PREMIÈRE PARTIE, CHA.P. II, SECT. IIJ, § J. SaS
L'Université d'Irlande, établie à Dublin, est fondée sur les mêmes principes qui servent de base à celle de Cambridge et d'Oxford, en Angleterre.
On se tromperait étrangement si l'qn voyait, dans les Universités d'Angleterre et d'Irlande, rien qui ressemble à l'Université de France (i).
L'Université, en Angleterre, n'est point comme chez nous une institution gouvernementale, distribuant l'enseignement selon des procédés uniformes, au moyen d'une infinité d'écoles dépendantes, dont une administration supérieure fait le centre : non. Une Université anglaise n'est elle-même qu'une école dont toutes les autres écoles sont indépendantes, et elle est toute en dehors du gouvernement qui n'a pas même sur elle le droit de surveillance. Supposez l'École de droit , l'École de médecine, la Faculté des lettres, et la Faculté des sciences réunies en un sei;l établissement qui ne subirait aucune autorité supérieure et n'en exercerait aucune audessous de lui, et vous aurez qpelque chose d'analogue aux Universités d'Oxford, de Cambridge et de Dublin. Ce n'est point un établissenient d'instruction générale, populaire; c'est une école d'enseignement qui n'a pour siège qu'une seule ville, et où se font les hautes études par lesquelles on obtient dçs degrés dans les sciences, dans les arts et dans les lettres.
Cette école est politique, en ce sens qu'elle a seule le pouvoir de conférer des gracies et des diplômes, tels que ceux de bacheliers et de docteurs en médecine, en droit, en théologie. On peut sans doute apprendre à lire et à écrire autrement que par un professeur universitaire ; mais si l'on n'a pas
un brevet de l'Université, on ne peut être ni avocat, ni médecin, ni magistral, ni ministre religieux (i). C'est une institution de haut enseignement, dont les écoles secondaires et primaires sont entièrement indépendantes; que l'État ne dirige point, quoique sans elle on ne puisse rien être dans l'Etat.
Bien que restreintes dans une étroite limite, les Universités anglaises constituent donc un monopole. Dans l'origine elles étaient ouvertes à tous. Comment, enetfet, concevoir une institution d'enseignement, investie du droit exclusif de conférer de certains privilèges sociaux, et auprès de laquelle tous les citoyens n'ont pas un libre accès? C'est cependant ce qui arrive aujourd'hui. Les Universités anglaises sont essentiellement protestantes , et en principe général, il faut non-seulement être protestant pour jouir de leur bienfait, il faut encore être anglican. L'Université a réglé qu'elle ne recevrait dans son sein que des membres de l'Église anglicane; l'Église a résolu de son côté que, pour être appelé à un office ecclésiastique quelconque, il faudrait avoir été élevé dans l'Université; c'est un contrat synallagmatique qui assure à l'Église un enseignement ortliodoxe, et fait de l'Universilé un séminaire pour l'Eglise. L'Université, jadis accessible à tous, est devenue l'école d'une secte. On attaque beaucoup l'Université en Angleterre, et l'on s'étonne do son immobilité devant les coups qui lui sont portés; on ne voit pas que c'est l'Égiise même qui en est cause. Ouvrez l'Université à toutes les croyances religieuses, ce ne sera plus un séminaire anglican. C'est ainsi que l'Université, indépendante du gouvernement, y tient