DEUXIÈME PARTIE 9 CHAP* II, § V. 'jS
cdb de la classe moyenne en Irlande. C'est elle qui, lorsqu'èn Irlande aucune classe moyenne n'appamissait encore, en contenait le geirme et traya.iUalt à le développer.
Ce n'est qu'en 1 776 que l'industrie agricole a été rendue libre pôuf les càtlioliques par la loi qui ]ew permit de devenir proJDriétaires ; le barreau ne leur a été ouvert qu'en 17 93 y et on ne peut guère dater que de la même époque la fin du monopole coqi. mercial des protestants* Ce serait cependant une erreur que de penser qu'en Irlande et avant ce tempÀ il n'existait absolument ^u^uq élément de classe moyenne.
J'ai dit que les catholiques étaient^alors entravés dans lé commerce et daVis l'industrie; mais l'iiv* dustrie et le tommerce ne leur étaient pas interdits* On a vu précédemment^ dans l'exposé des lois pé*^ nales, comment les protestant!^ maîtres des corporations municipales et' commerçantes, paralysaient l'industrie deis catholiques. Cependant ils la gênaient san^ l'étouffer entî^t'ementjnls occupaient seuls les sommités du commerce ^ dont ils Repoussaient les catholiques; mais^ disins des régions plus humble, ceux-ci parvenaient à se faire jour. £n cas de con^ currehcei le catholique ^ chargé de taxes onéreuses donlTétait exempt le protestant, soutenait une lutte inégale ; mais enfin il hittait ; *ii trayaillait avec ajodeur; et ce tr^aîl, seul refuge d'un peuple à qui la vie civile et politique était interdite^ ne pouvait être tout à fciit ^tîérile» JJl était réelleinent l'avenir de l'Irlande asservie ; ç^r à lal^oiigue fe travAil.cré^ la ricbêspej la ricbeise, la forcd; \^ &^çft^ la tiherfé.
76 IUÉSXSTA5GE Jl x'oPPRESSÏON.
On comprend <jue , dans un pays où le commerce protestant était lui-même restreiiit, l'industrie catholique, chargée de pareilles chinés, ne put guère enfanter une classe moyehne; elle y travaillait pourtant. Et c'est un fait^ bien Remarquable que, lorsque 9 vers l'an 1757, troi& patriotes illustres , le docteur Curry, O'Connor et Wyse de Wateri ford (i), appliqués à régénérer l'Irlande asservie, conçurent le premier plan d'une association nationale , ils firent à tous les catholiques un appel qui ne trouva d'écho nulle part, si ce n'est dans le commerce. Le clergé catholique j alors timide et abattu, demeura muet; le peu qui restait d'aristocratie (2) catHohque se tut , également ; les marchands seuls répondirent a leur voix. Ainsi c'est du commerce qu'est né le premier germe de la grande association qui aujourd'hui enlace l'Irlande entière ; c'e^t aussi le commerce quia produit cet homme trop pfeu connu qui, pendant vingt années, mena seul l'Irlande catholique. John K^ogh , le prédécesseur d'b'Connell , et qui* serait célèbre si O'Conûell nç l'eût èfïacé, était un marchai^i. Et lorsque la loi a ouvert lé barreau aux catholiques, c'est encore l'industrie qui, en les tirant de la pauvreté, leur a permis d'aborder les frais toujours si considérables qui précèdent l'exercice des professions privilégiées. Ainsi, au plus fort de l'oppression sociale et politiique de l'Irlande, il sortait déjà du commerce catholique, à demi enchaîné, un principe d'indépendance et d'affranchissement. Aujourd'hui ce principe se développe dans toute sa liberté. L'industrie catholique est affranchie de tous ses liens ; et le com-
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merçant de cette religion n'acquiert pas seulement des richesses , il conquiert au^si tous les droits qui « sont attachés à la fortune. En 1793, il a acquis la franchise Rectorale; en 1829, la franchise parle* mentaire. Avant que ces concessions eussent été faites, les marchands catholiques dlrlande auraient pu encore , à la rigueur, former une classe riche; mais ils ne pouvaient former une classe puissante. Maintenant, délivrée de ses fers, forte de se^ droits , cette classe accroît incessamment sa puissance avec ses richesses ; et elle ne saurait trop veiller à sa fortune , car tout se réunit pour lui' faire en Irlande une grande destinée.
