TROISIÈME PARTIE 7 CHAP.I y § I. I
qtie iJKx-neuf million^. De sorte qu'^ Irlande la tefrt absorbe les deux tiers de la population , alors, que dans les deux autres pays elle n'en emploie pas même le tiers f et l'Irlande consacre autant d'ouvriers que l'Angleterre et l'Ecosse à cultiver son territoire , qui est deux fois moins grand que eelui de ces deux pays. Enfin il parait bien certain que« par la cukure irlandaise , la terre produit moitié moins que sous la main de l'agriculteur d'Ecosse où d'Angleterre; d'où il suit que trois ouvriers agricoles en Mande font moitjié moins de travail qu'un seul Anglais, du un Écossais (i). En supposant que le nombre des cultivateurs anglais et écossais soit trop restreint, eelui des agriculteurs d'Irlande est évidemment excessif; et le vice de la culture irlandaise tient précisément à leur quantité.
Cet emploi au sol de plus de bras qu'il n'en/aut pour le «oltiver , et qui se nuisent par reffet même de leur nombre , est éconotniquement un mal absolu ; maië ce mal peut être un bien relatif eii politique. Ainsi^ s'il était vrai qu'en Irlande tout ce qui ne cbltiVe pas la terre fût sans emploi, et qi|é tout itidi^dn inèccupé (àt un ennemi de la paix publique , on serait foccé de reconnaître que, même datis l'IntArêt de tous, il vaut mieux que la terre se cotivre du pktd grand nombre de travailleurs possible , dàa^elte produire moin$ de fruits. Ainsi , tandis que les principes de l'économie conseilleraient d'éloighër du sol la mcA^ de Ceux qui Téccupent, l'état politique du pays exigerait qu'oil augmentât ti^ve le nèmbfe des eulilva^eurs. • '
Qiié feîise ddttb ? Fàut4l; ëh airaehatit de b terrç
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une partie.de ceux qui y trouvent (pielque travail et quelque moyen d'existence, grossir le chiffre- des Irlandais qui n'ont ni ressource ni travail ? ou bieu faut4I accroître la somme des, misères qui écrasent le sol y en brisant encore les parts de ceux qui l'occupent pour en donner quelques fragments à ceux qui n'ça ont pas ?
Certes, s'il est un pays où rindustri»««aanu£sicturiève fut un grand bienfait , c'est l'Irlande. L'in* dustrie qui viendrait employer les bras oisi& ou mal joccupés , serait pour l'Ir^nde , non-seultment un élément de richesse , mais encore un moyen de sakit II y a en Irlande une force productrice de plusieurs millions de bras, qui est ineirte ou mal dirigée^ C'est un instrument que l'industrie mettait eif mouvement là où il se repose , et qu'elle fécondevait partout où il est stérile.
Toutes' les causes se réunissent pour faic^ désirer le développement de l'çidu^rie en Irlande ; si l'existence loatérîelle des classes inférieures y est intéressé^ là .ai^ssi est l'avenit*: de ces classes moyennes que;ii0us.avpns vues app^lé^à*une si grandef destinée i, l'industrie peut seule nourrir Ifis wof ^ enrichir les aiitreç. * ^ > v
U çxiste des pays où l'on m contemple (>eiQ|^5ans une sorte d'inquiétude et de terreur le progrès de nndusjtrie manufacturier^; ce sont cmx oà4es.|>opûlations agricoles semblent déserter la terre pour se porter en masse dans les atdiers^u fabricant, et où les grandes manufactures, seinblept, par leur nQmbre et par leur régime, renfermer un germe^le corruption pour le peuple et de péril povr l'État.
