la valeur fût toute personnelle , alors cet agent, qui n'était quelque chose que par la conûance du roi et son propre mérite , n'avait aucune inlluence sur les grands vassaux qu'on le chargeait de gouverner.
Henri II, Jean-sans-Terre et Richard II, sont les seuls rois d'Angleterre qui pendant quatre cents ans , à partir de l'invasion , se soient montrés en Irlande ; encore ne (irent-ils qu'y paraître , et furent-ils toujours rappelés en Angleterre par quelque intérêt plus grand encore que la paix de l'Irlande. En 1395, dit avec candeur un historien , l'Irlande allait décidément être conquise par Uichardll, lorsque l'invasion en Angleterre du duc de Lancastre le força d'y revenir lui-même (2).
On voit quels obstacles infinis et sans nombre , provenant soit de la situation des colons anglo-normands vis-à-vis de l'Angleterre , soit des rois d'Angleterre vis-à-vis de la féodalité établie en Irlande , s'opposèrent à la conquête de ce pays.
§ III. — Troisième obstacle à la conquclc. La condition faite aux indigènes par les conquérants.
Le grand intérêt des Anglo-Normands après l'invasion de l'Irlande était, ainsi qu'on l'a dit plus haut , de s'unir aussi rapidement que possible avec les indigènes, et de se fondre avec eux au sein d'une communauté complète de sentiments, d'idées et d'intérêts. La victoire lie matériellement les vaincus aux vainqueurs, mais une alliance morale entre eux peut seule assurer la conquête.
Or . le premier moyen qui s'offre à des conquérants pour
(i) Li-laii(l , t. 1, p. 227.
(u) Mue (ieoglian, t. II, \^. idi. -,
semer parmi le peuple vaincu des germes d'union et de sympathie mutuelle , c'est de faire participer celui-ci aux avantages sociaux et politiques du gouvernement établi , et d'abord de le placer sous le régime du droit commun. Or , soit orgueil ou égoisme, soit impuissance, les Anglo-Normands ont, pendant plus de quatre siècles , adopté et suivi à l'égard des indigènes irlandais une marche absolument opposée.
Les Anglo-Normands, à peine établis en Irlande, y possédèrent tout aussitôt de certains privilèges et de certaines libertés propres à la société féodale , et que les rois d'Angleterre n'eussent probablement point eu la volonté de leur contester , alors même qu'ils en auraient eu le pouvoir. Ils eurent des droits bien reconnus, des garanties formellement stipulées, et des institutions aussi libres en principe que celles de l'Angleterre : le jugement par jury s'établit avec eux en Irlande ; ils y firent leurs lois dans un parlement irlandais, composé de seigneurs et de bourgeois , c'est-à-dire de lords et de communes ; peu de temps après que la grande charte eut été proclamée en Angleterre , on vit aussi son empire reconnu en Irlande. Mais, en recevant ces libertés, les Anglo- Normands d'Irlande les gardèrent pour eux , et n'en étendirent point le bienfait aux populations irlandaises soumises à leur domination.
La population, vaincue dans laquelle l'esprit national était profondément enraciné , n'éprouvait naturellement aucune disposition à prendre la loi nouvelle du vainqueur; elle aimait ses traditions antiques , ses vieilles coutumes (1) , et pour obtenir qu'elle adoptât leurs lois , ce n'eût peut-être point été trop de tous les efforts des conquérants. Cependant, au lieu de travailler à les lui donner , les Anglo-Normands , ou plutôt les rois d'Angleterre auxquels ceux-ci étaient forcés d'obéir , se montrèrent absolument opposés à ce qu'elle y fût soumise.
(i)Lelaiid, t. I, p. 2'.>,5. — Tlitn ncillier ch'imeci nor eiijoyed tlie beiielils ol" the eIi^lish coiislilution.
a6 INTRODUCTION HISTORIQUE.
On a vu plus haut quel intérêt le roi d'Angleterre avait à s'opposer à l'union des Anglo- Normands et des Irlandais indigènes , qu'il craignait de voir tour à tour trop forts , et dont la division lui assurait la faiblesse.