En ÀQgleterre, où l'aristocratie est nationale, la classe moyenne, en quelques rangs qu'on la prenne, ne saurait avoir qu'un rôle secondaire à remplir, soit qu'unie à la classe supérieure elle s'y éclipse, soit quef se séparant de celle-ci, elle s'efforce d'en balancer la puissance, au risque de s'annuler elle-même. En Irlande ,1 au contraire, où l'aristocratie est en guerre ouverte avec le peuple , la classe moyenne, dès qu'elle existe, ^t tout naturellement le premier et le seul pouvoir national.
Et c'est pour elle un grand avantage que de pouvoir être la seule classe supérieure acceptée du peuple, sans éfre une aristocratie. Elle aurait une condition i)ien moins favorable , s'il n'y avait point d'aristocratie en Irlande; car alors elle aspirerait peut-être à devenir aristocratie elle-même; et quand même elle n'aurait pas cette prétention, (ffi l'en f accourait. Mais l'aristocratie existante, la sauve de tout péril; il semble que celle-ci, prenne à cœur
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d'opposer au pouvoir national de la classe moyeuie le contraste perpétuel d'un pouvoir ennemi , pour que le peuple aime d'autant plus te premier que le second est plus odieux , et afin que la classe moyenne, voyant incessamment [œ qni excite les haines du pays ^ se préserve mieux des pas^iions et des écarts qui lui feraient perdre la confiance et la faveur populaires.
* Une vaste et magnifique carrière çst offerte «n Irlande à ia classe oioyeiane^ Un seul écueil se présente sous ses pas : ce serait qa'en dépit de oe qnii la retient toute du cofté du peuple^ elle ne se laissât incliner quelquefois vers l'arisitocratie 9 soit qu'Ole essayât de se rappi^eher de ceUe-ci, soit qu elle tentât seulement de l'imiter. La poc^ibilité seule d'uae tdle déviation de sa JUgne naturelle :par£ut <ku premier abord absoliunent dénuée de râ«$o9 : cepeoir dant il faudrait ne pas savoir tout Ce. qu'il y. a en . Irlande d'élémieot anglais , même parmi le peuple j et il êaudisût ignorer aussi tout ce que 4^s l'^émeilt anglais il y a de germes d'inégalité f pour ne pas senâir qu'yen Mande la classe moy^ime^ même oelle .dont on vient d'exposer la nature^ aura des luttes à soutenir afim de re^er démocrafiquo ; juttes contré ses JNTéjugés et ses instincts; luttes contre les mœurs du pays lui-même qui est*accouitua»é à j»e voir la puissance qu'au sein des privil^Bs ari^lo- /:ratiques, et qui cependant , dès qu'il la voit là, s'apprête k la combattre et aspire à la détruire.
Il ne -faudrait point s'étonner si ces penchants autocratiques se montraient dans la moyenne pix>priété ifù en Irlande est en voie de se ocmsti-
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tuer (i) ; il n'est guère de propriétaire médiocre <|bi, à Taspect des privilèges que procure la possession du sol, ne soit tenté d'en goûter lui-même; ii jouit sin^ gulièremmit de posséder, dans sa condition, quelque analogie avec le grand seigneur, sou voisin de caoH pl]^e qu'il hait comme çoa eimemi politii|ne et roïigieux, mais dont il n'attend peut-être, poui l'aimer, qu'jLin Sourire bienveillant eA. une marque d'obligeance^ Le vieux sol d'Irlande est, comme celui de l'Angleterre, imprégné de* je ne«ais qinelle conta^n féodale > à Jaqudie tout pi»seGseur a bien deia peine è se soustraire. Jusqu'àr ce jour, cependant^ la moyemie propriété cathotiqu» est demeurée dans le parti populai^; mais peairèâ,re €e &it viie»t<*il moins d'un principe ique d'une cirooncâaitKre acci- "dentelle et passagère. LorsquiJea 1776 les catbdiî- ^foê^ obtinrent le droit d'«^e propiiélnines fonciers, ils «olitiiiuèreut uéalunoins d'être frappés des inca- |)^cilés civiles et poiitiquesi^ dooit k dernière^ ûMe <|ui lies excluait da parleûaent^ ne cessa qu^n f^i^; de sorte 4[]ue, tout /n aoquMaftt des terres ^ us n'obtenaient aucrni des droôt^ dont la teri^ étadt Sa source; eticeUie icentradiction dut* niaindbnir tea. vi- «gueur leur liiaine ico^tre Tfaristoeratie quii^ à ûM&e ée s^ donlaines^ avaii des pr4vi^^^.'dlH»t^ àial^ leurs possessions , iU étaient «x-dus. 'Pei^sisteront^à dans leurs sentijocienls hostiles envers ila nJ^sse priviiégiée^ à^présent que la i^raproété lenAV doimç, outpe tousles droits politiques , la chalice4'é|re. appelés dans la commissioxi .' de la paix,- celle d'être convoqués ppur le gr^nd jury, vet de »é^er parilâ l'anslocratie lAans ,1g couf des {sessions et dans le
8o R£Sista»gb7a l'oppbeçsipit*
conseil du comté ? C'est une question que l'on pose sans la résoudre. Du reste, les obstacles qui eçapê*» chent le . mouvement du sol en Irlande ^ et dont il sera parlé ailleurs , s^opposent à ce que la propriété foncière soit^ dib^moins quant à présent, un^élèment considérable de classé moyenne, ce qui diminuer le pérU da ses tendances.
