‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 5)Chapitre 33 sur 83 · TROISIÈME PARTIE 9 CITXf* I9 § II' J · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE 9 CITXf* I9 § II' J

terjpej d'où naît la récolte qui le fait vivre. Dans le premier cas , il aspire à tirer du sol les plus riches moissons dont le prix lui sert à payer sa rente ; et dans le second, à obtenir les fruits les plus abondants , capables de suffire à ses plus impérieux besoins ; et comme la rente que le propriétaire exige de lui s'élève constamment , il lui arrive sans cesse ^'élargir le terrain où naissent W fruits qu'il vend, tandis quHl rétrécit toujours l'espace où croissent les produits dont il se nourrit. Maintenant, supposez quelles propriétaires d'Irlande ne voient, dans cette détresse de la population agricole, rien que de naturel et de régulier ; supposez que ce soit un de «leurs principes familiers que le fermier ne doit avoir d'autre profit dans la culjture, sinon ^^^n tirer les fruits strictement nécessaires à sa subsistance ; supposez enfin que ce principe soit si rigou-' reusement appliqué par Jes propriétaires, irlandiifi, que tout moyen plus écoiiomique de vivre ,.' découvert par les fermiers , amène nécessairement l'aïugmentation de leurs fermages. Dans cette bypothèse, qui, «pour toute personne connaissant l'Irlande j est une triste réalité , quelle s^a la conséquencç d'une diminution de population?

La terre d'Irlande ayant à nourrir un moinditip .nombre d'habitants, ceux qu'elle fera vijirre aurontils désormais -une condition meilleure? NuIIemei^^. Car, ^i, au lieu de continuer à manger de^ pommes de terre*, les cultivateurs irlandais veulent se nourrir ée blé, le propriétaire verra dans ce changement un accroissement de bien-être et un signe de fortune, cpxi tout aussitôt provoquenent de sa part

I %B DES àAi'hifiii kh UiL — t'îêwEÎlitiÂTîoir.

Taiigtiientatioii dès ferihageë. Afin de i5k;^ét' sa dette atcriie, le i)àuvrè agriCulteùi^ deyrâ donc se remettre eh toute hâte à son préniièr régime ;s1l tarde ^ il sera bientôt; Ikdtë dp |)àiétiiëHt; expulsé de hi Fétnie, et ses ihiâères rën^ti*dnt àbiiolufaiënt lés méitiés qtie |)âr le pàsàé: Ainsi , aptes que dès iùilli6ns dlN lândais auront disp^rlî dîrlàiidè^ le sort dé la pbdulatioii restante ne àeirà peut-êlf'e changé en rîèil ; i ]^oûj^rà^tc0 toujours égdlèiperit niiséràblè. Ori cbiiiprehd Bien, par ce qiil précède, èonimerit ? iivéfc lr6ik fois môiris diiâbilàhts, ririàtidé était , l\}à un S^dfe, tout âtlssi iiidîgetite ijue^dé hdtre teiiij[jè, iiijètiè alors j^ cdmibe àùjôiird'Hùî , aut thëtneà èaiis^â flfe tiiis^rèjîndépéiidàtitéfe dti nombre.

^Alaint^haht,.sMl était *Vrài que la popuiàti^ii îf- Iâ{|^4âise»put être âitdinuée c6iisidécàblëmëht sàn^ ' que sa èdilditloti S'âiùéliôt^ât , il faudrait fèèônfiàîtrfe 4Û4 te systèiîie de- réihîgrtttiôn l qui rèpdsè Éiit l'ëfficàcité^ê ôëtte dimitiûtibh , s'êvaribùiràît com|îlètëïivîht. * -

Ce^êîidkilt àûp|>dsoiià qdë k hàîé ptëmièbè dli s^st^iië hç soit Jldiiit réiiyèrséë f qtie riitilitê ée de- ^gUtJlël' rirlanîlé idit^ àti.coïîtfaii-è, bien èfâblîë, et que rémigratioii dé quel(|ùéà milliotl^ d'Irlandais ^dfirj^ tptijôiirs aux ihaiix dé rirlaiide comlnie un remède efS^cace et hon conteste. II fcdlivîeht d'kti-» t#fit triterix â'adnietf^é cette* èùppdsitidil , que la déS[b[>tilatioh de Flriànde, s'il ii'ëh résiùltàit ^aâ lés Biëris qu'dh en, attend ^ aurait peut-être d'autres éffetà salutaires qui lui donneraient encore dii prii. Ne profiterait-elle pas d'abord- attît ëttiigrants? Il sèiflb]e cjiie,. quelle que fât la teire bÙ on Ifs trdtià-

