PREMIÈRE PARTIE, CHAP. II, SECT. III, § I
En Irlande , l'Université de Dublin , fondée jadis par la reine Elisabeth, dotée des confiscations portées conîre des monastères catholiques (i), riche aujourd'hui d'un revenu de plus de deux millions de francs, repose sur le même principe protestant qui sert de base aux Universités anglaises. Il est juste toutefois de reconnaître que théoriquement elle est moins intolérante que ne le sont celles-ci : non-seulement ses statuts lui permettent d'admettre dans son sein des étudiants de toutes les croyances, mais encore elle peut, suivant ses règlements, accorder des diplômes dans les lettres, dans les sciences et dans les arts , sans faire aucune acception de la religion des aspirants.
Maintenant est-il besoin de dire ce qui rend totalement vicieuse en Irlande, une institution qui, quoique plus exclusive en Angleterre, y présente quelques avantages au milieu d'abus immenses? Ne voit-on pas du premier coup d'œil que cette institution, qui remet le haut enseignement à l'Eglise protestante, ne saurait exciter en Irlande, chez un peuple catholique, que des sentiments de répugnance et de haine? Quel catholique irlandais, en le supposant riche, sera enclin à faire, pour ses enfants, les frais d'une éducation dont le protestantisme est le fond? Lequel reposera tranquille après avoir déposé son fils dans le sein d'un établissement que l'on considère en Irlande comme le foyer ardent du prosélytisme anglican ? Qui ne comprend maintenant comment l'Université d'Irlande, qui, en principe, est moins défectueuse peut-être que les Universités d'Angleterre et d'Ecosse, est, par le fait, mille fois pire?
L'Université de Dublin ouvre son sein à tous ; mais telle est la nature de son institution , qu'elle ne convient qu'à une minorité. D'une part, les Universités d'Oxford et de Cambridge attirent à elles, par leur célébrité, tous les jeunes Irlandais protestants, de famille riche; et d'un autre coté, les principes et les passions que l'Université de Dublin recèle dans son sein éloignent d'elle tous les enfants des catholiques d'Irlande; de sorte que dans un pays presque exclusivement catholique, les protestants seuls reçoivent le haut enseignement duquel dépend l'exercice de toutes les fonctions publiques. Et encore les protestants auxquels cet enseignement est donné n'appartiennent point à la classe supérieure de la société. Ainsi l'Université de Dublin ne répond plus à l'objet de sa fondation; elle n'a jamais été nationale , et elle a perdu le caractère aristocratique qui appartient aux Universités anglaises : elle n'est plus en réalité qu'un séminaire d'élèves pour l'Eghse anglicane ; à ce titre elle est loin d'être abandonnée; tous ceux qui aspirent à entrer dans TÉglise , affluent à l'Université de Dublin , attirés par l'appât des bénéfices nombreux et des dotations magnifiques dont elle dispose (i).
On voit comment cette institution en est venue à n'avoir plus d'une Université que le nom. L'Université d'Irlande était d'avance frappée d'impuissance, comme corps enseignant, par le seul fait de son union avec l'Eglise. Elle avait été, comme l'Eglise anglicane elle-même, fondée sur la présomption que rirlandc cesserait dVtre catholique. Ce-