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Mais comment craindre que la terre ne soit abandonnée dans un pays où le peuple n'aime et ne connaît qu'elle ? Ce qu'il faut redouter en Irlande, ce n'est pas l'excès qui rejette des campâmes dans les Tilles industrielles une trop grande partie de la population, c'est l'excès contraire. On doit craindre que, enchaîné au sol, le peuple ne s'en détache point assez pour se porter vers l'industrie. Et, en supposant que la vie manufacturière exerce sur l'état physique et moral de la population ouvrière une influence pernicieuse ; en supposant que l'atelier corrompe lés enfants et les femmes, et atteigne ainsi la famille dans ses mœurs et la société dans son avenir ; fut-il vrai que l'agglomération, sur quelques points du pays, de grandes masses d't)uvriérs,*soit une puissance trop considérable dans l'État, et une arme trop dangereuse à la disposition des partis ; fut-il non moins bien établi que ces grandes masses ouvrières que l'industrie emploie sont sujettes, par les oscillations de celle-ci, à tomber subitement et sans transition du travail dans l'oisiveté, c'est-à-dire de l'aisance dans le dénûment (i) : ces maux , en les admettant dans toute leur étendue^ seraient mille fois moindres que ceux qui existent;^ en Irlande , où l'oisiveté corrompt plus encore que le travail des manufactures , où là misère déprave tous ceux que l'oisiveté ne corrompt pas, et où les millions d'indigents affamés sont une cause plus formidable de désordre et d'anarchie que ne pourraient l'être, en aucun cas, un pareil nombre d'individus^ trouvant dans leur travail de nombreux moyens d'existence.
IIO DES REMÈDES AU )i|AL* -~ Xi'iKDUaTRIE.
D'qù vient donc^ qu'ayant un besoin si manifeste de Findustrie manufacturière, l'Irlande en soit presque dépourvue (i) ?
. Ce n'est pas que Findustrie en Irlande manque de la protection du gouvernement ; mais cette proleo tion est à peu près stérile. On a, dans un tempa^ essayé le système des primes poor encourager la fabrication ; il en est résulté quelques efforts de production y qui ont cessé le jour où les primes ont été suppri* mées. Le gouvernement voudrait aujourd'imiy pour émanciper Findustrie irlandaise^ établir en Irlaiide quelques grandes voies de communication > telles que des canaux, et des chemins de fer : assurément de pareils moyens de transport sont pour Findus* trie ^l'admirables au^^iliaires, mais il faut d'aborcl qu'Us trouvent l'industrie existante ; ils pourraient encore Faider à naître, mais ils ne la créeraient pas. En 1780 l'Irlande avait de très^belles routes; Young, donjt le témoignage a tant de poids, constate que ces routes étaient , à cette époque , bien supérieures à celles de F Angleterre. L'Irlande n'était pas moins alors dénuée de tout commerce et de toute industrie, tandis que F Angleterre était déjà entrée dans son ère de richesse commerciale et de prospérité industrielle.
Dans son désir de protéger l'industrie irlandaise y le gouverne tnent serait tenté d exécuter lui-même les grandes voies de communication qu'il crpit propres à la seconder. Mais c'est un moyen périlleux : est-il bon que le gouvernement secpnstitue entrepreneur de travaux publics ? et l'industrie privée peut-elle s'avancer avec sécurité dans une car*
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rière où elle peut à chaque pas trouver un rival aussi puissant que TÉtat ?
Le gouvernement d'Irlande verrait, d^s c^ système de travaux exécutés par l'État , l'avantage de donner tout aussitôt du travail à ceux que l'industiie privée n'emploie pas; mais un pareU emploi des ^as inoccupés ne procurera à ceu:^-ci (|H'im soulagement partiel et passager. £t il sera tel surtout dans un pays anglais où l'intervention du gouvernement dans les travaux publics est considérée^ avec raîsôn peut-être, comme une sorte de larcin fait à l'industrie privée. Or, cet emploi accidentel des bras Qiai£ff sera plutôt un iqal qu'un bien , si l'ouvrier, que le gouvernement a pris en passant^ ne trouve ensuite aucun asile dan$ les ateliers de l'industrie particulière. C'est un grand malUeur pour un pays quand il croit que l'industrie a besoin, pour pros-; pérer chez lui , de la protection du gouvernement y ou lorsque le gouvernement se croit intéressé à la pipoté^r. L'induatrie ne se fonde pas par un décret impérial ou par uii acte du parlemei^t. Ce qui, sans doùte^ persuade aux gouveri;iements qu'ils peuvent îûsém«»Dt créer l'industrie, c'est la, facilité avec laquelle ils la détruisant ou Vempécbent de naître.