TfiOIsièM£ PARTIS y GHAP* 1^ $ II. i a^

porf&t^ ik y seraient plus heureux ou moins jniêé* râbles qu'ils ne sont en Irlande. La popuiatipn restante ne serait-elle pas elle^itiéidei 4u moins dans le premier moment, soulagée par ]^ départ de quel^ ques ipaillions de travailleurs qui lui font conçut** rence? Délivré tout à ^opp de, sa population la plus oisive et la plus ^turbulentes le pays serait peut* étiré aussi plus calme; ce repos profiterait à'^Al^* gleterre elle-même^ qui reçoit le contre-€|||ip de toutes les agitations de llrlande ; et^ s'il était vrai que l'absence dlrlandç de trois ou quatre millions d'Irlandais épargnât à l'Angleterre » seulement pen* dant quelques apnées , le& ennuis que lui «cause f:%i pkys^ ne serait-ûe pas ks$ez pour qu'elle entreprit aussitôt de les /aire émigi;er ?^

Admettant doi^c que 'rémigratiod d'une pat*tie de la gpp^lation irlandaise* ptoûtât a$séZy.^oit à l'Irlande, soit à l'Angleterre, pour mériter d'être entrepose; r^herchons si elle serait^potoible. Cet examett ne paraît»^ poïut superQu si l'on sQUge à tout ce qu'il y a; en Augletefre^ de préjugés £avorablea à tiùvaste £|ys«téuKp d'émigration.

Et 4'^ord remarquons qijie l'éipigration. doit étte considéfable , sous peine d'être absolument stérile, au moins «ous le poinjt de vue écoi^ittique. Pour juger dp ce qu éi^e doit être pour devenir effîcacç, il suffit de considérer ce qui ,se pfisse à présent ^^ Irlande* Il n'existe peut-être pas d^ coitité irlandais d'où) ch&y[ue année, dea milliers d'habitants n'émigrent yoldntâ^irement. Cependant il a été constfité, par des euqué^ officielles, que ^ett^émigratioi), plus ou moins bien£aisaate pour ceus qui Sjen vont.

ia8 DES RlUttàD]^ AU MAL. — L EMIGRATION.

ne^ produit aucun effet sensible sur la condition de ceux qui restenl. On a reconnu que^ dans les paroisses dont on a le plus émigré, le prix de la maind'œuvre ne s'esti pa3 accru d'un centime , et l'emploi de^ ouvriers demeurés dans le pays n'a pas augfmenté d'une journée de travail (i). Dans certains comtés, pour que la condition des classes ouvrières se ressentit de l'émigration, il faudrait faire émigr^ les neuf dixièmes (2). On est étonné de la promptitude avec laquelle le vide produit par l'émigration se remplit, et l'on ne sait par qud funeste enchantement les pauvres qui s'en voi\t sont tout à Kîoup remplacés par d'autres pauvres, Gasoîit donc di|s millions d'Irlandais qu'il faut éloigner d'Irlanae, sinon l'émigration passerait comme inaperçue.

Mais une telle émigration est tout à la fois singulièrement difficile et dispendieuse. «. #

Où porter ces millions d'émigraqts? Assurément l'Angleterre est de tous les pays celui pour leqqel cette difficulté est la moindre; car elle'a des-éj?!blissements coloniaux dans tçutes les parties du monde, et ses vaisseaux lui donnent le libre accès des contrées mêmes qu'elle ne possède pas. Mais totis les territoires vacants ne seraient pas également proprés à Témigratron irlandaise.

Le plus vaste et le plus fertile serait l'Australie. Mais comment envoyer la population pauvre d'Irlande dans le lieu destiné à recevoir les criminels de l'Angleterre? L'Irlande verrait là, non sens raison peut-être, une sanglante injure; et cett^ impression, injuste ou légitiime, rendrait seule l'entreprise impossible. Adpptejrait'-on , pour lieu d'émigration , les

TRtftSiiMB PARTIS, CHAP. 1, % II. lag

États-Unis de F Amérique du Nord ? Gepays serait sans doute le meilleur qu'on pût chmsir, M le plus pro^ pi«s»9ttx émigrants; mtàs croit-on que, si le^^ftats- Unis se voyaient menacés de Tinvasion de trms ou quatre millions dlrlandais^ le gouvernement de cette immense contrée laisserait la libre entrée des l^rts américains à ces e&sanis de pauvres? Il est pérmb d'en douter; Aujourd'hui l'Irlande envoie, chaque année, aux Etats-Unis, quelques milliers d'indigents; et ce courant modéfé d'émigration a déjà soulevé dans ce pays tant de clameurs, que plu<sieurs fois on 'y a lâis en question' si les ports des États-Unis ne seraient pas fermés aux émigrante irlandais, soit par une interdiction formelle, soit par mie taxe assez élevée pour 'équivaloir à une prohibition (t).

Reste le Canada. C'est, à vrai dire; l'asile naturd des émigrants irlandais. Le Canada est, de tojites les 'colonies britanniques, la moins éloigh^ de l'Irlande; c'est un pays devenu anglais , grâce aux lâchetés de Louis XY et de sa cour. Beaucoup d'Irlandais y sont déjà établis, qui seraient les hÀtes des iiouveaux venus ; et, quoique les meilleures terr^ de cette colonie florissante soient occupées, il en reste encore une assez grande étendue pour recevoir pendant longtemps le surplus de là population anglaise. Maintenant il s'agit de savoir si, lorsque la puissance anglaise chancelle au Canada , il serait d'une politique habile d'envoyer à ce pays un rén- - fort de quelques millions d'hommes qui , comme Irlandais, détestent par instinct le joug anglais , et, comme catholiques, seraient les alliés ïi^ituréls de la II. . ' i)

l3o DES BfiRltDES AU ^lAL, LEAIK^TIOK.

population canadienne la plus hostile à TAngte- -terçe?. . .

