DEUXIÈME PARTIE y GHAP. Il, § VI
dit*il intérieurement ^. une grande conquête à Taide de laquelle j'en obtiendrai d'autres. Et le jour suivant les deux amis se trouvent adver^ires face à face. Mais les membres qui composent cet dément variable des partis en Irlande ne peuvent quitter u^ camp sans passer immédiatement dans un autre; et souvent , au milieu d'un conflit de motifs graves qui se balancent à peu près également, Ja nuance la plus légère jette aujourd'hui le radical parmi le^ torys, et l'en fait sortir le lendemain pour le ramener parmi les radicaux .
Il serait difficile de dire combien de temps durera cet état de choses. U me parait toutefois que, si un troisième parti se forme en Irlande , ce ne sera pas au sein de l'aristocratie protestante qu'on le verra naître, mais plutôt parmi le peuple catholique, qui, désormais confiant dans sa force et prompt à s'é^ blouir, serait enclin à se diviser. Mais la marche adoptée par les chefs du parti populaire a jusqu'à présent tendu singulièreiuent à maintenir l'unité dans ce parti Le système de l'agitation constitua tionnelle satisfait à peu prè^ ceux ijui, amis du progrès par la discussion paisible , repoussent l'^^pjoi de la violence sanguinaire comme moyen de succès, et ceux qui , croyant insu£Ë&aj)tes las armes de la logique, pensent que l'assistance de la force matérielle ne doit pas être tout à fait négligée» Or, ce système, qui combine assez ingénieusement les deux puissances du droit et du fait, a réussi jusqu'à pré-» sent à prévenir la naissance, parmi le peuple, d'un parti whig modéré ou d'un parti révolutionnaire. '
Ce-pendant il est- probable que si, durant une
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• longue suite d'années , l'Angleterre refusait à l'Irlande les réformes que réclame le parti radical existant chez celle-ci , il se formerait au-dessous de jpe parti un parti plus radical encore^^ et qiu ne pourrait être tel quen devenant révolutionnaire; jle même que si , de grandes concessions étant faites à l'Irlande, ses plus larges plaies se guérissaient , il se pourrait que, entre le parti tory et le parti radical actuel , il se formât un parti whig.
Quoi qu'il en soit de l'avenir, comme Je seul parti daiis lequel des divisionspourraientruVitre est au^jourd'hur uni et compact, il faut absoluinent, en Irlande, faire son choix entre lui et son adVemaire.
Tels sont les principaux traits dles deux partis politiques qui clivisent l'Irlande de nos jours. J'ignore si ces deux partis ' ont été jadis plus opposés l'un à l'autre qu'ils Jie sont à présent; mais il est diiEcile, qu'en aucun temps ils se. soient témoigné plus de haine. Peut-être est-ce un effet de la plu; grande liberté dçnt ils jouissent , et qui leur |»ermet.d>xprimer plus énergiquement des inimitiés iQQoins fqrtes ; peut-être , sans être aussi ennemis^ • $ont-ils plus animés. Il s'est fait, depuis vingt an- ])ées^ dans l'état social et politique de l'Irlande, tant de changements considérables*, sujets de triomphe pour l'uu, d'abaissement polir l'autre , et dont le souvenir tout récent excite chez celui-ci des joies si insolentes^ et chez cduiJà des rançuiies si amères ! Ce que l'on ne peut nier, c'est que l'esprit de parti se mêle k tout en Irlande.
Il empoisonne les relations sociales. Les tories et les radicaux irlandais ne forment pas seulement
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deux-partis, mais encore deux classes distinctes qui n'ont entre elles aucun contact : bien différentes des partis anglais , dont on voit souvent les chefs opposés, après une lutte violente dans le parlement', se rencontrer le même jour au sein d'un cercle aiqi, où ils n'entrent qu'après avoir déposé tout souvenir de querelle et tout ressentiment. En Irlande, la séparation des deux partis est en quelque sorte matérielle : il y a clans chaque ville l'hôtel catholique et l'hôtel protestant. On distingue de même tel ou tel meetingj tel bal, tel dîner; la même distinction s'étend aux chemins et aux rivières; et il n'y a pas longtemps qu'un lord d'Irlande réclamait l'intervention du gouvernement pour empêcher la construction d'un pont papiste (i).
Mais l'esprit de parti ne s'arrête pas là en Irlande ; et, qui le croirait? il pénètre si profondément dans les âmes, qu'au milieu d'un pays tout chrétien, il parvient à corrompre jusqu'à la source même de la charité. A quoi bon , s'écrie le protestant tory , prendre souci des pauvres et de leur misère? est-ce qu'il ne se trouve pas des pauvres en tous pays? est-ce que l'Irlande n'en a pas toujours regorgé? — Maudits soient les grands propriétaires d'Irlande! s'écrie le radical irlandais. Ils voient sans pitié les affreuses misères qui couvrent leurs domaines. Le pauvre, dont la charité est d'aimer les riches, ne leur doit que de la haine !
Mais c'est surtout dans le nord de l'Irlande que
ces passions haineuses se montrent et sévissent dans
toute leur violence; là, les partis ne sont pas autres,
mais ils sont dans des conditions différentes. Dans