‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 5)Chapitre 4 sur 83 · RÉSISTANCE A l'oPPRESSION · texte numérisé non relu

RÉSISTANCE A l'oPPRESSION

Peat-on ^ire que toute liberté est éteinte dans un pays où le juge , en dépit de ses passions, tient un pareil langage aux agents du pouvoir exécutif ?

Dans des temps plus rapprochés de nous, n'a-t-on pas YU TAngleterre inquiète des orages qui grondaient en Irlande, menacée par les associations politiques et religieuses formées dans ce pays, ne l'at-cm pas yue,dis-je, respecter constamment le droit d'association ?

Le parlement a bien, dans de certaines circonstances, supprimé telle ou telle association reconnue criminelle ou dangereuse , mais jamais il n'a attaqué en lui-même le principe du droit de s'associer. Quand les White-Boys couvrirent l'Irlande de leur terrible confédération, une loi vint qui définit leur association, et porta contre elle les plus sévères châ* timents (i ) ; ainsi le parlement traite toutes les autres sociétés qui , sous des noms divers , ont succédé aux White-Boys, et quand l'association, sans être aussi criminelle , paraît dangereuse , le parlement se borne à en prononcer la dissolution. Mais jamais on n'a vu le gouvernement anglais , sous prétexte que de criminelles associations pouvaient se former, attaquer dans* son principe le droit de s'associer^ interdire l'usage de peur de l'abus , ou ce qui est pire encore, prétendre régler ce droit en faisant dépendre son exercice d'une autorisation officielle^ comme si la nécessité de l'autorisation n'était pas négative du droit !

Mais à quoi sert la liberté si elle n'empécbe pas la tyrannie? elle sert beaucoup, soyez-en sûr; quand elle ne prévient pas l'oppression, elle en assure le

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terme; elle est une arme entre les mains du faible, et si vous voyez malheureux un peuple qui a des libertés, croyez que sans elles il serait plus malheureux encore.

Il est une circonstance que trop souvent on oublie. On sait tous les maux qu'endure un peuple libre , parce que la liberté les publie : tandis que dans les pays de despotisme pur on ne sait rien des misères dtt peuple , que le tyran cache avec d'autant plus de soin qu'elles sont plus affreuses.

Il faudrait récuser les témoignages les plus au^ thentiques de l'histoire pour ne pas reconnaître combien la domination des Anglais en Irlande a été gênée par les institutions libres doi^nées à ce pays. Peut-être se trouvera-t-il des gens qui , voyant les Anglais embarrassés dans leurs persécutions par les droits donnés aux opprimés , seront d'avis que les persécuteurs ont été mal avisés de se créer de pa>» reilles entraves. Il est triste, j'en conviens, pour les amis du despotisme, de rencontrer des libertéci jusque chez un peuple asservi ; il y a là , sans nul . doute,de quoi les surprendre et les chagriner. Quant à moi, je trouve beau ce sentiment volontaire ou instinctif qui porte l'oppi^sseur à donner des garanties à sa victime, et à poser ainsi d'avance lui-même les limites de sa tyrannie.

Ces formes libres , qui ne sont point inutiles àfm& le prêtent , seront d'ailleurs le salut de l'avenir. La grande charter n'empêche point , il est vrai , le despotisme des Tudors de s'établir en Angleterre; mais le jour où , las de ses despii!>tês , le people anglais aspire à s'en délivrer, il trouve sous sa^aiain

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les ressorts tout préparés d'un gouvemetnent libre. C'est ainsi que sous un régime de tyrannie tout peut être prêt pour la liberté; de même qu'il pourrait arriver que, sous un gouvernement doux et libre, tout se préparât pour la servitude.

Le jury^ la presse , l'association, la responsabilité des agents du pouvoir, l'habeas corpus, se rencon* trent en Irlande avec bien des actes arbitraires et oppresseurs : mais n'est-ce pas à ces droits toujours conservés que Flrlande a dû de conquérir chaque jour ceux qui lui manquaient?