.Q^ç^iA^nt admettoiis que ce^ diverses objec- .tionis coiitre TAu^tràlie, ccmtre les Ët^tljs-Uiiis, coiMtc ]|^ Canada^ n'existent pas; supposons que |e ,lij^ d'émigration sqit ^trouvéj voilà une. première diffî- . eulté vaincu?. Mais combien d'autres se présentent tauJt aussitôt!

Ci6 n'est pas une pçjite entreprise que de transporter > soit À deux mille., soit à quatre mille lieues par-delà les m^s, plusieurs millions d'hommes. L'expérience nous montre qu'un vaisseau destiné à un long voyage doit porter en général moins de m^e passagers ; prêtions cependant mille pour chiffre moyen. En adoptan^: cette base , il faudrait le voyage et le retour de cent vaisseaux pour opérer l'émigration de cent mille personnes^ c'est-à-dire d'ujpe faible fraction «euleiaent de la population qu'on ^eut faire émigrer. Que d'annçes seraient nécessaires pour achever ce transport , dût-on y employer toute la marine de l'Angleterre, qui a sans doute bien d'autres soins à remplir! Et cependant, pour. atteindre le but qu'on se propose, il faudrait lime é^migration soudaine et complète de toute la population jugée surabondante; toute émigratiqu .partielle et Içnte ûe porterait aucun remède au mal , prçmpt à renaître de lui-m|éme à. mesure qu'on le guérirait.

Mais allons plus loin : supposons que le transport

jles ^migrants, qui ne semble guère possible, le soit;

.k^^frgLis que ce transport entraînera seront si con-

^i^ables, qu'il en naîtra un nouvel obstacle. En

TROISlÈlfE PARTIE y OOSAF. I9 $ ». l3l

effet, il n'eirt jamais eptré dans la pmsée des ^is chauds partisans de rémtgrafiQn iriandai» «ÎQ'ah pût se borner à cb^i^fer des centaines d'Irlasidajs sûr un vaisseau, et à les jeter nus eu coiiiirerts dé faaîUcms dans.quelque naavelktxmtrée.Traitéraftnail les pauvres Mandais serait procéder <^vers eux phts durement qu'on ne fait envers les mal£|iteurs, qu'on déporte dans l'Australie et qti'on y étaèiit à grands frais. Et alors même ^'on agirak ainsi sur là demande des émigrants eux-mêmes, on sëfiîAtsaÉs excuse. Nul n'ignore l'extrême détresse qui est îë* servée aux pauvres familles qui, fiiyant la misère de leur pays, vont , dépourvues de tout capital, pour chercher un sort meilleur dans une contrée ^n^ taine, où elles ne trouvent que des épreuves encore plus affreuses. Que le gouvernement laisse libres de pareilles imprudences, on le conçoit ; mad^. qti'il s'eii établisse l'agent , vott ce qu'il ne saurait £aiire. un a donc, en Angleterre, toujours considéré ^âe la condition obligée de tout système d'émig[ratiôn ip^a* tiqué par le gouvernement était de poiu*voir à toutes les dépenses qui précèdent l'arrivée de l'émigrant au port d'embarcation , de payer son pasisage , de le nourrir pendant; la traversée jusqu'au ^port de dé» barquement, et de faire potu- lui , dans lé pays oh il est transporté, toutes les dép)»isès;de preo^elr établissement Or cet ensemUe de frais est éq<Mrme. On a , en idai6 , estimé que ces frais devaient s'élelever à 60 liv. sterl. ( i,5oo fr.) par fararilkidè tânq personnes , ce qui ferait une dépense moyenne de la Hv* sterl. (3oo fr.) pour chaque émigra»t(i). Mais si, au lieu de s'atta<^r à des con^eetitresv oâ

l3a DES REVÂDBS AU MAL. --^ L'iSnifaRATlON.

prend des expériences faitesi, 0Si^oit>i^ I^fpâis ailbKdument nécessaires, excèdent un p«u cette esti* 9iàt»on^ et qu^ chaque famille entraîne une dépense de loo liv. sterl. («a^Soo fr. )y ce qui fait une s&bkmé de aodiy. sterl. ( 5oo fr. ) par personne (i). La e^mséquence est que , calculée sur le pied âe f%Q UV*. ster|.^ ou 5oo fr., par personne, l'émigration de quatre misions d'incRtidu$* reviendrait à plus -dt 3 milliards de francs (a). Estimée à m li^. sterL ( i€>o:ir. y par tête , elle coûterait encore i inilli^fld 1^44 millions de francs (3). .Et eti supposant qu'au lieu de faire émigrer quatre millions d-ini^yidus, pn réduisît les émigrants à la moitié dé ce^iombre^ la dépense, calculée sur les bases que rèxpériance a consacrées, excéderait encore I milliard defimncs (4). Quelque intéressée que soit l'Angleterre à guérjjr les maux de l'Irlande , il est douteux qu'^e teiite jamais aucun remède»à ce prix<#l). ' -^.