Il y avait autrefois en Irtaqfl^ de^ indvt^tf*ies florissantes (i) : le gouvernement anglaii^ les a tuées; et pour cela il n'a eu qu'à les enchaîner, car la liberté est l'air yital de l'industrie ; il a chargé d'entraves» la moitié des travailleurs de l'Irlande (a) et a interdit ses ports et ceux du monde entier aux produits du travail irlandais (3).
L'oppression de l'Angleterre sqr rjrlande iie se
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montre peut-être nulle part plus à nu que dans sa politique commerciale. L'Angleterre voulait tout vendre à l'Irlande et ne lui rien acheter , ce qui était aussi absurde qu'injuste : car llrlsmde ne pouvait faire de commerce qu'avec l'Angleterre; et comment ceux qui ne vendent rien achèteraient-ils quelque chose? Cet égoïsme industriel de l'Angleterre était poussé quelquefois jusqu'à la folie. Un jour, c'était sous le règne de Charles II , l'Angleterre ayant résolu d'étendre encore l'exdu* sion qui frappait les produits de l'industrie irlandaise, un .bill ftit présenté à la chambre des communes dans lequel l'importation en Angleterre du bétail irlandais et de tous les fruits de la terre était déclarée a nuisance^ c'e^t-à-dire une sorte de délit public j et l'on allait sur la proposition d'im membre proclamer ce fait une félonie ( a fehny c'est-à-dire un crime capital), lorsque le chan* celier Qarendon fit observer qu'on pouvait tout aussi raisonnablement le dénommer un adultère (anadultery)(i).
Cependant les injtistes entraves qui enchmnaient Findustrie irlandaise ont été bris^ : tous les travailleurs irlandais sont libres; llrlande peut envoyer ses produits dans tous les pays du monde, et tous les ports de l'Angleterre lui sont ouverts. Et la liberté commerciale, qui unit llrlande à l'Angleterre, n'est pas seulement celle qui s'établit de peuple à peuple, mais bien celle qui existe tout naturellement entre les diverses parties d'un même peuple , entre deux territoires soumis au même empire; llrlande et l'Angleterre sont entre elles dans les
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mêmes rapports commerciaux où se trouvent deux villes anglaises ; Dul]i|in commerce avec Liverpool comme Liverpool avec Londres.
Mais l'industrie que .le dispotisme abat si vite ne se relève [^as toujours s^vec la liberté : car si elle ne peut exister sans liberté ^ ce n'est pas la liberté qui la crée , et il lui £aut encore pour naître et se développer bien d'auti%$ conditions.
CeUe liberté commerciale, dont la conquête Commencée en 178a, ne s'est achevée qukn 1820, n'a eu jusqu'à présent qu'un seul effet salutaire pour Hrlande. Elle a ouvert à ses produits agricoles un marché immense et fait naître une sorte de privilège pour ses céréales libremei)); admises dans les ports anglais , dont les blés étrangers sont exclus. Mais elle n'a en rien servi les manufactures irlandaises , rirlande continuant à employer presque exclusivement les produits de l'industrie anglaise.
U en est qui croient impossible pour l'Irlande d'élever des manufactures tant que FÂngleterre lui enverra ainsi sans obstacle les produits des siennes ; et ceux qui pensent ainsi voudraient que , pour protéger en Irlande l'industrie naissante , on soumît à un droit d'entrée les objets manufacturés importés d'Angleterre en Irlande. Mais alors ^^ar réciprocité, les produits agricoles que l'Irlande envoie aujourd'hui en Angleterre seraient sans doute également frappés d'un tarif. De sorte que dans la vue de créer une industrie nouvelle , l'Irlande courrait la chance de se voir dépouillée de celle qu'elle possède , et compromettrait un avantage certain pour un bien à venir- et partant douteux.