Les barons normands de leur côté , qui se livraient à de grands désordres, et faisaient peser sur la population indigène une dure oppression, étaient intéressés à ce que celleci ne pût invoquer contre eux la protection de la loi anglaise, dont ils violaient sans cesse les commandements (1).
Ainsi, après les premiers chaos de l'invasion, la population anglo-normande et les Irlandais indigènes, au lieu de tendre à se mêler par des habitudes de vie commune , ne cessent pas de former deux peuples séparés, ayant chacun son gouvernement distinct et ses lois propres (2).
Cette séparation posée par les lois dans la société politique s'introduit la même dans la cité sous l'empire des règlements municipaux.
Immédiatement après la conquête, il s'était établi dans les villes d'Irlande des populations anglo-normandes , qui , venues là dans un but de commerce et d'industrie, ne tardèrent pas à s'attribuer le monopole de l'un et de l'autre. Ces villes reçurent successivement des chartes qui leur conféraient de certains privilèges, et les constituaient des corporations municipales.
Comme l'intérêt unique et exclusif d'une ville toute composée de marchands est un intérêt de commerce , on comprend sans peine que les corporations municipales d'Irlande
(i) Leiand, 1. 1, p. 225.
(2) V. aussi Hardimau, Hislory of Galway, p^ÔS. — No fact is l)etter autliciiticated than that , for many centuries, llie native Irish continued to euacl laws iu iheir own districts lo prevent any intercourse wliatever with Ihe eogtish sultlers, wliu<>c rapacity and want of priiiciple, says tlie historian , «cre so uotorious that they became proverbial.
With onc of englisb race no riieiuUbip niake; Sbouldst tlioit destruction will tbee overtakc ; He'll lie in ^vait to ruin tbee, when hc cita: Sucb is tbe friendship of an Eaglisb man
llNTÎlODUCT[ON HISTORIQUE. 2'J
ne furent par le fait que des corporations commerciales. Or, ces corporations suivirent aussitôt le penchant naturel à tous les corps privilégiés, qui est une tendance exclusive.
Les villes anglo-normandes étaient bien intéressées sans doute à faire le commerce avec les indigènes, mais elles eurent, dès l'origine, un double intérêt à exclure les Irlandais de leurs murs : le premier, parce que les statuts royaux leur prescrivaient de le faire , et qu'elles ne pouvaient impunément enfreindre la paix du roi (1); le second, parce qu'admettre un citoyen de plus dans leur sein , c'était introduire chez elles un concurrent commercial (2). De sorte que, tout en s'efforçant de lier avec les indigènes des relations de commerce, elles se gardaient bien de faire participer ceux- 'ci à leurs privilèges commerciaux.
Ainsi les Irlandais indigènes , que les lois générales excluaient de l'État, étaient aussi repoussés de la cité.
Telle est cependant l'irrésistible sympathie qui porte à s'unir les populations les mieux séparées , qu'en dépit de tous ces obstacles , les Irlandais et leurs vainqueurs s'efforcèrent maintes fois de se rapprocher. Et comme la loi anglaise ne permettait pas à l'Irlandais de devenir Anglo-^'ormand, il arriva que l'Anglo-Normand se fit Irlandais : le vaincu ne pouvant prendre la loi du vainqueur, ce fut celuici qui alla prendre la loi du vaincu.
«On voit bien, dit sir John Davis, par le préambule du « statut de Kilkenny (rendu en 1366 sous Edouard III), que « les Anglais d'Irlande étaient à cette époque devenus tout « à fait Irlandais dans leur langage , dans leurs noms , dans « leurs costumes, dans toutes leurs mœurs; qu'ils avaient « abandonné leurs propres lois pour se soumettre à celles « des Irlandais, avec lesquels ils avaient formé, par mariage
(i) Hist. ot'Galway, p. 60-80.
(2) V. Peines portées par la corpQraUon de Galway contre ceux qui eutrelienueut de certains rapports coromerciaux avec des Irlandais , ceux qui les font entrer dans la vjlle, etc. Hist. of Galway, p. *J4, 199, 201, aoa , 2o5 , ai3.
« OU autrement, plusieurs alliances tendant à la ruine et à la « destruction de la colonie (1). »
Ainsi , au mépris des statuts royaux , les vassaux anglais d'Irlande, s'abandonnant à leurs penchants naturels, s'étaient, au quatorzième siècle, tout à fait incorporés aux populations indigènes.