AdmettoBfS néanmoins , pour . un mom«)pt y que toutes tes objections et toutes les impossibilités qui précèdent fussent écartées , resterait un autre ob* stacle plus difficile peut-être àwaiiicre que tous les autres. U ne suffirait pas, en effet, que trois ou quatre millions d'individus eussent \si possibilité matéildle de quitter Flrlande , il faudrait encore qu'ils le vou-lussent. LeiÀT intérêt serait d'émigrer , etils juraient* tort d'«n refuser les moyens : tel est notre sentiment.^ Mais leur propre jugement s'accordera-t-il avec le nôtre ? Leur refus d'émigrer rendrait cependant l'émigration impossible ; car l'émigration forcée sesKÎt up bannissement. Et sur quoi se fonderait-on pour traiter comme des nu^lfeiteurs les pauvres irlandais?

r wtÊatàif t FARTiB^ CHAP. %fi^ II. i33

U faudrait que k misère fut d'abord prociianée uû délit, :0c y dans les mœurs anglaises, ht pauvreté est sans doute un immiefse malheur : c!est pi?esque un tort, mais ce n'est- pas encore tm crime.

Si l'émigration-^olontaire est la |^uIe po&ible , il faut en condure que jamais le vaste système d'émi*gration «qu'on a en vue ne sera exécuté.

Il 6xistel]tten en Irlande, ainsi qu'on l'a dit plus haut, un courant quotidien d'émigration libre et spontanée* Mais il est à remarquer qu'en {^néral ce né sont point les plus pauvres *qui émigrent. Les émigrants apparti^inent d'ordinaire à une dadse moyenne : ce sont des artisans aisés , de petits fer^ miersqui,jpuissant déjà d'une condition presqueheu* reuse, aspirent à l'am^Riprer ( i ); qui, possesseurs d'un petit capital , cherchent, pour le faire valoir, un pays où la propriété soit plus sûre qu'en Irlande. €e sont surtout des protestants ^ c'est-à^ire des personnes d'une condition supérieure. En un mot , tous ceux qui s^eB vont sont ceux que le pays est naturellement intéressé à garder* Et si le pauvre irlandais n'émigre pas, cen'est pas seulemenbparce qu'il n'en a pas nlsitériellement les mêmes moyens que le riche, mais paroa qu^'il n'en a pas la même volonté. En dépit de toutes ses misères, l'irlandais aime passionnément sa patrie, et il semble que le plus malheureux lui «oit attaché par les lienç ïe&plus étroits. Peut-être serait^il ^uSite de dire qu'on tient moins à sa patrie en pro» portion du bien-être dont on y jouit L'Anglais, dont le bonheur malérieLsurpàsse cert^nement celui d'au* cun peuple, comprend moins qu'aucun aiutre le lien qui enchaîne l'homme à sa terre natale. Il a goûté de

l34 DES m^MBDSg AU MAL. — t^ltMWRATIOlT.

certains comfort^ qui lui * sont absolumoit n^cefr» saires^ et sans lesquels la vie lai sembla iiQp^ssible ; ces mmforts venant à lui ^manquer dans son pays , il les cherche ailleurs; et alors même qu'il n'en est pas privé , il aspire cônstammenf»à les accroître : sa patrie est au lieu où la plus grande somme de ce bien-être lui est assurée. Le pauvre irlandais, au contraire j n'ambitionne pas des jouissances dont il n'a aucune idée ; n'ayant jamais connu qu'une existence misérable, il ne soupçonne guère qu'il y en ait d'autre possible dans ce nvonde; to^te grande db^ trepHse tentée dans le but de chercher un bonheur auquel i) ne croit pas ne saurait le séduire. H reste doiic sur le lieu de sa misère présente, peu soucieux de poursuivre au loin quelque autre infprti(ine; et ce lui est une consolation de tramer Iç fardeau de sa vie dans le pays où il est né, là où ^cut et moitriit ^h père, où ses enfants auront à irtvre et à mourir.

SI donc l'émigration était oISerte à ces miHions d^rtandais , dont l'absence est si désirée , le plus gtad,omh,. „. l-a^teraien. pas. Ajoalona W beaucoup, qui souhaitent peut-être d'émîgrer, ces- #erài$iit d'en avoir le désir, si le plan d'éoiigrâtiofn •était conçu et exécuté parle gouvernement anglais. L%rlandslis croit diffidlement qtt*il puisse hii venir rien de bon d'une pareille spUrce ; el , dans ce cas , «s craifites ne sont'^elles pas naturelles ? Toute raison politique de défianëe étant écartée , que de risques terribles ont à courir les infortunés qu'un goûvémemem feit émigrer par voie administrative ! Qui 'gair£u:^t aux pauvries émigrants qu'ils recevront