Le barreau a bien aussi ses ins)incts aristocratiques qui ne sont pas sans danger dans Favenir destiné à la classe moyenne d'Irlande. Corporation privilégiée , il a tout d'abprd montré les ^oûts et les passions "propres à son origine ; et lorsqu'en 1 793 le barreau devint libre , - les premiers catholique^s qui furent avocats s'associèrent à l'aristocratie protestante (i). Mais l'esprit de privilège social ne pouvait tenir longtemps con^e l'intérêt de parti* politique et contre la passion religieuse; aussi*, dès le dbm— mencemeut du siècle actuel, et surtout depuis vingt anfiees, le barreau catholique a bri^ cette union poiA* sédonner tout au peuplé. Aujourd'hui les avocats' sont les combattants naturels dan^ une lutte de légalité et de procédure ; et tant que durera cette gUprre, 4iii leur offre des rôles brillants. eb pacifiques ,' on ne peutt guère douter que , dans leur situa-
^4ibn intermédiaii;e entre l'aristocratie et le pipuple ,
. ils ne se portent vers cejui-ci. •
. Mais d6 toutes les sources de classe moyenne qui existent eii Irlande, celle dont le principe s'^fccorde le miei^ avec Je mouvement démocratique qui s'opère dans ce pays, et dont on ^oit craindre le moins les
ifeympatKies aristocratiques, c'est le «pommerce ca-^ tholique : source primitive de la classe moyenne en
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Irlande ; source féconde qui pendant des siècles demeura comme comprimée dans le sein delà terré sous les pieds de Faristocratie protestante, et qui aujourd'hui peut couler librement alimentée par le travail de plusieurs millions d'hommes. Sans doute il sortira de son sein quelqneshautes inégalités, mais pour une condition aristocratique elle crée mille conditions moyennes. Une goutte de son onde peut s'altérer : mais son 'courant reste toujours, pur. L'intérêt de parti, l'esprit de secte, les passiol» présente», les rancunes du passé, tout anime le commerce catholique contre l'aristocratie. Cependant où est sûr que dansses ressentiments il ne dépassera pas de certaines bornes; si une guerre constitutionnelle plaît à d'autres , elle est pour lui une nécessité , car il ne pourrait se passer de paix. Je commence à m'apercevoir, disait Wolf Tone en 1 793, à l'époque où il s'efforçait d^ntraîner la classe commerçante dans ses entreprises d'indépendance républicaine ; je m'aperçois , disait-il , que les marchands sont de mauvais instruments de révolution (i). Le commerce est adver^ aux révolutions violentes , et il contient cependant un principe d'étemel mouvement ; c'est le principe du travail qui crée sans relâche à côté de l'oisiveté qui laisse périr ; c'est le principe' du progrès sans le privilège, de l'accroissement perpétuel des unâ san^^ l'inégalité constituée des autres. Là surtout est l'avenir de llrlande : je dis l'avenir , car la classe moyenne ne fait presque que de naître en Irlande.
Ce n'est pas qu'elle ne possède déjà d'assez grandes richesses ; ses progrès sont même singulièrement rapides. En 1778 , il n'y avait que quatre-vingls ca- II. G
8a BÉSISTANGE A lî'oPPAESSION.
tholiques qui fussent' officiellement reconnus propriétaires fonciers (c); aujourd'hui il «est difficile d'estimer à moins d'un dixième du sol la propriété catholique en Irlande ; beaucoup de catholiques'qui n'occupent pas la terre ont d'ailleurs des droits sur elle par les hypothèques qui leur sont* données en garantie de prêts d'argent (i). U y a quarante ans , les catholiques étaient exclus du barreau , ' où ils sont maintenant. eh majorité. Le commerce catholique, florissant dans toute l'Irlande , et principalement dans les grandes villes, telles que BeUaât, Dublin, Corke, Limerick etGalway, a déjà produit d'imo^enses capitaux. Un seul fait suffirait pour prouver son importance et sa fécondité : c'est que déjà, en 18219, ^^^ neuf dixièmes des fonds de la banque d'Irlande appartenaient à des catholiques (3). Voilà, certes , pour une classe moyenne qui s'élève., des conditions prospères. Cependant c'est ui| phénomène étrange en Irlande , et peut-être particulier à. ce pays , qu'en même temps que de nouvelles fortunes y sont créées , le nombre des nouveaux riches ne s'y accroît pas en proportion. C'est que souvent, après que la fortune est créée, le riche s'en va, et ceci s'explique par l'état social et politique de l'Irlande.
