DEUXIÈME PARTIE, GHAP. II, § VI
saient entre eux et formaienl presque autant de partis qu'on en voit de nos joar$ en Angleterre. C'est ainsi que ,r jusqu'à la fin du siècle dernier, on distinguait trois nuances .bien marquées parmi les protestants d'Irlande ; ceux qui, servilement dévoués au gpuvernenient anglais, lui sacrifiaient complète* ment leur indépendante *et celle du pays; c'étaient lèÈ torys du temps. Puis venaient les protestants qûi^ sans prendre souci de llrlande catholique, souhstitaient cependant d'avoir pour eux-mêmes des Kbertés, des droits et des garanties; c'étaient les whigs d'alors, par exemple, lord Charlemont. Et enfin il y avait des protestants qui ,' adoptant des principes plus élevés et des théories plus généreuses, demandaient qu'on en fît l'application sans réserve, au risque de voir leur réforme profiter à la population catholique ; ceux-ci étaient les radicaux de Fépoque : teintait Grattan. Il y eut enfin pendant quelque temps, à l'époque de la révolution française , un quatrième parti composé de protestants et de catholiques , lequel n'était ni tory , ni whig, ni radical, mais bien révolutionnaire, voulant secouer le joug de l'Angleterre, et constituer en Irlande une république; c'était le parti qui, parmi les catholiques de Dublin, avait à sa tête Theobald Wolfe Tone, et parmi les protestants du nord. Sa* muel Neilson, de Belfast.
Tous ces éléments de partis, en Irlande, sont aujourd'hui renversés et leurs conditions changées, La nation qui ne comptait pour rien , étant devenue à peu près tout, les divisions des protestants entre eux n'ont pu rester les mêmes, et quand ils s^ sont
88 ' Jl£SISTANG£ Â. l'oppression.
sépares 9 ce n'a plus été pour former chacun un parti protestant distinct, mais pour s'unir à la cause popuI$iire , ou pour s'établir en opposition contre elle. De ce moment ce ne sont plus des opinions et des systèmes divers qui se sont trouvés. eti présence, mais deux ennemis implacables qui ont juré la ruine Fun de l'autre , entre lesquels il n'y a point de compromis possible, et qui , quand même ils ne combattent pa»^ ont toujours les armes à la main. De là la nécessité où e»t chacun. en Irlande de se placer sous Tun de$ deux drapeaux qui s'offrent à sa vue ; de là lès deux partis qui, seuls aujourd'hui, se montrent dans ce pays.
Le premier est le vieux parti anglican qui prend pour devise le salut de l'Église protestante , et pour mot de ralliement la haine du papisme; son principe sacramentel c'est l'union intime de l'Église et de l'Étit,. c'est-à-dire jdu culte anglican et de l'aristocratie anglicane. Tandis qiie tout marche et que tout change autour de lui, il demeure immobile, et il soutiendrait, sur les ruines de l'univers, qu'une société politique ne saurait esdster si elle n'est exclusivement protestante..
Ce parti ne conçoit une société protestante qu'avec une Église protestante, un gouvernement protestant , un roi protestant ^ un parlement protestant, des juges et des fonctionnaires protestants, des citoyens et des soldats protestants (i); quiconque dans le pays n'est pas protestant, est, à seis yeux, comme s'il n'existait pas , et n'a qu'upe vie fictive.
Ce parti considère que tout ce qui a été fait con*