•TBOISIÈME PARTIE, CHÀP. I, § II. . , I^S

les soins et les secours qti'oh leur a destinés ^ Ne leur est-il pas permis de tout craindre ? Sont^is bien sûrs (Ju'une fois embarqués , et l'Océan placé entre eux et leur patrie, on ne les jëtteira pas ^r quelque terre inconnue et^déSerte, où leur des|i|^ sera de périr de faim, de froid et de misère (i ) 3f Unft terrible responsabilité pèse sur le chef^e famiUe qui engage dans cette voie périlleuse sa £Bmme et ses enfants. Que Ton persiste à croire qu'il aurait tort dé ue pas émigrer, si on lui en fournissait les moyeti», d'accord; otiais tout annonce que, guidé par son protire jugement , par ses intérêts et ses passions, le pauvre Irlandais n'émigrerait pas.

Ces difficultés sont si grandes et si manifestes,, que les partisans les plus enthousiastes de l'émsigra- Ijon ne lies peuvent méconnaître. Ils n'abandotâ^ent point cependant leur thème favori; ils lé modifient; et, restreignant leur système dans Fespoir de le, rendre plus facile , ils le croient encore fe mefileur Ihoyen de salut pour < llrlande. Examinons c^ne leur plan subsidiaire.

Le'lecteur a vu précédemment comment Yextrême division du sol ,^ fractionné en petites fermes de un, de deux , de trois acres , a multiplié à Vinfini , en Irlande, le nombre des agriculteurs* Cette mulcitadie de fermiers qui surchargent la terre est, dvt*on,' l\ine dès principates causes de la n;ii^e irlanpdaisé; et le remède naturel de ce mal- serait^ dit<-on , dei détruire 'les petites fermes et d'en constituer de grandes. Mais d'abord, pour abolir tes fermes, il faut renvoyer les fermiers ; et comment pratiqueit ces expulsions dans un pays où ce^ix qu'on dhas^ se

i^6 I)J£S BEMÈDES AU MAh.—^tVitMlGmXTlOIX.

livrenlaux pkjs terrfMes représailles ^ am plus cruelles vengeanaes? A t^%kts Anglais répoadNtot : Il faut éloigner f» rétuigration les fermiers dépossédés. Qu'on examine attentivement les divers systèmes d'émigration pmpasé$ pour l'Irlande ^ on l^éeonnsutra qu'au fond de tous domine l'idée de diminuer la population agricole.

* Mais^resserr^ dans de telles limite^, un système d'émigration serait-il plus praticable que le premier ? Non. Et l'on peut dire qu'il le serait encore moins. En effet » sur les cinq millions d'ag«Mli2teurs existant en Irlande, il ^ en a certaiïieij^nt plus de deux millions qiûy dans le $ystàme des éc<momistes anglais, doivent* être considérés comme surabondants , et Iqui, par conséquent, devraient étaiglrer. Or, on a vu plus haut quelles entreprises et quelles dépenses entraînerait l'émigralioB d^tin pareil nombre de personnes; et, s'il est vrai qifc les obstacles soient assez graves pour empêcher l'Avgleterre d'exécuter l'émigration des millions de pauvres irlandais dont l'extrême misère est poiu* elle un sujet d'alarme, comment croire qu'elle tente jamais de surmonter les mêmes difficultés dans la seule vue 4'améliorer l'état de la population agricole d'Irlande? U est évident que l!émigration des fermiers irlandais fùt^^Ile possible ^ l'Angleterre ne l'entreprendrait point, parce que le sortde ceux-d, filacés'en relief de conditions infiniment plusmalheu* reuses, ne saurait exciter qu'un intérêt secondaire. On conçoit bien qu'il puisse être plus important pour le propstétaire d'un domaine de.se débarrassa d'uncLiltivateur qui surcharge sa terre, et dont le

TROISliM£ ^t^rCI^ 494?* I , § It. 1 37

Êir^au pçse sur lui j$^l , que 4» purger rXrlaiide d'iua jpiiuvre À^nt le pays entier porte le ^oids* Mais^ i|àii^^a^iiclure de œd 9 sjpon que l'éinigration des jpfiiito fermiws serait profitable aui^ riches ? Alom y^e^ autre conséqu^ce suivrait aussi :

c'est que les prolétaires dlrla^de., étaîit 1^ véritables intéressons à l'émigration , devraient seuls en faire les frais. Mûnten^t, en mpposant^que les propriétaires. dlrl^nde eussent le pouv^nr de pratiquer cette émigration , en auraient^ils k volonté ? Nullement. Il faudrait d'abord pour cela qu'ils jugeassent utile à leurs intérêts la diminution du spombre des fermierst^or, il est certain au contraire que; le nombre excessif des agiriculteurs^ bien lom d'étf e envisagé comme un mal absolu p'^ la plupart des propriétaires irlandais^ le^r parait^ sous plusieurs rapports^ un avantage réel (i)« Et, en supposant même qjue les propriétaires irlandais considérasse t comme utile à leurs intérêts la suppression d'un milUon ou deux de cultivateurs , pense-t-on qu'il fussent dispo^ à les faire énûgrer , ^t àsup* porter la charge de cette émigration, qui ne pourrait cependant s'ea^écutisr qu'à leurs dépens? On a vu;im eompdiencement d^ ce chapitre, que l'émigration de deux millions de personnes coûterait plus d'un milliard de francs . Or, on estime à i5o millions de francs le, revenu total des propriétaires irlandais : d'où il suitquela dépense d'une .pareille éqiigratiefn prendrait à ceux-ci sept années de leurs revenus^^l semble que l'on peut, sans témérité, affirmer que< de parais sacrifices, ne seront point laits par une

l38 DES REMÈDES AlX MAL. — ^L*ÉMIGRATION.

aristocratie habituée à calculer étroitement et jour parJQur.