Le manufacturier, le marchand, le banquier qui se sont enrichis en Irlande par leur industrie seraient sans doute disposés naturellement à chercher dans ce pays leur champ de repos; mais outre la difficulté d'acquérir la terre en Irlande et de trouver un placement sur , il y a dans ce pays une infinité d'obstacles à sa possession tranquille. L'état de l'Irlande
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est tel qu'il n'existe guère de sécurité complète sur la tevre que ppur le petit occupant qui couvreioute sa propriété de son corps ^ et de sa chaumière éteud le bras sur toutes les richesses dpnt soa champ ^t dépositaire.
Et ce ' n'est pas seulemrat la campagne qqi est agitée; d^ns les Tilles , qui le sont moins à la vérité , les partis sont si violents , les querelles si animées 9 le spectacle des misères du peuple ^i affreux , que leur séjour ne conttote point l'homme qui, après avoir travaillé, voudrait jouir en paix du fruit de ses labeurs. Il arrive donc souvent que , ne trouvant ppint en Irlande cet asile de repos , les nouveaux enrichis le vont chercher dans quelques vfHes^l'Angleterre. On voit comment beaucoup font leur fQrlxine en Irlande , sans qu'un égal nombre y réside ; et c'est cependant la résidence qui est à considérer , bien plus que la fortune faite. Il ne s'agit pas 4 en enet, de savoir si des catholiques gagnent plus ou moins d'argent en plaidant ou en faisant le commerce, et si avec les fruits de leur profession ils achètent de la terre ou des rentes en Irlande ; mais bien. s'ils vivent en Irlande sur cette t^îrre, ou avec ces rentes dans une ville irlandaise ; et si, après être sortis du peuple par leur industrie et leurs talents, ils prennent une p^ace intermédiaire entre le peuple, et l'aristocratie , et s'y tiennent.
Du reste, ce mal; qui retarde les progrès de la classe moyenne en Irlande , tend chaque jour à s'af* faiblir. Il diminue à mesure que, de grandes ruines/e faisant parmi l'aristocratie , de nouvelles positions sociales sont à prendre parmile peuple. Ainsi ^ pour
84 RÉftisxAircE A l'oppression.
citer un exemple, la nouvelle loi des pauvres donnée à rirfànde sera propre à retenir >dans le pays les membres de la classe moyenne , au sein de laquelle on peut calculer que la plupart des administrateuiis seront choisis par le peuple.
' Du reste , ce n'est pas seulement le nombre qui manque à la classe moyenne d'Irlande ; ce qu'il* lui fiaiut aussi , et ce qu'elle n'a pas encore, ce sont les lumières , l'expérielice îBt l'éducation. Sortie tout à coup de la plus profond*e obscurité pour être placée au grand jour, tirée de l'incapacité générale qui l'excluait parfois de la gestion de ses afifaires privées pour être subitement appelée au gouvernen(ient des affaires publiques, la classe moyenne d'Irlande est comnle éblouie de sion propre éclat. Ël|e croit à peine à une élévation si magnifique succédant à un si grand abaissement ; et dans Tivresse de sa subite fortune , elle garde difficilement une tenue mesurée entre l'aristbcratie son ennemie, qu'elle ne comba| pas toujours dignement , et le peuple qu'elle n'estime pas toujours assez. Elle a un reste des vices propres à l'esclave , qui veut être ty raii dès qu'il devient libre. Pour s'assurer de sa puissance , dont elle doiyie encore , elle l'exercerail âSsément jusqu'à l'abus. U faut cependant qu'elle veille avec un grand soin sur sa propre conduite; car de sa sa|;esse actuelle ou de ses égarements dépend sa future destinée.
Si donc il est permis de regrette!* les obstacles qui retardent l'accroissement des éléments dont elle se compose, on doit peut-être regarder comme un bonheur pour ell^ ok ne pas être mise subitement en possession de tous les pouvoirs. Il faut, avant de