Mais ces efforts d'union, considérés comme dangereux par le roi d'Angleterre, furent bientôt énergiquement combattus. Edouard III déclara incapables d'être propriétaires tous les Anglais nés en Irlande , mit à leur place des Anglais nouvellement arrivés d'Angleterre, et enfin fit adopter dans un parlement anglais composé de ses créatures le fameux statut de Kilkenny (2).
Par cet acte, il était interdit, sous les peines de la haute trahison, de contracter avec les Irlandais aucune alliance par le mariage , de former avec eux aucune association , et de viyre selon leurs lois. La conflscation et l'emprisonnement attendaient tout Anglais qui adoptait le costume des Irlandais , laissait, comme eux, sa barbe pousser sur la lèvre supérieure (3), partait des vêtements de plusieurs couleurs, prenait un nom du pays, et en parlait la langue. L'Anglais qui permettait à un Irlandais son voisin de mener son bétail paître sur ses terres se rendait coupable d'un délit. Il était sévèrement défendu d'admettre dans les emplois publics un individu d'origine irlandaise (4).
(i) V. Plowden, t. I, p. 4r. — Leland, t. II, p. 1 19, dit : Whalever causes may be .issigned fov it , the old english race Lad by this ( Henri VII, i.'igi) proceeded so far to a coalition witb the old natives, ihat cven in ihe Paie and ilie verv seat of the govcrnment'the Irish nianneis and lanjîuage were generally prédominant.
(2} V. F.nryclop. l;rilannica. V. Ireland, p. 358. — Leland, t. I, p. Sao. 'Q) Plowden, p. 40.
(4) Leland, t. I,p. Z10. — Encyclop. britann. V. Ireland, p. 358. — Gord., t. I, p. 276-287. — Mac-Geoghan, t. II, p. i43-i8o. — Plowden, t. I, p. 35-4o.— Celte prohibition est renouvelée sous Henri VII. V. Leland, t. II, p. 106.
INTRODlICTrON HTSTORIOIJE. 9.9
Ces prescriptions n'étaient point de vaines menaces. Le comte de Desmond , l'un des p!us grands barons anglo-normands d'Irlande, fut, sous le règne d'Edouard IV, condamné à mort et exécuté pour avoir épousé une femme de sang irlandais (1).
Ainsi se brisait, quand il était prêt à se former, le lien destiné à unir les conquérants au pays conquis.
Ainsi, la politique de l'Angleterre en Irlande s'opposant à ce que les Irlandais devinssent Anglais et à ce que les Anglais se mêlassent aux populations indigènes, force fut bien pour les vaincus de demeurer ennemis. Aussi les voit-on rester tels, et, après mille soumissions sincères ou simulées, ro- .commencer incessamment de nouvelles luttes, incapables, il est vrai, d'amener leur afifranchissement , mais suffisantes pour rendre singulièrement lourde et précaire la conquête de leurs vainqueurs.
Deux faits prouvent mieux que toute autre chose les tristes effets du régime adopté par les Anglais pour le gouvernement de l'Irlande.
En 1406, plus de trois cents ans après l'invasion, on vit les Irlandais guerroyant aux portes de Dublin et ravageant impunément les faubourgs de la cité (2) ; et au milieu du règne de Henri VIII , quand ce prince est à l'apogée de sa puissance, le Pale de la colonie est réduit à un rayon de vingt milles (3) (environ sept lieues).
(i) Mac-Geoghan , t. II, p. 192. — Encyclop. britann., p. 36o. — Il est à considérer toutefois que l'alliauce de Desmont aveciine Irlandaise fut plutôt le prétexte légal que la cause réelle de sa condamaaiion. Son grand crime aux yeux d'Edouard IV, qui appartenait à la maison d'York, était d'être du parti de Lancastre. Dans les temps de guerres civiles, le parti vaincu n'a rien tant à redouter que les vieilles lois tombées eu désuétude à cause de leur cruauté même , ou délaissées comme inutiles ; c'est toujours là que le despote ou le tyran vont chercher leurs armes,
(2) M. Geogban, t. II, p. 167, 207, aop et 216.
(3) V. Gord., t. I.