Dîsons-le, d'ailleurs, pour exécuter xiïie œuvre aussi délicate et aussi considérahle, il fau(h*àtrxionsieulement raigùillon d^ Fintérêt privé, nvais encore le stimulant d'un sentiment généreux. Il faudrait cjpe l'idée dé l'émigration fût embrassée avec ardeur et charité par les propriétaires irlandais comme uu moyen de soulager de grandes souffrances, et de créer sur leurs domaines des condîtioDS heureuses/ Or , comment croire que ceux qui , par leur incurie ou leur égoïsmé , ont laissé s*accu* muler en Irlande d'immenses niisèrés, mettront un zèle exiràordinaireàlesdiminuer ?Con)imentespérer qu'ils apporteront un dévouement presque héroïque à guérît* ties maux qu'avec un peu de prévoyance ils eussent prévenus ?' Comment croire qu'ils fferont. par remords beaucoup plus qu'ils n'ont feît par coiïscîclicé? Est-il raisonnable d'attendre d*eiix de vives sympathies pour lés infortunés que l'émigrati<)n autà jetés à deux miHe lieues de Pirlande , tandfe que les plus affreuses détresses , dont ils sont lès ' tériioins , les trouvent si souvent sans pitié ? Si les propriétaires irlandais étaieiit capables éeÈ Àâtcrificés qu'on léut^ demande, l'émigration ne serait pas nécessaire aujourd'hui. Le remède serait mutile, parce que le mal n'existerait pas.

' Dans* l'impuissance où l'o^n est d'oJ>tenir l'émigration de kl population agricole, sôit dugoavet^ ' neiiient angkis , sok de Tintérât ou de la sympathie dés propriétaires h?landais, ou a recours à oa 4er-

Hito système , qui est oelui de la loi readue rêeemr mental cette inamère(i). Oq attribue aux/comt^ U faculté de s'imposer pour faicfliter yémigrati<»i; et Ton peut, pBor le&- disoissîoiis dont celte k» a été Fobjet , prévoir que cette disposition a pour, objet principal de pourvoir , par Fémigr^tioa , aa> sôrttdes petits cultivateurs chalssés de leurs fermes. Il serait facile de démcHitrer ici toiit ce qu'il y a de périlleux dans un pareil-système, propre à adcpurager l'égoisnie des^ riches , qjii , voyant dé* * sonnais datis L'émigration gratuite des fermiers ^dépossédés , une sauve^^arde Contre les veng^nees d» pauvre ^ ne seront plus . contenus par aucun frein dans l'oppression qu'il exerceint sur la pppula-* lion agricole ; et> sur la £oi de cette émigration., qui peut -être np-ama pas beu^ se montreront encore plus durs que par le passé; de sprie qu'ik provoqueront contre eux-mêmes dés repré* shiUes d'autaint plus formidables qu'elles seixmt suspi^dues sur leur téie daps l'instant même où ils les croiront Je plus loip d'^ux.'Mais salutaire ou funeste , rémigration^ renfermée dans de papilles Imûtes, ne satirait avoir, en tous ça^^ qu'une* portée restreinte. Réckiite à eeb termes, elle peut pr^tégsr oii '«Qn»p^niÊ(t|re des .intérêts privés, iÉnàis elle ne eeptt» point sur un plan asse^ large pour qu'il ktf soit donné d^flaer sensiblement sur Fétat soeial et pofoiqae de l'irlaade telle sort par conséquent du isUjeb de oe icksqpàtre.

> Amai tout f dans cçsr différents systèmes d'émsgra^ iion, est {io&Gkiputx} Vésk^faJéop: éfiScaoe ^éhàM çl^esiéimtioa irrapcd^ible; *g^ qui' est «praticab^

l4o DES AEitàDES AU UAt.^'^^I.igiïmi^lOV.

