PREMIÈRE PARTIE, CHAP. II, SECT. III, § I. SlQ
d'église un principe de charité exprès ou tacite qui les protège contre le scandale apparent de leur énormité : ce principe, c'est la présomption que l'Église n'a que le dépôt et la distribution des biens qui lui sont confiés. L'Eglise est la patrone naturelle de l'indigent. Il semble qu'on ne puisse la faire trop riche , puisque ses trésors seront ceux du pauvre. Quelle que soit la libéralité des institutions politiques, il est une infinité de misères individuelles qui leur échappent, et que la charité seule sait découvrir et soulager. Une Eglise, c'est la charité religieuse organisée. Entendue ainsi l'opulence d'une Église se comprend sans peine, si elle ne se justifie pas.
Mais comment s'expliquer les immenses richesses d'une Église qui n'est point celle du peuple; qui non seulement ne fait rien pour le peuple, mais encore dont le peuple ne veut rien recevoir? Comment comprendre les énormes revenus d'un clergé institué pour le soin des âmes, for the cure of soûls, ainsi que disent les décrets constitutifs de son organisation, et qui vit au sein d'une population à laquelle ses secours spirituels seraient odieux? Que veut dire ce soin d'instruire le peuple confié à des hommes dont le peuple repousse la parole? Que signifie le dépôt de la charité publique remis à un clergé qui ne saurait sympathiser pour les misères temporelles de ses ennemis religieux ?
L'établissement de l'Église d'Irlande n'est utile en réalité qu'au petit nombre de protestants anglicans eux-mêmes, dont elle satisfait les besoins religieux, et qui paient d'autant moins cher pour les frais et
l'entretien de leur culte, qu'ils y font contribuer toute la population à laquelle ce culte est étranger. Si les anglicans, qui sont en Irlande au nombre de huit cent mille, payaient seuls leur Église , elle leur coûterait annuellement à chacun, terme moyen, I livre sterling ; mais, moyennant que six millions et demi de catholiques et six cent mille dissidents en font les f Vais, la charge n'est plus pour chacun que de 2 shillings. Singulière base pour une église, que ce système suivant lequel on dépouille le pauvre pour aider le riche !
Une aristocratie généreuse ou habile doterait de ses deniers une Église , afin que cette Église , son alliée, son amie, son intermédiaire entre elle et le pauvre, adoucît pour le peuple les injustices et les rigueurs de l'inégalité; mais voici une aristocratie cherchant son appui dans une Église qui ne sert qu'à elle, et dont le fardeau pèse sur le peuple.
Telle est cependant l'institution à laquelle est lié le sort de l'aristocratie irlandaise !
Et le nœud qui les attache l'une à l'autre n'est pas seulement moral, religieux et politique; les ministres protestants n'ont pas seulement le même culte, les mêmes intérêts, les mêmes passions, que les grands propriétaires du pays ; mais ils remplissent encore les mêmes fonctions administratives et judiciaires. Un grand nombre de ministres anglicans d'Irlande sont juges de paix (r); c'est-à-dire , en d'autres termes, que les catholiques sont placés sous la juridiction civile des hommes d'église dont ils repoussent la juridiction religieuse.
Ainsi le catholique irlandais, qui ne connaissait