L'Irlande est sans doute bien misérable : elle est pourtant plus avancée qu'on ne pense dans la science constitutionnelle. Il y a une foule de cplestions politiques qui chez nous sont douteuses pour le plus grand nombre et qui en Irlande n'em* barrassent personne. Jamais , par exemple, dans ce ptays^ on n'aurait l'idée de demander un droit poli* tique sans en réclamer la garantie. D'autres pays f4u8 heureux sont moins éclairés. L'Irlande ressembki à ces contrées envahies qui , après les plus terribles luttes nationales , ont fini par chasser l'étranger de leur sein; elles savent tous les arts de là guerre et de la victoire, mais leur sol est couvert de dévastations et de ruines; elles sont indépendantes , mais pauvres.

£t la pauvreté de l'Irlande est bien loin de s'éVanouir en même temps que ses libertés se consolident et s'accroissent. Il semble, au contraire, qu'à mesure que llrlandais conquiert des droits politiques, sa misèt^ sociale s'augmente proportionnellement. Il Mk certain» que l'irlandais qui n'a jamais été aussi

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libr^ qu'il l'est présentement^ n'a jamais été aussi malheureux.

C'est une terrible vérité dont les preuves abondenty que jamais les propriétaires irlandais tt'oot été aussi diirs qu'ils le sont en ce moment pour leurs fermiers et pour les pauvres agriculteurs qui couvrent leurs domaines. Ceci s'explique sans peine : lorsque les eultivateurs d'Irlande étaient tenus par la loi dans une condition inférieure, le riche led traitait à peu près comme le maître traite ses esclaves , qu'il opprime suffisamment pour leur faire sentir le joug, et auxquels il laisse assez de liberté pour que ceux-ci puissent l'enrichir en travaillant. Mak ce calcul , que fak^ait autrefois le (»*opriétaire irlandais, est aujourd'hui dominé chez lui par la passion. Depuis que son pouvoir est contesté , et que l'esclave se dresse devant lui en homme libre ^ le besoin d'abaisser celui-ci l'emporte sur l'intérêt de s'en servir. Le petit fermier, jadis dépouillé de droits politiques, est maintenant électeur; il envoie depuis peu des catholiques au Parlement) il vote aux élections contre son propriétaire... C'est son droit ; mais de son côté le propriétaire a le droit de le chasseiï de sa ferme; et ce droite il en use rigoureusetnent ( I ).

Qik ne voit plus aujourd'hui deux ou ttois protestants s'assembler en vestry et imposer la population OatboUque de la paroisse pour la eon6truction et lentretien du culte ^ui, ^'intéressant qu'eux, doit être à leur charge ; mais ces di&iix ou trois protestants^ gt*ands propriétaires de la paroisse^ voulant alléger h âirdeail qui désiH*»^^ n^ pèsd q«e sur

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eux , expulsent de leur ferme des fermiers catholiques et mettent à la place de ceux-ci des protestants qui supportent avec eux leur part de la charge du culte.

Nous avons vu qu'il y a guerre entre les riches et les pauvres , entre les gouvernants et les gouvernés ; or, plus les pauvres acquièrent de force, et plus la crainte et l'irrîtation des riches deviennent grandes. Les lois oppressives sont abolies , mais l'oppresseur reste toujours; et, dans sa colère d'être dépouillé, après avoir été spoliateur, il tire encore un terrible parti des seuls pouvoirs que lui donne le droit commun; C'est une situation tout à. fait extraordinaire que celle de ces riches ne faisant plus les lois qu'ils sont cependant toujours chargés d'administrer ; et c'est là encore une des causes de leur rigueur toutous croissante. Chaque loi nouvelle conçue dans un esprit plus tolérant envers les catholiques et plus libéral envers les pauvres, leur paraît une attaque contre leur autorité autant que contre leur cuhe , et on les voit alors se prévaloir plus étroitement de ceux de leurs droits qui ne sont pas entamés. Cette disposition explique comment, avec plus de libertés, le pauvre Irlandais souffre peut-être plus de persécutions, et comment, tandis que le pays est plus riche, celui qui le cultive est plus pauvre. La terre produit une fois plus qu'il y a cinquante ans, et l'agriculteur est une fois plus misérable (i).

Conclura-t-on de ce qui précède que le sort présent des Irlandais soit pire que n'était leur condition il y a cinquante ans? Non : les misères qu'ils éprouvent en ce moment sont de celles que la guerre

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