PREMIÈRE PARTIE, CHAP. II, SECT. III , § I. Siy
de rente; les archevêques près de 200,000; l'évéque de Derry en a plus de 3oo,ooo (r), et l'archevêque primat d'Armagh environ 400,000 (2); le revenu du doyen de Derry est presque de 100,000 francs (3).
Rien ne manque aux prélats de l'Église d'Irlande pour leur faire une vie douce , agréable et brillante. On ne saurait imaginer un plus beau palais que celui de l'archevêque d'Armagh. Voici comment un protestant anglais, M. Inglis, qui parcourait l'Irlande en i834, décrit la résidence de l'archevêque de Cashel (4), le plus pauvre des archevêques d'Irlande, et qui n'a que 161,000 fr. de rente (5) :
« Son palais, dit-il, est environné de jardins déli- « cieux ; là se trouve réuni tout ce qui peut enivrer « les sens; des parterres de fleurs charmantes, ence tremêlées des arbustes les plus rares ; çà et là des « plantes d'une infinie variété; plus loin , des bos- « quets solitaires embaumés de toutes sortes de «parfums; plus loin encore, d'admirables rochers « surmontés d'une antique et superbe ruine qui s'é- « lève au milieu d'un réseau fleuri de lauriers, d'ac- « cacias , de lilas et d'ébéniers. Une voie secrète « conduit des jardins aux rochers; c'est par là que « se dérobant aux yeux de son troupeau, le saint « pasteur peut se retirer dans ce lieu solennel, où il « médite en paix sur l'insuffisance des biens de ce « monde. »
L'auteur de cette description ironique ajoute que le prélat est archevêque protestant d'une ville qui compte sept mille habitants, et où il n'y a guère que cent cinquante protestants. Disons aussi que, dans toute la province ecclésiastique dont Cashel est
3l8 CAUSES DE MISÈRE. SOCIÉTÉ CIVILE.
le chef-lieu, les protestants ne sont vis-à-vis des catholiques que dans la proportion de cinq sur cent (i).
Ainsi voilà un pays où, chaque année, la moitié de la population est affamée, et où -2 2 millions sont dévorés annuellement par les ministres d'im culte qui n'est pas celui du peuple.
Quelles que soient les objections contre les grandes richesses d'un clergé, on conçoit cependant que, même dotée de grands biens , une Eglise soit populaire et bienfaisante , lorsque le culte qu'elle représente est celui de la nation elle-même.
La nation, quand elle est religieuse, peut se plaire à entourer de splendeur et de magnificence les prêtres de sa foi. Plus le ministère est élevé , plus elle aime à grandir le ministre. Chez un peuple croyant, le prêtre est l'intermédiaire sacré entre Dieu et l'homme. Sans lui, point de culte public, point de prières solennelles. Le prêtre bénit l'homme à son berceau; quand l'honmie prend une compagne, c'est le prêtre qui bénit son union ; le prêtre assiste l'homme dans toutes les phases de la vie; il ne sait rien des joies du riche, mais il ne manque à aucune de ses misères ; le prêtre entend le premier et le dernier cri de l'homme.
C'est encore le prêtre qui instruit le peuple et lui enseigne les connaissances propres à l'aider dans ce monde, en même temps que la science de l'autre vie.
Le peuple , qui reçoit du prêtre l'intelligence des choses divines et humaines, fait en retour à celui-ci une existence digne et brillante.
Et puis il y a communément dans les fortunes