mT^ mixùoplète et vaine ; les difficultés semlxbSf naître de^^difEcuités; l'embarras ;de trouver une eontrée neuve i^ la longueur des /raitisports de mer, FâBormité de la d^lip^ise, la complication de l'entre- {Mplse, ^t arrête; et ces objections levées, mille autres apfiKiraissent aussitôt.- L'émigration devenant possSblç, OU' ne sait qui l'cm fera émigrer, et le choix des éniîgrants étant fait, ceux-ci refusent Témigration. Ëbfin , d'obistacles en-obstacles, d'impossi):>îlil4s en impoisribiUtés , on eir arrive à peocdre eiiti€feihent de vue le point de départ, et après ^nroir im^epept cherché les moyens de purger le f9Ly% de sa population la plus misérable et la phis cor^ rompue, on en arrive à s'ap]riaudir de ce qu'on a trouvé l'art d'exiler ceux qui, dans l'état du pays, sqi^n t encore les meilleurs à conserver. Et puis tous ces plans impossibles d'énugration forcée.fu$senl-ils accomplis, on ne sait s'il en résulterait pour l'Irlande le plus &ible bienfait ! Ouvrez les apnaies de rirlai]^e ,r él voyez le peu d'influence qu'ont exercé sur l'état sodal et pcditique de ce pays, toutes les ei|treprises violentes et tous les accic^ts extrMrdinaires- de. dépopulation. Calculez 4out ce qui, en Irlande, a péri durant leç guerres de religi^nx; comptez les milliers d'Iriandais qu'a égorgés le fer de GromweU; à tous ceux que le. vaiiK{ueur a massacrés en Irlande, joignez les milliers qu'il a déportés dans les colonies; considérez les centaines de milljgque la famine. a détruits, et dont le -nombre a, flans une seule année (en 1 740)9 dépassé quarante mUle; n'oubliez pas les» imlliers que la peste et les guerres nationales emportent de temps à autre;

TaOISI^ME . PART» , CttàP. I, § fi. t4i

tenez* compte. aussi 'de ceux que ^30âtiâiiBaent incessamment les maladies et le;^ misères; n'omettez pas non plus le chiffre autr^foi^ assez considérable de ceux qui, chaque année, moumient de là main du bourreau ; #nfin ayeï égard aux vingt-cinq pu trente nulle individus quelle coif rs naturel tfle l'émigration irlandaise enlève chaque açinéê au pays ; et lorsque ces fyfU étant posés ^ vous rechercherez quelles ^ #nt été les conséquences; lorsqu'au milieu de ces crises diverses vous verrez l^Irlaqdé toujours 1&* même ^ toutes les éjloques y toujours misérable au mâmç àegré, bujounMfegorjgeant de pauvres, étalant toujours *les mêmes plaies hideuses et profondes ; Vq^ reconnaîtrez alors que les maux de l'Irlande ne tienjifait pas au nombre de ses habitants. ; vpus jugerez qu'il est dans la nature de son état socû^ de créer des indigences profondes et des dé[tressl^ infinies ; que des millions de pauvres étant enlevés dlrlandepftr un coyup de baguette magique , on n^ •* verrait bientôt surgir d'autres en abondance 4'uhe source de misière qui , en Irlande , ne tarit jamais ; qu'ainsi ce n^st pasau duf&e de la population quHÏ faut s'^ prendre, mais aux institutions du pays\ ,

Icrepcore nous voilà ramenés à la cause première du mal y. et à la question de savoir quelles' réformes seraient à faire dans ces instit]utions dont le vice^ reparaît toujours comme l'origine de tous les maux; mais le moment n'e^t point encore venu'dé discuter cette question. Quant à présent, il suffit -«d'avoirmontré qu'on chercherait vainement dans Témigrïtion ud remède aux misères de l'Irlande.

ll^a DES lUEMK^ES kV MAl.-^ UflSXQl DE CHARITÉ.

# ' Un aecours.pbfir \p$ ptutres.

ftL

Le parlement îitnglais a renàxtj à iquëlques ain^ nées d'intervaUe^ d^ix lois qui , seules^ mettraient à même de juger Faristocratie d'Angleteire et ce|)e

• d'Irlande.

£n Angleterre, la dbarité publique avait çté, pendant des siècles 7 pratiquée si 'gâoéreusem^it et si imprudemment par les ckisses supérieures Vies iaxe$ ^orinies' qu'entraînait son exercice, avaient fini par peser d'un tei poids sur la.propriété, qu'il afaUu un ^our arrét^ les abus de l'aumône légale ^^t forcei* les riofaies à moins de bien&isance envers les pauvres : tel a été l'un des objets principaux de Ja ré^

« ferme accoij^plie en 1 834 (i)*

En Irlande^ au contraii*e , le dé£aut absohi de charité publique ou de sympathie .particulière du riche pour le pauvre^ y a fait naître , d'année en année > de siècle en siècle, une accumulatioh si énorme de miis^es extrêmes , qu'on s'est vu obligé enfin iTintrodiiire dakis ce pays une partie du principe qu'on

^ réforéiait en Angletierrë, et de contraindre lés riches

* à assister quelque peu le pauvre qu'en Ani^eterre ils secouraient trop ; c'est l'objet qu'a eu en ivue la loi adoptée par leparlement au mois de juillet dertiier (a). Cette loi prescrit la consfructicwi d- im certain nombi'e d^étabiissements de charité propres à recevoir les indigents, et met, dans chaque comté ,

TROiSlÈM£ PARTIE y CHAP. I, §111. l43

les frais de leur entretien à la charge des propriétaires. C'est cette loi de charité qui, à défaut de l'industrie et de l'émigration^ pourra , dit-on , sauver l'Irlande*

On attend d'elle de nombreux bie)tfa|ts ,; envisagée sous le point de vue économique, elle fera vivre des millions de travailleurs inoccupés; considérée dans sa portée politique, elle amortira les ^passions anarchiques qui prennent leur source dans l'extrême indigence ; et examinée sous son aspect social ,' elle sera propre à réconcilier le riche avec le pauvre , dont Jes souffrances seront désormais adoucies; telles sont les prqmesses que fait cette ijistitution ^uyelle, et qu'il sej^ble bien difficile qu'elle ac- *complisse (i).

