‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 4)Chapitre 89 sur 126 · PREMIÈRE PARTIE j CHAP. II, SECT. III, § I. 3a · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE j CHAP. II, SECT. III, § I. 3a

cependant étroitement par le lien qui l'attache à l'Eglise , unie elle-même si intimement à l'aristocratie qui gouverne l'État, Ceci explique comment l'Université a subi toutes les transformations que le gouvernement politique du pays a éprouvées. Ainsi l'Université d'Oxford et celle de Cambridge ont été tour à tour catholiques et protestantes, et exclusivement l'un ou l'autre, selon qu'Henri VIII ou Marie, ou Élizabeth ont été sur le trône d'Angleterre. Le gouvernement, en Angleterre, n'administre aucunement l'Université, mais il ne permet pas à celle-ci d'exister contrairement au principe politique de l'État.

Le principe dominant de la constitution étant l'aristocratie, il est naturel que les Universités anglaises soient non-seulement protestantes et anglicanes, mais encore profondément aristocratiques. Pour jouir des bienfaits universitaires , il faut nonseulement être protestant suivant le rit anglican : il faut encore être riche ; c'est une nécessité consacrée par les mœurs anglaises... Les Universités, en Angleterre, sont le rendez-vous de toute la jeunesse destinée à gouverner l'État et l'Église, et déjà , dans ces établissements, les rangs de chacun sont marqués, les élèves y sont classés en trois catégories distinctes , résultant de leurs conditions , les noblemen^ les gentlemen commoners et les commoners. La hiérarchie sociale et politique est ainsi observée dans l'école : c'est tout l'opposé de nos institutions universitaires , où toutes les classes sont si parfaitement mêlées. La supériorité de la naissance est reconnue dans la classe des noblenien : c'est l'aristocratie

titrée; celle de la fortune, dans la classe des gentlemen comniojiers , qui ne diffère de la troisième que par le prix plus élevé de la pension; au fond, tous sont soumis au même régime et au même traitement, mais en payant plus, on s'élève d'un degré. L'Uni- Versité fest, pour les élèves, l'occasion de liaisons distinguées et utiles pour l'avenir, et chacun cherche dans sa fortune un moyen de former de brillantes relations. On rie se doute pas , en France, de tbut ce qu'en Angleterre il y a d'avantage à être riche et d'ignominie à être pauvre. L'Université anglaise est donc une institution où l'Eglise et l'aristocratie se confondent; c'est une pépinière pour l'Église anglicane, et où sont reçus des étudiants laïques, à la condition qu'ils soient protestants et riches; ceux qui n'entreront point dans l'Eglise rempliront un jour tous les postes civils et politiques de l'État. Quoiqu'il existe dans les Universités d'Angleterre une infinité d'abus, on ne saurait nier qu'elles ne soient en grand renom dans ce pays ; leur principale qualité est de n'être accessibles qu'à un petit nOlnbre: c'est un mérite aristocratique; c'est ce qui fait qu'elles sont assiégées par quiconque croit avoir une fortune suffisante pour arriver jusqu'à elles, et souvent par ceux-là même qui se ruinent en faisant cet effort; les abus, les ^nces de l'institutibn même sont depuis quelque temps attaqués avec force et méritent de l'être (i); mais l'institution est après tout nationale; c'est un foyer d'anglicanisme et d'aristocratie dans un pays qui est encore anglican , et qui est essentiellement aristocratique.

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