Sans doute il paraît téméraire de porter un, jugement complet sur une expérience qui se fait, qui est à peine commencée, et dont on saura bientôt l'issue. Cependant, tout en reconnaissant qu'il y a dans une pareille entreprise beaucoup d'avenir voilé à tous les yeux, ne s'en trouve-t-il pas quelques parties que la prudence humaine puisse pénétrer? Si l'on ne saurait dire toutes les cotséquences qu'aura la loi des pauvres en Irlande, ne peut-on pas du moins prévoir avec quelque certitude les effets qu'elle n'aura pas ? et sans prédire le sort tout entier de cette mesure, ne .peut-on pas affirmer qu'elle ne réalisera point les grandes espérances qu'on a reposées sur elle ?N'arrivera-t-il pas nécessairement l'une de ces deux choses? Ou Ion voudra exécuter la loi assez largement pour la rendre efficace, et alors elle sera impossible; ou

t44 ^^ REMÈDES AU UAL.'-^XmtttOl DE CHARITIÊ.

bien on ne lui donnera d'autre exécution qne cette qui est praticable , et alors elle sera impuissante, si même elle n'est funeste.

^n influence sera sentie sans nul doute , si par suite de son exécution les deux cta trois millions de pauvres que Ton compte en Irlande , reçoivent tout À coup de la société une assistance publique et légale. Ce sera , il est vrai , une grande question de savdir jusqu'à quel point cette influeiice sera S9r lutâire; tout ne sera pas bienfait peut^-etre dans une institution qui, en attribuant à plusieurs millions d'individus les privilèges du paupérisme, leur en infligera aussi les stigmates et les vices. On pourra chuter que le pain donné àrces deux millions du personnes, change sensiblement k condition de quatre ou cinq autres millions qui ne sont guère moins malheureux; et inséra permis de craindre que le jnoyen destiné à guérir les misères du paysne les rende plus incurables en les régularisant. Mais enfin, en supposant que le résultat de la mesure fut tout favorable, comment la pratiquer ? Y a-t-il pMsibilîté qiae deux ou trois millions d'individus trouvent en Irlande leur subsistance dans un régime. de charité publique ? Non ; et pour le reconnaître, il suffif du plu&. simple calcul.

Supposez quf la société prenne la charge de deux millions de pauvres ; c'est le chiffre le plus bas que Ton puisse admettre. L'humanité en accepterait sans doute un moindre ; mais on ne saurait le réduire si l'on veut que l'assistance donnée aux pauvres d'Irlande ait une portée sociale et politique. Supposez maintenant qu'on donne à ces deux millions de

, ^TROlSliHE PAETIE, CHAP. JT, § III. l45

pauvres la filas vile nourriture, celle qui ^ra strictement nécessaire pour soutenir matériellement leur vie, de l'eau et des pommes de terre. Eh bien ? la dépens«x4e chaque personne sera minime sans Jb>Bte, car elle n'excédera pas vingt*cinq centimes par jour; cependant le total s'élèvera à près de deux oents millions de francs par année (i).

. 'Quelle loi des pauvres sera jamais, en Irlande, établie à ce prix ? qui en paierait les frais ? On ne pense pas que l'Angleterre accroisse sa dette publique de quatre ou cinq milliards pour se mettre en mesure de faire l'aumône à l'Irlande , et si une pareille tâche était imposée aux propriétaires irlandais, dont elle absorberait tous les revenus, autant et mieux vaudrait peut-être décréter aussitôt la loi agraire. Et encore ces deux cents millions de francs fussent-ils trouvés et appliqués le plus sagement possible au profit de ces deux millions de pauvres, pourrait-on dire qu'il existe en Irlande un régime légal dé charité publique?

Est-ce une assistapce digne de l'État que cette vile ration de pommes de terre jetée à l'indigent sur la . voie publique? Ne faut*il pas dresser un toit pour recevoir le pauvre , quand le pauvre demande un abri? Suffit-'il d'apaiâer sa faim^ quand il jeûne? Iiorsqu*il est nu, ne faùt-il pas le couvrir? Ne lui doit-on pas les remèdes de l'art lorsqu'il souffre ? Et quand il ineurt, n'a-t-on pas à l'ensevelir? Le pain, le vêtement, un asile, un hôpital, un tombeau, ce sont là des nécessités premières d'humanité dans toute société chrétienne et civilisée , et que ne saurait omettre aucun système de charité publique.

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